BOLOGNE ET L'EMILIE
Dans l'Emilie, Bologne, si longtemps indécise, commence à se ressaisir, en attendant qu'elle impose, avec les Carrache, son goût — un goût discutable — au reste de l'Italie et même à l'Europe.
L'architecture — et nous avons là un indice précieux pour l'essor de l'École
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La Fontaine de Césene, par Fr. Masini.
bolonaise — s'affirme srâce à des maîtres de la valeur d'Andréa Marchesi de Formigine, de Serlio, de Vignole et de Pellegrino Tibaldi, qui tous trois quittèrent le pinceau pour prendre en main le compas et l'équerre, enfin de Francesco Terribilia.
Dans ce domaine, l'affaire capitale, c'est l'achèvement de la taçade de San Petronio ', travail pour lequel les Bolonais invoquent tour à tour le secours de
1. Voy. A. Gatti, la Fabbrica ai S. Petronio. Bologne, 1889. E. Miintz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.
Bald. Peruzzi, de Jules Romain, de Palladio. La décoration du couvent de San Michèle in Bosco forme également un important épisode de l'histoire de l'art à Bologne. La construction de nombreux palais ajoute à l'aspect monumental de la ville. Aussi Montaigne, lorsqu'il visita Bologne, vers la fin du siècle, se plut-il à célébrer ses rues « tout enrichies de beaus et larges portiques, et d'un fort grand nombre de beaus palais ».
Pour la sculpture, Bologne n'a qu'un petit groupe d'artistes indigènes à opposer à la pléiade d'étrangers qui tentèrent la fortune dans cette cité riche et hospitalière : le plus intéressant d'entre eux fut une femme, Properzia de' Rossi. Rappelons aussi l'habile graveur en pierres dures, né dans les environs, Giovanni da Castelbolognese. Quant aux maîtres venus du dehors, ils s'appelaient Alt. Lombardi, Tribolo, Montorsoli, Jac. Sansovino, Zacearia Zacchia de Volterra et Giovanni Zacchia, Jean Bologne. On sait quelles pages monumentales ces hôtes laissèrent dans la capitale de l'Emilie. Tribolo y sculpta les deux Sibylles de la porte de San Petronio et le tombeau de Bart. Barbazzi; Montorsoli, le maître-autel de l'église des Servites (i56i); Jean Bologne, la célèbre iontaine de Neptune ; Lombardi enfin, de nombreuses statues ou bas-reliefs, dont nous donnons la liste dans la notice consacrée à ce maître.
A ne s'attacher qu'à la masse des peintures qui prennent naissance pendant cette période, on croirait à une extrême vitalité ; mais, outre que la presque totalité de ces productions s'élève à peine au-dessus du médiocre, une bonne moitié d'entre elles a pour auteurs des étrangers : le Parmesan, Girolamo Marchesi de Cotignola, Innocenzo d'Imola, Girolamo Pennacchi de Trévise ou d'Udine, les Florentins Bugiardini, Vasari et Rustici, qui y peint une Conversion de saint Paul, et jusqu'au Sicilien Tommaso Laureti de Païenne, y travaillèrent côte à côte avec les descendants de Francia, avec les Aspertini, Pell. Tibaldi, Bagnacavallo, Prospero Fontana, Biagio Pupini, le Primatice et son élève Lorenzo Sabbatani, les Passerolli, Orazio Sammacchia, sans parler de Tommaso Vincidore, cet élève de Raphaël, qui devint peintre et sculpteur de Charles- Quint. Seul le Florentin Salviati ne trouva que peu d'accueil à Bologne et dut renoncer à s'y fixer.
Des fêtes, auxquelles l'art eut une grande part, jetèrent un éclat exceptionnel sur Bologne. Après avoir servi de théâtre, au début du XVIe siècle, à l'entrevue de Léon X avec François Ier, la cité vit se dérouler dans ses murs plusieurs solennités encore plus magnifiques : le couronnement de Charles- Quint (22 février i53o), le premier couronnement d'empereur qui se fit en dehors de Rome et le dernier auquel intervint un pape, puis la nouvelle entrevue de Charles-Quint et de Clément VII en 1 532 '.
Dans les environs de Bologne, à Minerbio, Vignole a laissé une de ses meilleures créations, le palais Isolani.
1. Voy. Giordani, dçïïa Venuta in Bologna del somma pontefice Clémente VII. Bologne, 1842.