‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 128 sur 304 · FERRARE ET LES PRINCES D'ESTE · texte numérisé non relu

FERRARE ET LES PRINCES D'ESTE

les bonnes lettres, qu'elles retinrent parfaitement, et en faisoient honte aux plus savants; en sorte que si elles avoient beau visage, elles avoient l'âme autant belle ». On sait quelle admiration le Tasse professa pour deux d'entre elles, Lucrèce (i 535-1 5q8) et Éléonore (i537-i58i).

Quoique le frère d'Hercule II, le cardinal Hippolyte II d'Esté (i5oc)-i5~2), résidât plus souvent en France qu'en Italie (nous le retrouverons en étudiant l'histoire de la Renaissance dans notre pays), ce prélat a pris une part trop active au mouvement littéraire et artistique de sa patrie pour que nous soyons en droit d'omettre ici son nom. Protecteur ou ami de Calcagnini, de Muret, de Paul Manuce, de Benvenuto Cellini, il s'est immortalisé par la fondation de la villa de Tivoli. De même que le cardinal Louis d'Esté, le cardinal Hippolyte distingua et favorisa en outre un architecte et graveur français célèbre, Etienne Dupérac, qui peignit et grava pour lui des vues de sa villa '.

Le fils d'Hercule II et de Renée, Alphonse II (né en 1 533, régna de 1 55g à i5g7, marié à Lucrèce de Médicis , à Barbe d'Autriche et à Marguerite de Gonzague, mort sans enfants), doit le meilleur de sa célébrité — une célébrité peu enviable somme toute — à ses relations avec le grand poète qui, dans la seconde moitié du siècle, éclaira d'une si vive lumière la cour de Ferrare.

Fils d'une princesse française, héritier présomptif d'un Etat que les liens de la solidarité la plus étroite unissaient à la France, Alphonse II passa une partie de sa jeunesse dans notre pays. Il y prit la passion des tournois, des aventures guerrières, et je ne sais quoi d'ardent et de généreux, qui se manifesta dans son expédition au secours des Hongrois attaqués par les Turcs (l566) et dans ses tentatives pour obtenir la couronne de Pologne (i5"4). Mais, malgré sa valeur et son habileté, la fortune lui tut le plus souvent contraire : c'est que son activité ressemblait parfois singulièrement à de l'agitation.

Les biographes nous montrent chez Alphonse II la préoccupation constante de donner le change sur ses échecs et ses déceptions. Ne pouvant prendre part à quelque guerre glorieuse, il se consolait en perfectionnant les inventions relatives à l'art militaire ou en se livrant avec ardeur aux plaisirs de la chasse. Personne n'accueillait avec plus d'empressement les inventeurs de toute espèce : alchimistes, ingénieurs. Il fabriquait de sa main des poisons subtils, à l'instar des Médicis, multipliait les encouragements aux artistes et aux poètes : trois des chefs-d'œuvre de la littérature italienne, la Gerusalemme libéral a et YAminta

Le cardinal Hippolyte II d'Esté.

D'après la médaille de D. Poggini.

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