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MILAN ET LES DERNIERS SFORZA

Il n'eut d'ailleurs pas le loisir d'attacher son nom à quelque fondation : à peine s'il put confier à deux peintres de second ordre, Cotignola et Monsignori, le soin de conserver ses traits.

François-Marie II ne songea pas davantage à donner quelque cohésion aux efforts tentés autour de lui. Son règne n'est guère marqué que par les fêtes de son mariage avec Christine de Danemark, la nièce de Charles-Quint (iSSq). Si ce prince emplova un célèbre artiste véronais , Michèle San Mieheli , ce fut à titre d'ingénieur militaire, non d'architecte.

Et cependant autour de lui les chets-d'œuvre continuaient de surgir. Un allié de la famille ducale, Alexandre Bentivoglio, et avec lui sa femme Hippolyte Sforza, s'assurèrent l'immortalité en commandant à Luini les fresques du « Monasterio maggiore ». Leur palais jouissait en outre du privilège de réunir tous les beaux esprits, entre autres Bandello, qui dédia à Hippolyte son recueil de Nouvelles.

A la mort du dernier Sforza, Antonio de Leyva prit possession du duché

au nom de Charles-Quint. On sait qu'à ce moment François Ie1' tenta une nouvelle expédition, non moins malheureuse que les précédentes. A Antonio de Leyva succédèrent le marquis del Vasto, qui pressura horriblement le duché, puis don Ferrante Gonzaga (voy. p. 270). Cet Italien, entré au service des pires ennemis de sa patrie, se signala du moins par des travaux d'édilité : il fit en outre entourer la ville d'une nouvelle enceinte. De temps en temps l'apparition du souverain (en i5.ii, Charles-Quint; en 1 040, Philippe II) faisait oublier, un instant, par l'éclat des fêtes, les fléaux de la guerre, qui sévit autour de Milan en 1042, puis de nouveau de i552 à 1 555. Les gouverneurs qui remplacèrent Ferrante ont laissé peu de traces. La cité s'enrichit principalement, à cette époque, de monuments dus à l'initiative privée. Telles

Portrait de Maximilien Sforza.

D'après la gravure publiée dans l'ouvrage de Paul Jove.

furent les églises et les monastères élevés par les communautés religieuses, dont les envahisseurs avaient respecté les riches dotations; tel fut encore le riche palais qu'un marchand génois, Andréa Tomaso Marini, créé marquis de Casalmaggiore et duc de Terranova, fit bâtir par Galeazzo Alessi (i558 et années suivantes, aujourd'hui le Palais municipal).

Si les bâtisseurs ne manquaient pas à Milan, rien n'y était plus rare que

les collectionneurs. L'anonyme de Morelli, qui visita la ville dans la première moitié du xvi° siècle, n'y signale qu'un seul cabinet, celui des Lampagnano, et encore ne renfermait- il que des médailles , des empreintes antiques, et un tableau de Memling.

En i55g, l'élévation au trône pontifical d'un Milanais , Gian Angelo de Médicis, sous le nom de Pie IV, valut à la cité une série de fondations : la construction du Collège des Jurisconsultes (aujourd'hui la Bourse), un des meilleurs ouvrages de Seregni, le palais de la via di Brera , qui a subsisté jusqu'en i865 ', etc. Mais la plus insigne des faveurs accordées par le pape à sa

Portrait de François-Marie II Sforza.

D'après la gravure publiée dans l'ouvrage de Paul Jove.

ville natale lut la nomination de Charles Borromée, son neveu, à l'archevêché de Milan. Cette nomination inaugura, pour l'Eglise milanaise et pour tout le duché, une ère de prospérité. Charles Borromée avait été nommé archevêque en i56o, mais ce ne fut qu'en 1 565 qu'il prit solennellement possession de son diocèse : il comptait alors vingt-six ans; vingt années durant, jusqu'à sa mort prématurée (1584), il donna l'exemple des plus hautes vertus, de la piété la plus fervente, de la plus féconde activité, mais aussi de tendances théocratiques qui devaient susciter d'innombrables conflits avec le gouvernement espagnol. On devine avec quelle ardeur les Milanais prirent fait et cause pour

1. Beltrami, Pala^o di Pio IV in Milano. Rome, 1889. (Extr. de YArchhno storico dell' Arte.)

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