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Cantù, Histoire eles Italiens, t. IX, p

URBIN ET LES DELLA ROVERE

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mément à l'itinéraire que nous avons adopté, nous sommes forcé de remonter jusqu'aux Marches pour découvrir quelque création monumentale.

A Macerata, résidence du légat des Marches, Montaigne, qui visita cette ville en i58o-i58i, constate la rareté des beaux édifices, mais s'extasie devant « un palais de pierre de taille, tout taillé par le dehors en pouinte de diamans carrée, corne le palais du cardinal d'Esté à Ferrare; forme de constructure, ajoute-t-il, plesante à la veue ». A l'entrée de la ville se dressait une porte neuve, avec l'inscription : Porta Buoncompagni (Grégoire XIII), en lettres d'or, en souvenir des routes que ce pape avait redressées.

Ascoli n'offre au visiteur que sa cathédrale, construite par Cola dell' Amatrice, et un tableau du Titien , une Vision de saint François, peinte pour l'église San Franceseo.

A Lorette, le mouvement inauguré par les travaux de Sixte IV se poursuit activement pour aboutir aux grandioses tentatives de Sixte- Quint. Une nuée de sculpteurs agiles — Tribolo, Simone Mosca, Raf. da Montelupo, Fr. da San Gallo, Girol. de Ferrare, Simone Cioli, Ranieri da Pietrasanta, Franc, del Tadda, — achèvent la décoration de la maison sainte. C'est à Lorette également que Lorenzo Lotto, l'éminent peintre vénitien, se retire et meurt.

Ancône montre avec orgueil les peintures du Titien dans l'église San Domenico, et celles de Lorenzo Lotto, qui sillonna à plusieurs reprises les Marches dans les églises de San Franceseo et de Santa Maria délia Piazza. Sa citadelle s'abrite également sous un nom célèbre, celui d'Antonio da San Gallo le jeune.

Fernand François II d'Avalos (j i5"i),

vice-roi de Sicile.

D'après les « Imagines » de Zenoi (i56o).

Pendant la période comprise entre la mort du duc Frédéric de Montefeltro (1482) et le retour au pouvoir du duc François-Marie délia Rovere (i522), les souverains d'Urbin1 ne jouent plus qu'un rôle effacé : laissant les plus glorieux de leurs sujets, Bramante et Raphaël, chercher fortune au dehors, ils concentrent leur sollicitude sur la société d'élite dont le Courtisan de Castiglione a formulé les aspirations. Des épreuves de toutes sortes, l'expulsion de Guidobaldo par César Borgia, celle de François-Marie II par Léon X, expliquent une si longue abstention.

Pendant la dernière partie de son règne, François-Marie II (i5o8-i5S8) tenta

1. Bibl. : T. I, p. 128; t. II, p. 261. — Perkoli, Passeggiata nélla città di Urbino. Urbin, 1846. — Gherardi, Guida di Urbino. Urbin, 1875.

de rétablir cette haute culture des lettres et des arts à laquelle son minuscule duché avait dû, pendant un temps, une célébrité européenne '. Il s'efforça de faire oublier par sa libéralité sa pusillanimité ou son impéritie comme généralissime des armées vénitiennes et des armées pontificales. Gendre de la marquise Isabelle d'Esté, il entra par son intermédiaire en relations avec le Titien, qui peignit en 1 537 son portrait et celui de sa emme (au Musée des Offices), et qui composa pour lui la fameuse Vénus d'Urbin (au même Musée)2.

Le fils et successeur de François-Marie, Guidobaldo II (né en 1 5 1 4; régna de i538 à 1674), se si~ gnala pendant longtemps par sa bonne administration non moins que par son goût pour les jouissances de l'esprit. Faisant appel aux instincts belliqueux des Urbinates, il mit son armée sur un pied respectable, en même temps qu'il s'assurait l'affection de ses sujets par la modicité des impôts.

