Vasari, Vie de Daniel de Volterra
E. Muntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 3i
doter celle du Peuple d'une façade monumentale, ce pape chargea Michel- An ce de transformer les thermes de Dioclétien en un sanctuaire chrétien, l'église de « Santa Maria degli Angeli ». Au Vatican, il fit construire, en i56o, sous la direction de Pirro Ligorio, le célèbre casin connu sous le nom de villa Pia, et reprendre, en i56l, la décoration de la salle des Rois. Il poursuivit
également les travaux du Capitole. A Milan, il chargea Leone Leoni d'ériger dans la cathédrale , d'après le croquis de Michel-Ange, le tombeau de son frère, le marquis de Marignan. Vasari reproche à Pie IV d'avoir méconnu un de ses tableaux, parce qu'il l'avait vu sous un faux jour, et de le lui avoir laissé pour compte. La postérité, plus impartiale, fera au contraire au pape un mérite de son discernement. Refuser un Vasari, c'était Pie IV- donner une preuve de goût.
D'après la médaille .
de g.-a. Rossi de Milan. Si le neveu de Pie IV, le cardinal Charles Borro-
mée, n'édifia la cour de Rome que par sa piété (c'est à Milan qu'il faut chercher les manifestations de son activité), un autre membre du sacré collège, le cardinal Ferdinand de Médicis, revêtu de la pourpre en 1 563, s'assura une place prépondérante parmi les Mécènes comme parmi les collectionneurs d'antiques. L'embellissement de sa villa, du Pincio (aujourd'hui l'Académie de France) et ses efforts ardents pour y réunir un musée sans rival lui ont valu la gratitude de la postérité. On sait que la mort
de son frère François le décida à déposer la pourpre ^fo " *^%. cardinalice pour monter sur le trône de Florence.
■ ;■■ ;M Pie V (Michel Ghislieri ; 1 566- 1572), que l'Église
|-„ v >•}' a rangé, comme Charles Borromée, au nombre des
saints, reprit l'œuvre de Paul IV. Sévère pour lui-même
°'.'V. comme pour les autres, vivant en ascète, et défendant
l'orthodoxie avec une rigueur implacable, il exerça de
Saint Pie v. près et de loin une action immense, revendiquant les
D'après la médaille . . . . -,
de g.-a. Rossi de Milan. droits, quinze tois séculaires, de 1 hglise, et armant la
Chrétienté contre les Turcs.
Quelle place pouvait-il y avoir pour les jouissances désintéressées du beau au milieu d'une propagande si ardente! L'entrée triomphale de Marc -Antoine Colonna (1671), un des vainqueurs de Lépante, rappela seule aux Romains les splendeurs du temps jadis. Comme constructions nouvelles, nous n'avons guère à enregistrer que l'église du Gesù, commencée par Vignole en 1 568 et continuée par Giacomo délia Porta. Quant à l'attitude prise par Pie V vis-à-vis de l'antiquité classique, nous l'avons caractérisée ci-dessus (p. 42) : le lecteur se rappelle que ce pape crut de son devoir de disperser le Musée du Belvédère, comme entaché de paganisme !
LES DERNIERS PAPES DU XVIe SIÈCLE. 243
Le Bolonais Grégoire XIII Buoncompagni (l572-i585), grand légiste et administrateur énergique, doit sa notoriété à la réforme du calendrier, à la propagande entreprise en Orient , enfin à la revendication , en faveur de l'Église, d'une foule de domaines occupés par des particuliers, mesure qui provoqua, à titre de représailles, une recrudescence du banditisme. Dans les choses de l'art, ce pontife a marqué sa trace par quelques fondations intéressantes plutôt qu'importantes : la construction de l'église Santa Maria in Vallicelliana (i575), celle du Collège Romain, sur les plans d'Ammanati ((078), celle de la salle des Cartes géographiques au Vatican, décorée par Girolamo Muziano de Brescia (i58i), celle du palais du Quirinal. La Ville éternelle s'enrichit en outre d'une série de villas : Montalto sur l'Esquilin, Mattei sur le Cœlius, et de plusieurs fontaines monumentales, parmi lesquelles celle des « Tartarughe » (Tortues), sculptée par le Florentin Taddeo Landini (l585), n'a cessé de jouir d'une véritable - ,Y ' '<*/■
popularité.
