L'EGLISE ET LA RÉFORMATION
c'est une question que l'on nous dispensera d'examiner ici. Renonçant, de propos délibéré, à établir une comparaison entre les avantages respectifs de la Contre-Rélormation et de la Réformation, un parallèle entre les papes Paul IV et Pie V, fanatiques champions de l'orthodoxie, et le non moins fanatique fondateur de l'Eglise de Genève, nous nous bornerons à constater que chez les uns et chez les autres la foi a gagné en intensité ce qu'elle a perdu en tolérance, que le catholicisme compte autant de martyrs en Angleterre, par exemple, que le protestantisme en France. L'Église, qui s'était contentée pendant un temps d'une propagande morale et de peines purement spirituelles, recourut à la violence pour triompher de l'hérésie. Elle se ht persécutrice, comme les Romains d'autrefois, et entreprit de dompter les consciences par la force brutale, par les tortures. « Au temps où nous sommes, s'écriait l'infortuné Paleario, dans la harangue latine adressée au Sénat de Sienne (i5q2), il n'est plus d'un véritable chrétien de mourir dans son lit; qu'importe d'être accusé, incarcéré, battu de verges, cousu dans un sac, jeté aux bêtes ou livré aux flammes, pourvu qu'il en sorte le triomphe de la vérité1. » Quelle humiliation ne durent pas ressentir les esprits généreux et tolérants qui abondaient dans le Sacré Collège, lorsqu'ils virent leur collègue le cardinal Caraffa, le premier président de l'Inquisition romaine et le futur
pape Paul IV, transformer en prison une maison qu'il venait de louer, la munir de solides verrous et serrures et la remplir de suspects !
Jusque vers le milieu du xvie siècle, une certaine liberté de parole, on pourrait presque dire de presse — car c'étaient de véritables manifestations publiques que les pasquinades — avait régné à Rome2; puis le ciel s'assombrit : toutes sortes de mesures inquisitoriales entravent l'essor des esprits. Ces études, naguère si libres et si plantureuses, sont entourées de précautions infinies : il faut qu'elles ne présentent plus l'ombre du danger. Lors de son séjour dans la Ville éternelle (i58o-i58i), Montaigne se croit obligé de soumettre ses Essais à la censure du « magister sacri palatii », qui les fait
Saint Pie V.
D'après les Imagines de Zenoi.
(Venise, i56ç.)
Burckhardt, Cultur. — Cf. Archivio storico lonibardo, 1889, p. 6:5 et suiv. — Bertolotti, Streghc, Sortiere e Mciliardi. Florence, i883. — Dans le livre XXIII de son Histoire macaronique, Merlin Coccaie décrit minutieusement et avec une entière bonne loi les artifices des sorcières.