Vers la fin de sa vie, il ternit malheureusement sa réputation par ses débauches, ainsi que par ses cruautés".

La femme de Guidobaldo, Vittoria Farnese, sa fille Lavinia, chantée par le Tasse, sa belle-fille Lucrezia d'Esté, le secondaient dans le culte des lettres et des arts. En 1070, Lucrezia obtint de son frère Alphonse, duc de Ferrare, qu'il lui envoyât le Tasse : le poète récita devant la cour son Aminta, qui fut

Le duc François-Marie II, par le Titien. (Musée des Offices.)

1 . On ne s'explique pas comment l'historien des ducs d'Urbin affirme que ce règne fut nul pour l'art (Ugolini, Storia dei Conti e Duchi d'Urbino, t. II, p. 2Ô3. Florence, i85ç)).

2. Un historien d'art viennois, Thausing, a essayé de montrer que la Jeune Fille à la pelisse, la Vénus d'Urbin et la Belle du Titien représentent la duchesse Éléonore d'Urbin à trois époques différentes. Mais Springer a combattu cette hypothèse étrange et établi que les trois peintures appartiennent, ou peu s'en faut, à la même période (Bilder ans der neueren Kuntsgeschichte, t- II, p. 374).

3. Le Musée des Offices expose, sous le nom de Tad. Zucchero, un prétendu portrait de Guidobaldo II (photographié par MM. Alinari), qui date en réalité du xvir siècle, et qui n'a aucune ressemblance avec le duc d'Urbin.

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joué à Urbin l'année suivante par les seigneurs de l'entourage de Guidobaldo.

Pendant ce règne, Urbin donna le jour ou offrit un asile à une pléiade d'hommes célèbres dans les sciences, les lettres, les arts : le mathématicien Federico Commandino (i 509-1 595), le polygraphe Polidoro Virgili (7 1 555), désigné par le roi Henri VIII pour écrire l'histoire d'Angleterre (i53|), et d'autres encore. Guidobaldo entretenait en outre des relations assidues avec les littérateurs du dehors, surtout avec l'Arétin, qu'il emmena deux fois avec lui à Rome, et avec Annibal Caro. Aussi, comme au temps du duc Frédéric, la cour d'Urbin tut -elle le rendez-vous des beaux esprits. Lors du mariage de Lavinia avec le marquis del Vasto , on ne compta pas moins de douze poétesses présentes à la fête.

La protection accordée à deux poètes illustres, Bernardo Tasso et Torquato Tasso, jeta plus d'éclat encore sur le règne de Guidobaldo. En 1 556, ce prince appela auprès de lui Bernardo, qui menait une existence misérable à Ravenne, et, de longues années durant, tantôt à

Urbin, tantôt à Pesaro, le combla de bienfaits et de prévenances. Il voulut que le jeune Torquato, le futur chantre de la Jérusalem délivrée, fût élevé avec son fils François-Marie, qui ne cessa dans la suite de témoigner un attachement inaltérable à son ancien condisciple.

La colonie d'artistes fixée à Urbin comprenait, outre les survivants de la génération employée par François-Marie, tels que les Genga, plusieurs architectes de mérite : G.-B. Clariei, Lod. Cardueci, Lattanzio Venturi ; des ingénieurs militaires célèbres au loin, Jac. Fusti Castrioti (né à Urbin en i5io) et Fr. Pacciotti (né à Urbin en i55i, mort dans la même ville en 1091), Bald. Lanci; puis le modeleur Federico Brandani (f 15^5), l'auteur de l'élégante Crèche conservée dans l'église San Giuseppe, et plusieurs autres sculpteurs, parmi lesquels Marcello Sparzo. La peinture était représentée par un chel d'École, Federico Baroccio.

La duchesse Ëléonore d'Urbin, par le Titien. (Musée des Offices.)