1(1 La décadence du goût et la disparition des grands A
artistes rendaient de plus en plus ardue la tâche des \fc ''A <>
Mécènes. Il ne fallut rien moins que le génie et v* -\ • ;•*■■ .' !
l'ardeur de Sixte-Quint (i58d- 1690) pour ressusciter N
la tradition des grands bâtisseurs de la Renaissance.
De même que son homonyme Sixte IV, il réussit, Grégoire xm.
, , , D'après la médaille
pendant un pontificat relativement court, a opérer de G A. rossj de Milan
une nouvelle transformation de la Ville éternelle'.
Quelques mots d'abord sur l'homme et le souverain, sur « le plus redoubté pape pour la justice en toute l'Italie qui fut jamais » (Brantôme). Sixte était, au dire de l'ambassadeur vénitien Gritti, de taille médiocre et fort brun ; il avait la vue tellement sûre, qu'à peine entré au consistoire, d'un seul coup d'œil jeté rapidement et sous les lunettes, il savait distinguer ceux qui s'y trouvaient et observer ceux qui y manquaient. Sa nature était des plus robustes, et il en accroissait- la vigueur en s'abstenant de toutes irrégularités ou d'aliments peu sains. Il était d'un naturel emporté et sanguin ; aussi arrivait-il souvent, par des mouvements soudains, à toutes les hauteurs de l'indignation ; il fuit ajouter qu'il s'apaisait et s'adoucissait aisément. Sa mémoire était des plus faciles, à ce point qu'il ne lisait ou n'entendait aucune chose qu'il ne la retint tort aisément.
Devant l'œuvre entreprise et réalisée par Sixte-Quint, les épithètes manqueraient de force : recourons aux chiffres, ils auront plus d'éloquence. De 1 585 à
1. Bibl. : Bordini, de Rébus praclare gestis a Sixto V. Pou. Max. Rome, i588. (Gravures extrêmement médiocres.) — Fontana, del Modo temito ml trasportare l'obelisco Vaticauo.... Rome, l589- — Rocca, de Sixti JEdificiis. Rome, 171Q. — Fea, Miscellanea filologica, critica e autiqua- , via, T série. Rome, i836 (p. 2 et suiv.). — Ranke, Geschichte der Pâpste. — Dumesnil, Histoire de Sixte-Quint. Paris, 186g. — Hùbner, Sixte-Quint. 1870. — Stevenson, Topografia e Mouumenti di Roma mile Pitturc a fresco di Sisto V délia Bïblioteca vaticana. Rome, 1887.
i58g, les constructions seules absorbèrent la somme énorme de i 002 245 écus, l5 bol. et demi, soit plus de cinquante millions1. Le pape s'occupait tout ensemble d'achever la coupole de Saint-Pierre, sous la direction d'Ammanati, de Giacomo délia Porta et de Domenico Fontana, de compléter le palais du
Vatican et d'y faire établir une nouvelle bibliothèque, plus vaste et plus magnifique que celle de Sixte IV, enfin d'ériger l'obélisque devant la basilique du prince des Apôtres. Au Latran, il élevait un palais grandiose, imité du palais Farnèse ; au Quirinal , il poursuivait le palais commencé par Grégoire XIII ; près de la Piazza Termini, il érigeait une fontaine monumentale, déparée par la malencontreuse statue du Moïse de Prospero da Brescia ; il restaurait en même temps les aqueducs, bâtissait l'église San Girolamo degli Schiavoni et tentait de transformer en une ville le pèlerinage de Lorette.
On ne saurait nier que le pontificat de Sixte - Quint , comme d'ailleurs celui de Grégoire XIII, ne corresponde à une certaine détente vis-à-vis des derniers vestiges de la Renaissance. L'Eglise avait étouffé l'hérésie en Italie, l'avait circonscrite en France et dans les Pays-Bas ; d'autre part, devant la résistance de l'Angleterre, de la Scandinavie et d'une partie de l'Allemagne, force lui était de prendre son parti d'une rupture désormais complète. Elle put donc se relâcher du rigorisme qui avait signalé les règnes d'un Paul IV et d'un Pie V. L'installation de la
Statue de Sixte-Quint à Lorette.
Par Ant. Calcagni (1589).