‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 13 sur 304 · J. Bonnet, Aouio Paleario, p · texte numérisé non relu

J. Bonnet, Aouio Paleario, p

2. Voir Gnoli, le Origini di maestro Pasquino, p. 3o et suiv.

E. Mùntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 5

expurger par ses docteurs'. Eu un mot, la Renaissance, qui s'était si longtemps développée en toute indépendance à côté de la religion, tombe en tutelle.

Cette propagande contre la liberté de la pensée fut complétée par l'absorption de l'enseignement au profit des congrégations religieuses nouvelles : Jésuites, Frères des écoles pies, etc. L'esprit italien, --je ne me lasserai pas de le répéter, — inclinait à l'indolence : c'est pour cela qu'il accepta si facilement cette confiscation. Ici encore Sismondi a pris l'effet pour la cause, dans les pages, d'ailleurs véritablement vibrantes, qu'il a consacrées à l'histoire de l'éducation italienne à partir du xvi° siècle"; ici encore, au lieu de mettre en cause l'Italie elle-même, l'Italie fatiguée, vieillissante, qui s'était fait une Eglise à son image, il s'est attaqué à l'Eglise elle-même, qui ne faisait que refléter l'état de la société au milieu de laquelle elle vivait. A quel point tel ou tel enseignement dogmatique peut être étranger à l'essor ou à la décadence d'un peuple, il est facile de le voir par l'exemple de la religion musulmane. Que ne nous a-t-on raconté des effets du fatalisme inhérent aux doctrines de Mahomet! Or ce fatalisme a-t-il empêché les musulmans de marcher pendant un temps à la tête du progrès? L'initiative ne s'est paralysée chez eux que lorsque la vieillesse a succédé à l'élan de l'adolescence.

Si l'on ne savait aujourd'hui que la politique des princes a eu plus de part que les aspirations nationales à la scission qui s'est produite dans l'Europe du xvi1' siècle, on serait tenté de se demander laquelle des deux religions a le plus efficacement secondé le mouvement des idées, la philosophie, la science, la littérature, et si les races latines, restées fidèles au catholicisme, y ont puisé un élément de force ou un élément de faiblesse vis-à-vis des races germaniques, gagnées pour la majeure partie à la Réformation. Mais cette question, qui se complique de toutes sortes d'autres considérations, n'en est plus une depuis longtemps : la statistique la plus élémentaire suffit pour établir que les deux camps comptent des génies également originaux et puissants. Malgré sa partialité pour la Réformation, Charles Villers, dans un ouvrage jadis célèbre, s'est vu forcé de reconnaître, entre autres, que « les pays protestants aussi bien que les pays catholiques ont eu depuis le x\T' siècle un nombre égal de grands mathématiciens et de grands physiciens ». Vis-à-vis de l'art, Villers en est réduit à un aveu encore plus pénible : « Il n'est pas douteux que la Réfor-

1. Voyage, édit. d'Ancona, p. 294, 32Q. Le tribunal supérieur de l'Inquisition, présidé au début par le terrible cardinal Caraffa, avait été établi à Rome par la bulle du 21 juillet 1542. Ce fut un littérateur célèbre, Giovanni délia Casa, qui rédigea le premier catalogue des livres mis à l'index : pour donner l'exemple de la soumission, il y inscrivit certaines de ses propres poésies (Ranke, t. I, p. 1 3q).

2. Histoire des Républiques italiennes, t. XVI, p. 428 et suiv. On pourrait appliquer, par exemple, à l'éducation toute militaire donnée par le Premier Empire ce que le Genevois Sismondi, élève de Jean-Jacques, dit de l'éducation monastique. Cf. Cantù, Histoire des Italiens, t. VIII, p. 486.

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