LES DERNIERS PAPES DU XV? SIÈCLE
Bibliothèque Vaticane dans un édifice nouveau, la restauration des colonnes Antonine et Trajane, confisquées en quelque sorte au profit du culte chrétien par l'installation, à leur sommet, des statues de saint Pierre et de saint Paul, celle des Dioscures sur le Quirinal, l'érection ou le déplacement de quatre obélisques, prouvent dans quelle mesure Sixte-Quint appréciait les idées de gloire qui s'incarnaient dans les monuments antiques. Mais aussi que de ruines amoncelées pendant ces quelques années ! La destruction du
Fontaine de la place « délia Rocca » à Viterbe (attribuée à Vignolei
Septizonium de Septime Sévère a jeté sur la mémoire de Sixte-Quint une tache ineffaçable.
Après Sixte-Quint, l'Église a compté plus d'un pape ami des arts : Clément VIII Aldobrandini, Paul V Borghèse, Urbain VIII Barberini, Alexandre VII Chigi, ont continué avec ardeur la tradition de magnificence que leur avait léguée la Renaissance. Mais d'autres courants s'étaient établis; tout en continuant à s'inspirer de l'antiquité, le xvne siècle suivait une évolution distincte, dans laquelle la noblesse, la pondération, la pureté, n'entraient plus que pour une faible part; la Renaissance, en un mot, avait fini son rôle. Au moment de clore l'histoire de cette grande évolution dans la Ville éternelle, sachons nous souvenir de tant d'éclatants services rendus à une cause sacrée par les souverains pontifes, depuis Martin V jusqu'à Sixte-Quint, des encouragements qu'ils ont prodigués aux littérateurs, aux savants et aux artistes, des monu-
ments impérissables qu'ils ont élevés, enfin de ce qu'ils ont tait pour donner à la Renaissance son caractère international, universel et catholique, dans la vraie acception du terme.
Autour de Rome, la ceignant comme d'une couronne, s'étend cette incomparable série de lieux de délices, qui comprend les villas des Farnèse à Caprarole, des cardinaux d'Esté à Tivoli, des Aldobrandini à Frascati, du cardinal Gambaro (7 i587) à Bagnaja, près de Viterbe.
Il n'y* eut guère de ville des Etats pontificaux qui ne s'enorgueillit, à ce moment, soit d'avoir donné le jour, soit d'avoir offert l'hospitalité à quelque artiste célèbre; mais le moyen de rappeler tant de titres! Ce serait s'engager dans une énumération qui risquerait d'être des plus fastidieuses. Quand j'aurai mentionné les travaux exécutés à Ostie par Bald. Peruzzi et Cesare da Sesto, à Nepi par Antonio da San Gallo et Salviati, à Bracciano par Tad. Zucchero, à Viterbe par Sebastiano del Piombo, à Narni par Livio Agresti da Forli, je n'aurai tracé qu'une esquisse bien imparfaite de l'activité qui régnait partout. D'ordinaire, toutefois, les travaux de fortification l'emportent, pendant cette dernière période, sur les travaux d'embellissement. J'ajouterai que ces ouvrages ont la plupart pour auteur un artiste supérieur, Antonio da San Gallo le jeune. Un seul ensemble véritablement imposant prend naissance : la cité de Castro, édifiée, — on serait tenté de dire improvisée, — par Pier Luigi Farnese, le fils du pape Paul IIP Malheureusement Castro tut ruinée plus rapidement encore : en 1649 le pape Innocent X la fit détruire de fond en comble.
Ange jouant du luth (fragment), par le Rosso. (Musée des Offices.)
Les Dieux de l'Olympe (fragment), par Jules Romain. (Salle des Géants, au palais du Té, à Mantoue.)