PLAISANCE ET LES FARNÈSE
à ce prince la possession de l'inestimable série de gemmes antiques réunie par les Médicis du xvc siècle. Marguerite résida d'ailleurs plus souvent dans les Pays-Bas qu'en Italie, de même que son fils Alessandro Farnese (1 546-1592), le grand capitaine.
Un seul artiste de quelque notoriété vit le jour à Plaisance pendant cette période : le peintre -sculpteur Giulio Mazzoni , qui suivit la bannière de Daniel de Volterra. Comme travaux exécutés en dehors de l'intervention des Farnèse, nous avons à citer les fresques de Pordenonc (j- 1 53g), à la « Madonna délia Campagna ».
Le souverain de Ferrare , le duc Alphonse Ier d'Esté, l'époux de Lucrèce Borgia (régna de i5o5 à i53q), est pour nous une vieille connaissance. On a pu voir dans notre précédent volume (p. 274-275) la définition de son rôle et rénumération de ses entreprises ou fondations. Plus importante encore est la seconde partie de son règne, celle qui commence à la mort de son ennemi, le pape Léon X. Nature vindicative, Alphonse utilisa plus d'une fois l'art pour satisfaire ses rancunes. De même qu'il avait fait fondre un canon, « la Julia », avec les débris de la statue du pape Jules II, de même, après la mort de Léon X, il fit battre des monnaies d'argent où l'on voyait
un berger arrachant un agneau des griffes d'un lion, avec cet exergue tiré du Livre des Rois : « De manu leonis »'. Cette volonté énergique, cette intervention parfois trop directe, se faisaient sentir jusque dans la céramique : ayant fait construire un four de potier dans le voisinage de son palais, le duc en surveilla en personne le fonctionnement. Il témoigna de vues plus élevées en commandant à Michel-Ange la Léda (i52q) et au Titien de nombreux tableaux d'histoire ou portraits.
Rappelons que l'École terraraise compta vers la fin de la Renaissance un grand nombre de noms célèbres : les peintres Ercole Grandi, Lodovico Mazzolino, Girolamo da Carpi, Garofalo, les deux Dossi, les Filippi, le sculpteur Alfonso Cittadella-Lombardi, les Anichini, habiles graveurs en pierres dures, et l'architecte Jacopo Meleghino, fort malmené par Vasari.
Le duc Alphonse I" d'Esté.
D'après les « Imagines » de Zenoi.
(Venise, 150c.)
Sous le règne d'Hercule II (né en i5o8, régna de i53q à 1 55g), prince paci-
I. Sismondi, Histoire des Républiques italiennes du moyeu </><•, t. XV, p. il.
fique autant que son père Alphonse avait été belliqueux, l'art jeta une dernière lueur à Ferrare. Si le Titien, qui nous a laissé le portrait d'Hercule II (Musée de Madrid et collection Edouard André)', semble n'avoir plus fait d'apparition à la cour des d'Esté après 1 535, Jules Romain y fut appelé cette même année pour reconstruire la partie du palais ducal qui venait d'être incendiée. La construction d'un autre palais, celui de Coparo, les encouragements prodigués à une foule d'artistes de talent, les peintres Pellegrino da San Daniele et Pordenone, pour ne point parler de deux peintres flamands, Guillaume Boides de
Malines et Lucas Cornelio, puis à une série de peintres nés à Ferrare, Girolamo da Carpi, les deux Dossi, Garofalo, Camillo Filippi; la réorganisation de la manufacture de tapisseries, qui prit une grande extension sous la direction des deux Flamands Nicolas et Jean Karcher; l'enrichissement du cabinet de numismatique; la commande des coins de la monnaie à un médailleur siennois célèbre, Pastorino , qui habita Ferrare de 1 554 à 1 55g ; l'organisation de fêtes magnifiques en l'honneur du pape Paul III, qui visita Ferrare en i5q3; l'acquisition de la statue colossale d'Hercule, modelée par Jac. Sansovino, tels sont quelques-uns des événements les plus marquants de ce règne.
Le mariage d'Hercule II avec Renée de France, la fille de Louis XII (née en i5io, mariée en i5.2o, morte en iSçS), n'exerça aucune influence sur la marche de l'art à la cour ferraraise. Portée aux études théologiques et littéraires, cette princesse témoigna plus d'intérêt aux deux champions de la Réforme, Clément Marot et Calvin, qui furent un instant ses hôtes, qu'aux artistes illustres qui peuplaient alors l'Italie. A peine si, de loin en loin, elle fixait auprès d'elle quelque artiste français, plus ou moins obscur2.
La principale préoccupation de Renée, à côté des bonnes œuvres, était l'éducation de ses trois filles, qu'elle embellit — c'est Brantôme qui parle ainsi — « par la nourriture qu'elle leur donna, en leur faisant apprendre les sciences et
Le duc Hercule II d'Esté.
D'après les « Imagines » de Zenoi.
(Venise, i56g.)
i. Voy. au sujet de ce portrait la Chronique de l'Art du 16 juin 18Q4 et l'article de M. Justi dans Y Annuaire des Musées de Berlin de 1894, 2e livraison.
2. Tels sont les peintres : Petrus Maria Gallus (i53i) et Gabriel, fils du chanteur Janes de Anso de France (1641), auxquels succéda Gian Francese ,(i582-i583). Ferrare devint aussi la patrie adoptive de Giacomo ou Jaches (Jacques) Vignon, qui excellait dans l'art de colorer et de polir les émaux. Ce maître, qui vivait encore en 1674, avait pour gendre un autre orfèvre français, Livius Vignon, qui demeura attaché au service de la duchesse Renée jusqu'au retour de cette princesse en France.