Campori, gl' Intagliatori ai Stampe e gli Estensi, p
du Tasse, et le Pastor fido de Guarini ne sont-ils pas nés sous ses auspices ! Mais, en vrai Este, il ne perdit jamais de vue la pratique : ses poètes favoris devaient accepter toutes sortes de missions et de charges de l'ordre politique ou administratif. Il en voulut au Tasse d'avoir refusé le gouvernement de Modène, qu'il lui avait offert. Ces calculs mesquins alternaient avec une extrême prodigalité, qui se manifestait surtout dans l'organisation des fêtes. Aussi sa mort fut-elle considérée comme une délivrance par l'aristocratie, non moins que par le peuple.
Pour caractériser l'esprit qui régnait à la cour de Ferrare, jetons un regard sur le tournoi littéraire institué en 1684 par une dame ferraraise. Il s'agissait, comme jadis à la cour d'Urbin, de rechercher quelle était l'essence de la beauté.
Un des interlocuteurs — un adepte de la philosophie platonicienne — le Dalmate Francesco Patrizio, s'efforça de démontrer que la beauté réside dans les proportions et les couleurs, que la beauté humaine a pour but d'élever à la contemplation de la beauté divine, dont elle n'est que l'ombre et le simulacre. A quoi J.-B. Guarini répondit, en invoquant l'autorité de Plotin, que la beauté s'adresse à l'oreille aussi bien qu'à la vue. — Après de telles prémisses, on pouvait disserter à perte de vue : aussi ne poursuivrons-nous pas plus loin l'analyse de ces controverses; bornons-nous à constater, une fois de plus, combien de devancières les précieuses de l'hôtel de Rambouillet comptent dans les cours italiennes du xvie siècle.
Laissant péricliter le grand art, Alphonse n'encourage guère que les représentants de quelques branches secondaires : le céramiste Camillo da Urbino, puis un certain nombre de graveurs : Enea Vico de Parme, qu'il chargea de graver l'arbre généalogique de la maison d'Esté et qui habita Ferrare de i563 à 1 567, date de sa mort, Martino Rota de Sebenico, Battista del Moro de Venise, Giulio Sanuto, également de Venise, et Domenico Tebaldi de Bologne 2.
Pour classer et enrichir ses collections d'antiques et de médailles, Alphonse II eut la bonne fortune de mettre la main sur deux artistes et archéologues également distingués : Enea Vico, qui s'entendait comme pas un à reproduire les antiques par le burin et à les commenter par la plume T' ; puis le Napolitain Pirro Ligorio, qui avait doté Rome de quelques constructions élégantes (voy. p. 242), mais qui s'est attiré à jamais la haine des épigraphistes,
1. 1 Discorsi di Annibàle Romci, édit. Solerti. Città di Castello, 1891, p. y-33.