Campori, gV Intagliatori di Stampe e gli Estais i, p
3. Campori, Enea Vico c Yautico Mitsco Estensc délie Mcdaglic. Modène, 1873.
Le duc Alphonse II d'Esté.
D'après la médaille de D. Poggini.
MANTOUE ET LES GONZAGUE
pour avoir fabriqué à leur intention tant d'inscriptions tausses. Ligorio habita Ferrare de i568 environ à i58o'.
Alphonse II vécut assez pour voir crouler l'édifice, artificiel entre tous, qu'avaient élevé ses prédécesseurs, ces princes de la maison d'Esté, si actifs et si pratiques, mais en même temps si complètement étrangers à toute aspiration généreuse. Je ne sais si ses sujets sacrifiaient à l'avarice autant que le prétend Cellini, juge souvent terriblement partial : ce qui est certain, c'est que, vers la fin du siècle, leur ville passait à la fois pour une des plus régulières et une des plus tristes de l'Italie2; sa déchéance était complète dès lors et depuis elle n'a rien tenté pour se relever.
Portrait de Frédéric de Gonzague, par Raphaël. (Salle de la Signature au Vatican.)
Seuls, parmi les dynasties italiennes, les Gonzague de Mantoue conservèrent jusque vers le milieu du siècle un fonds de poésie et de fraîcheur qui prête un rare attrait aux œuvres nées sous leurs auspices : on admirait tour à tour, dans leurs galeries, la grandeur farouche de Jules Romain , le sourire
attristé du Corrège, la lumière éblouissante du Titien. D'autres princes ont pu montrer autant de libéralité qu'eux, aucun n'a fait preuve d'un goût aussi éclairé et d'un tel esprit de suite. La recherche des chefs-d'œuvre du passé alternait chez eux, dans une juste mesure, avec l'encouragement des artistes contemporains. Ils se piquaient d'autre part de discerner le mérite partout où il se manifestait : les représentants de l'École romaine trouvèrent de l'accueil chez eux au même titre que le Corrège ou le Titien (quelle supériorité en
1 . Les inventaires publiés par Cittadella et par le marquis Campori nous révèlent la richesse du garde-meuble des princes d'Esté vers la lin de la Renaissance.
2. « La ville est grande comme Tours, assise en un païs fort plein; force palais; la plus part des rues larges et droites; fort peu peuplée. Les rues sont toutes pavées de briques. Les portiques, qui sont continuels à Padoue et servent d'une grande commodité pour se promener en tous temps à couvert et sans crotes, y sont à dire. » (Montaigne, Voyage, p. îqy-iôi.)
E. Miintz.