‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 14 sur 304 · L'ÉGLISE ET LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET LA RENAISSANCE

mation n'ait été défavorable aux beaux-arts et n'en ait considérablement restreint l'exercice1. »

Il est moins aisé de répondre à la dernière question qui s'impose à nous : Que serait-il arrivé si la Réformation n'avait pas, en provoquant de la part de l'Église la Contre-Réformation, consolidé la foi chez les catholiques aussi bien que chez les protestants? Les esprits seraient-ils allés doucement à l'indifférentisme? l'avènement du voltairianisme aurait-il été avancé de deux siècles? Je ne le pense pas : le travail latent qui s'opère dans l'intelligence commune d'une société, aussi bien que dans le cerveau d'un chacun, n'était pas assez avancé encore, les esprits pas mûrs pour une telle émancipation.

Après l'attitude de l'Église vis-à-vis des questions de dogme et des questions de morale soulevées par les réformateurs, examinons son attitude vis-à-vis du mouvement d'idées qui s'incarnait dans la Renaissance.

Ici le problème devient particulièrement délicat. Quel a été le rôle des humanistes et, d'une manière plus générale, le rôle de la Renaissance dans la crise qui a provoqué la Réforme et la Contre-Réforme? Le calviniste Sismondi et le catholique Cantù s'arrêtent à des conclusions analogues : tous deux condamnent la Renaissance; mais, tandis que l'un n'a pas assez de sarcasmes pour la société sortie de la Contre-Réforme, l'autre n'a pas assez d'éloges pour elle : d'après lui, « l'esprit ravivé du christianisme a combattu l'effervescence de la chair et la volupté sensuelle'2 ».

Or il est mathématiquement démontré que la Renaissance, pour peu qu'elle s'imposât certaines réserves, pouvait vivre en paix avec l'Église : nous en avons pour preuve l'attitude prise vis-à-vis de la Renaissance par tant de pieux prélats, — les Sadolet, les Gasp. Contarini, les Aleander, les Cervini, — et l'attitude prise vis-à-vis de l'Église par tant d'humanistes célèbres, — les Pic de la Mirandole, les Marsile Ficin, les Bembo. Les humanistes n'étaient pour rien ni dans la corruption du clergé, ni dans la dissolution de la foi. Ce qui le prouve surabondamment, c'est que l'Église, dans le grand retour offensif qu'elle prépara à partir de Paul IV, ne mit en cause ni les humanités, ni les méthodes d'éducation, mais bien sa propre organisation et le relâchement des mœurs chez les ecclésiastiques.

1. Essai sur l'esprit et l'influence de la Réformation de Luther, p. 303, 3i7-320. Paris, 1804. — Je reprendrai la question de l'influence de la Réformation sur les arts dans les volumes consacrés à la France et à l'Allemagne. En attendant, le lecteur me permettra de le renvoyer à mes Etudes sur l'histoire de la Peinture et de l'Iconographie chrétiennes (p. 53-58), où j'ai essayé de résumer le débat.

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