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III. Italie. La Fin de la Renaissance

cela sur les Este, les Montefeltro, les Médicis ou les Papes!). Partout la clairvoyance éclatait à côté de l'ardeur.

Nul doute qu'il ne faille faire honneur d'un état d'âme si enviable aux leçons de la marquise Isabelle. Cette femme éminente, qui survécut vingt ans à son époux, Jean-François de Gonzague (f i5ig), continua pendant ces quatre lustres à planer sur les destinées de l'art à Mantoue'. Jusqu'à sa mort (i53c>), nous la voyons, comme par le passé, infatigable dans la poursuite de tout ce qui était rare et beau, également ardente à encourager les talents nouveaux et à recueillir les reliques du passé. S'agit-il d'enrichir ses écrins, elle fait preuve d'une ténacité à toute épreuve, parfois même d'âpreté; s'agit-il de guider les choix de son fils, elle aiguise ses facultés critiques, les plus délicates et les plus pénétrantes dont n'importe quel amateur italien eût pu s'enorgueillir depuis la disparition de Laurent le Magnifique. Aussi avec quelle déférence ce fils ne la consulte-t-il pas, avec quelle vénération ne rapporte-t-il pas le jugement qu'elle a porté sur la Madeleine du Titien ! Pendant cette dernière période, Isabelle recourt à Lorenzetto et à Raffaele da Montelupo pour finir « certe cose antiche »; elle achète, jusqu'à la veille de sa mort, camées sur camées, médailles sur médailles, sans se priver du plaisir de conquérir quelque belle pièce moderne, telle que ce jaspe sanguin sur lequel Matteo del Nassaro avait gravé une Descente de croix.

Entre tous les Mécènes italiens, Isabelle eut seule le privilège de présider tour à tour aux trois grandes manifestations de la Renaissance, d'employer à tour de rôle les Primitifs, les représentants de l'Age d'Or et ceux de la décadence : le Pérugin et Mantegna, Léonard de Vinci et Raphaël, Jules Romain et le Titien.

A côté d'Isabelle, un de ses plus chers amis, un des plus illustres enfants de Mantoue, Balthazar Castiglione, intervenait plus ou moins directement, autant que le lui permettait son éloignement> (il était fixé à Rome), dans la direction des affaires d'art mantouanes. En i523, nous le voyons apporter le plan d'une villa monumentale (« un giardino et una habitatione in ipso »), que Michel- Ange avait composé à l'intention des Gonzague; mais la dépense effraya ceuxci : le théâtre seul devait, coûter une vingtaine de mille ducats ! L'année suivante, il mit Jules Romain en rapport avec ses souverains et exerça ainsi une action décisive sur la marche de l'art dans le petit marquisat. Après la mort prématurée de Castiglione, Jules Romain ne fit qu'acquitter une dette de reconnaissance en sculptant, dans l'église Santa Maria délia Grazie, située aux portes de Mantoue, le tombeau de son ami.

Fils d'une mère telle qu'Isabelle, élevé à Rome, au Vatican, où Jules II le

i. Bibl. : T. II, p. 27.5-276. — Gaye, Carteggio, t. II, p. 1.55 et suiv., 224-227, 242, 246, 25o, 263, 264, 273; t. III, p. 590. — Luzio et Renier, Mantova e Urbino. Isabclla d'Esté ed Elisabctta Gon^aga. Turin, i8y3. — Les publications de M. Intra.

MANTOUE ET LES GONZAGUE. 267

gardait à titre d'otage, Frédéric II de Gonzague (i5oo-i5 lo), d'abord marquis, puis duc (l53o) de Mautoue, 11e pouvait que mettre au service du beau l'ardeur la plus vive, le goût le plus éclairé'. Ce superbe adolescent, auquel Raphaël a donné place dans Y Ecole d'Athènes, et dont la physionomie revit avec plus de précision dans le portrait de la collection Czartoryski, se signala par des fondations sans nombre, auxquelles Mantoue doit aujourd'hui encore le meilleur de sa gloire.

Avec une netteté de vues parfaite, Frédéric estima qu'il était indispensable, tout en recourant aux représentants les plus variés de l'art italien, d'avoir près de lui, à demeure fixe, quelque artiste supérieur, qui lût en même temps un organisateur. Il trouva dans Jules Romain l'homme dont il avait besoin. Lorsqu'il lui annonça, au mois d'août i52q, qu'il l'attachait à son service, il eut bien soin de spécifier qu'il entendait l'engager à la fois comme peintre et comme architecte2 : c'était lui donner, en quelque sorte, la surintendance des beaux-arts. L'artiste romain ne trompa point son attente : d'une ville boueuse, pleine d'eau croupissante, inhabitable à de certaines périodes, il fit une résidence sèche, saine, belle et plaisante.

Ce qui ajoutait encore au prix des encouragements prodigués par le souverain de Mantoue, c'est qu'il traitait les artistes sur le pied de l'égalité ". Son attachement inébranlable, sa tendre affection pour Jules Romain honorent au même point le Mécène et l'artiste. A l'occasion, cependant, il savait gourmander et houspiller son favori : en i53i, il le menaça de sa colère si les appartements qu'il devait décorer n'étaient pas prêts au jour fixé. Il fallait en outre que Jules Romain se prêtât à toutes les fantaisies du prince. Celui-ci ne lui demanda-t-il pas, en 1626, d'esquisser deux projets de mausolée pour une de ses chiennes !

A Mantoue même, Frédéric concentra ses efforts sur la « Regia », autrement dit le palais ducal, qui avoisine l'antique « Castello di Corte ». Les sculptures en marbre et en bois, les stucs, les incrustations, les fresques, alternèrent dans la décoration de ce vaste ensemble. Jules Romain, qui dirigea les travaux, peignit de sa main les Signes du Zodiaque, dans la salle de ce nom, les Scènes de l'Histoire de Troie, ainsi que la Chasse de Diane1.

1. Bibl. : Gaye, Carteggio, t. II, p. 1.Ï4-1.Ï.5, 17g, 219-220, 227-228, 265-268. — D'Arco, délie Arti c dcgli Artefici di Mantova. Mantoue, 18Ô7. — Braghirolli, Ti^iano alla corte dei Gon- %agi di Mantova. Mantoue, 1881. — Anatole Gruyer, Raphaël peintre de portraits, t. I, p. 223 et suiv. — Les publications cT Antonio Bertolotti énumérées dans notre précédent volume (p. 27.5- 276), auxquelles il faut ajouter ses Masiei alla corte dei Gon~aga in Mantova dal secolo X I ' al X l 'III . Milan, s. d.

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