Dans le domaine de l'architecture, il restait peu à faire : les Montefeltro avaient remué tant de pierres ! Aussi Girolamo Genga dut-il se contenter d'élever, à côté du jardin ducal, la galerie de la cour, et de décorer de sculptures une autre cour. Plus tard, Bartolommeo Genga ajouta le corps de bâtiment qui avoisine l'église Saint-Dominique.

La sculpture est redevable à Guidobaldo de plusieurs commandes importantes. Ce prince mit une insistance qui l'honore à obtenir de Michel-Ange l'achèvement du tombeau de son grand-oncle le pape Jules II, tandis qu'il chargeait Bar t. Ammanati de sculpter le tombeau de son père François, pour l'église Santa Chiara.

De même que son père, Guidobaldo eut recours au pinceau du Titien, qui

peignit son portrait. Lors d'un des voyages du grand peintre vénitien, il le reconduisit d'Urbin à Pesaro et lui donna une escorte pour le conduire de là à Rome. Un autre peintre célèbre, originaire du duché, Taddeo Zucchero, fut employé par le duc, soit dans sa capitale, soit à Pesaro , tandis que le Vénitien Battista Franco décorait la grande chapelle de la cathédrale et que le Florentin Bronzino exécutait, lui aussi, son portrait, ainsi qu'une « cassa d'arpicordo piena di figure ». Guidobaldo protégea également le D'après la médaille de G.-B. Capo. célèbre miniaturiste Giulio Clovio, qui enlumina

à son intention le Paradis de Dante1.

Si la ville d'Urbin est aujourd'hui veuve des trésors accumulés par les délia Rovere, Florence, qui en a hérité au moment de l'extinction de cette dynastie, expose avec orgueil les peintures du Titien, pour ne point parler de la Léda, sculptée en marbre par Ammanati d'après l'esquisse de Michel-Ange.

Pendant le règne de Guidobaldo, comme pendant celui de François-Marie II, une industrie longtemps réputée des plus humbles jeta un grand éclat sur le petit duché : les potiers d'Urbin, de Pesaro, de Gubbio et de Castel Durante eurent la joie de voir leurs produits rivaliser, sur la table des grands, avec la vaisselle d'argent et d'or. Ne pouvant plus conquérir de tableaux de Raffaello Santi, Urbin se consola en défrayant l'Italie et l'Europe de plats signés par un homonyme et un parent du grand peintre, Raffaello Ciarla. Guidobaldo encouragea de toutes ses forces l'industrie naissante. Non content d'acquérir de nombreux cartons d'artistes éminents, afin de la pourvoir de modèles, il appela près de lui les peintres Raffaello del Colle et Battista Franco, en leur donnant pour mission de travailler pour les potiers. A Taddeo Zucchero il

I. Ces miniatures, qui font partie de la Bibliothèque Vaticane, viennent d'être reproduites par M. Cozza Luzzi (77 Paradiso Dantesco nei quadri miniati c nei bo^etti di Giulio Clovio, pubblicati sugli originali ddla Bibliokca Vatkana. Rome, 189.3).

Le duc Guidobaldo II.

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demanda les dessins d'une « credenza », avec Y Histoire de Jules César, qu'il destinait au roi d'Espagne. La célèbre collection de vases offerte par François- Marie II à la pharmacie du sanctuaire de Lorette témoigne également de la libéralité et de l'ardeur des princes d'Urbin.

Si les Montefeltro n'avaient laissé que peu à bâtir à Urbin, leurs héritiers, les délia Rovere , se dédommagèrent en concentrant leurs efforts sur une cité voisine, Pesaro ; ils y firent restaurer par Gir. Genga la cour du palais et orner le petit parc d'un bel édicule imitant une ruine. Ils chargèrent le même artiste d'y bâtir l'église de Saint-Jean-Baptiste, que Vasari compare , sans hésiter, aux plus célèbres sanctuaires de la Ville éternelle.

Mais ce fut surtout l'enrichissement de la villa de Monte Impériale, dans les environs de Pesaro, qui passionna les souverains du duché d'Urbin. Guidobaldo y fit restaurer,

par Gir. Genga, le vieux palais et construire à côté un nouveau, beaucoup plus magnifique, que les peintres Bronzino, Raftaello del Colle, Francesco Menzocchi, Camillo Mantovano, furent appelés à décorer. Un instant les Dosso de Ferrare prirent part aux travaux ; mais leurs productions parurent tellement pitoyables à Guidobaldo, qu'il donna l'ordre de les effacer.

Vase de l'atelier d'Urbin: (Ancienne collection Spitzer.

L'ardeur des ducs Francesco Maria et Guidobaldo profita à toute la région. Le Monte Baroccio s'enrichit du couvent des « Zoccolanti » et Sinigaglia de

l'église Sàinte-Marie-des-Grâces, ainsi que de l'évêché, tous construits sous la direction de Gir. Geng;a.

Une autre ville des environs d'Urbin, Sant'Angelo in Vado, doit sa célébrité à deux peintres aujourd'hui fort dédaignés, les Zuccheri, qui y virent le jour, l'un en 1629, l'autre en 1042 ou i5q3.

Gubbio enfin se présente devant nous avec quelques peintures exécutées par des imitateurs du Pérugin ou de Raphaël, Timoteo délia Vite, Adone Doni et Sinibaldo Ibi. Ce n'est guère.

La Romagne, pendant la dernière période de la Renaissance, retombe dans son indifférence, pour ne pas dire sa somnolence.

Le contingent de Forli l se borne à un certain nombre de peintres et de peintures. Son concitoyen Marco Palmezzano, qui y prolongea sa carrière jusque vers 1 537, a pour continuateurs ses compatriotes, Livio Agresti et Franc. Menzocchi (i5o2-i57i). Cette ville donne en outre le jour à Francesco Marcolini (voy. p. 91), qui, fixé à Venise, ne se contenta pas d'éditer de si beaux volumes, mais s'essaya en outre dans l'architecture, et peut-être dans la gravure. De temps en temps un étranger y faisait son apparition : tels sont Timoteo Viti, Rondinelli, Girolamo Genga.

Rimini avait épuisé sa vitalité avec le xve siècle. Le Cicérone n'y trouve pas un monument à signaler pour le siècle suivant.

Césène élève, sur les dessins de Franc. Masini, la jolie petite fontaine reproduite ci-contre.

Ravenne s'efface; nous n'avons guère de nom saillant à ajouter à ceux que nous avons cités pour la période précédente.

Faenza est relativement mieux partagée. Les historiens locaux ont recueilli les noms de vingt-six peintres nés dans cette ville pendant le xvf siècle1. Je me hâte de rassurer le lecteur et de lui affirmer que je n'ai pas l'intention de les lui présenter l'un après l'autre. Dans le nombre, deux ou trois à peine méritent d'être mis en lumière : Marco Marchetti ou Marco de Faenza (y 1 588) , qui orna de grotesques maint palais de Rome et de Florence; Luca Scaletti (mort, ce semble, avant 1 555), qui suivit la bannière de Jules Romain; ou encore G.-B. Armenini , plus connu par son Traité de' veri Precetti délia Pittura (1587) que par ses peintures. Malgré cette fécondité, la ville fit parfois appel à des étrangers : par exemple à Girolamo Pennaccbi de Trévise (d'Udine), qui orna en 1 533 d'un retable l'église « délie Comniende ».

La fabrication des faïences compta, pendant un temps encore, d'habiles artistes et une nombreuse clientèle à Faenza.

1. Biel. : Calzini et Mazzatinti, Guida di Forli. Forli, 189.3. — Calzini, Franccsco Men~occhi. Forli, 1894.

2. Valgimigli, dei Pittori e degli Artisti facntini de' secoli XV c XVI. Faenza, 1871.

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