MILAN ET SAINT CHARLES BORROMEE
leur pasteur : dans ses luttes avec l'étranger, il leur parut le champion de leurs libertés nationales.
L'épouvantable peste de 1 576— 1677 paralysa de nouveau toute activité. Lorsque Milan lut rendue à la vie normale, la Renaissance avait dit son dernier mot. L'héritier de saint Charles, Frédéric Borromée (archevêque de i5q5 à i63i), perpétua du moins son souvenir par une création qu'eussent pu envier les grands Mécènes du xve et du XVIe siècle : la Bibliothèque Ambrosienne.
Hippolyte Sforza entre sainte Agnès, sainte Scholastique et sainte Catherine. Par Bern. Luini. (« Monasterio Maggiore » à Milan.)
A défaut de Mécènes de marque, les artistes, par contre, foisonnaient à Milan.
Dans l'architecture, aux travaux plus ou moins fragmentaires des enfants du pavs, Cesare Cesariano, Bramantino Suardi, la famille des Seregno, dont un membre, Vincenzo (iSog-iSçq), construisit le « eollegio dei Nobili », puis la famille des Meda, dont l'un, Giuseppe, fut attaché au Dôme de i55o, à i58<), fit suite l'imposant ensemble des églises et des palais élevés par Galeazzo Alessi de Pérouse et Pellegrino Tibaldi de Bologne.
La sculpture avait pour représentants quelques artistes indigènes : le Bambaja, qui vécut jusqu'en 1548 (voy. t. II, p. 553), Marco Ferrari d'Agrate (t. II, p. 557), puis les Brambilla, Baldassare da Lazzate, Cristoforo Lombardo, etc. En tête des étrangers, venait Leone Leoni d'Arezzo. Fixé à Milan, où il se construisit un superbe palais, il défraya de statues et la Lombardie,
E. iUùntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 3?
29o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
et le duché de Mantoue et jusqu'à l'Espagne. Un de ses compatriotes toscans, Silvio Cosini, travailla pour le Dôme, ainsi que le Sicilien Gio. Angelo de Marinis (i 556- 1584). Pendant le même laps de temps, une dynastie de sculpteurs milanais, les délia Porta, faisait fortune à Rome, où florissait également une brillante colonie d'orfèvres originaires de la même province.
Pour la peinture nous rencontrons tout d'abord les continuateurs de Léonard de Vinci, Bernardino Luini et les élèves de celui-ci, son fils Aurelio, Bernardino Lanini, Gaudenzio Ferrari; puis un certain nombre de représentants des Écoles voisines, les Campi, Savoldo, Moretto, etc. Jusqu'au bout l'Ecole milanaise garda la suavité qu'elle devait aux leçons de Léonard.
Une nuée de graveurs en pierres dures continuèrent la tradition de Domenico de' Cammei; tels furent Giov. Antonio de Rossi, Jacopo et Cosimo da Trezzo, Gasparo et Girolamo Misuroni. Les Negrolo ou Nigrolo se signalèrent de leur côté dans la gravure des armures ' .
Dans l'angle nord-ouest de l'Italie, nous n'avons plus à compter, par suite de l'extinction de la dynastie des Paléologue (i533), qu'avec la maison de Savoie. Celle-ci, longtemps indifférente, commence à entrer en scène. Si le duc Charles III (i486-i553) et sa femme Béatrix de Portugal n'ont que peu fait pour la cause qui nous intéresse, le duc Emmanuel-Philibert Ier (i528-i58o) et sa femme Marguerite de France, sœur de François F1', se sont associés, non sans conviction, aux efforts tentés dans le reste de la Péninsule. La création de diverses fabriques, parmi lesquelles une de majoliques (i55o,), et surtout la formation d'un riche cabinet d'antiques, ont valu à ce couple la sympathie de la postérité. Le règne de Charles-Emmanuel Ier (i5Ô2-i63o) est marqué entre autres par les fêtes données à l'occasion de son mariage avec Catherine d'Autriche, et par la première représentation du Pastor fido de Guarini (i585)\
L'histoire artistique des autres villes du Piémont est pauvre en événements saillants. Le plus considérable, c'est l'exécution des nombreuses fresques dont Gaudenzio Ferrari dota la ville de Varallo, située dans le voisinage de Novare.
Verceil, veuve depuis longtemps de son fils le plus illustre, le Sodoma, fit appel à différents autres peintres : G. Ferrari, les Oldoni, les Tresseni de Lodi, les Lanino, les Giovanone, etc.
Les Génois étaient des ouvriers de la dernière heure; les pouvoirs publics, les communautés religieuses, les particuliers, avaient laissé passer le moment propice sans réaliser ou même concevoir quelque entreprise transcendante. Ce fut seulement dans le second tiers du siècle que, prenant exemple sur leur
1. Voy, l'article de M. Bœhehn dans le Repertorhim fier Kunstwissenschaft, i885, p. 85 et suiv.
2. Bibl. : Atti délia Società di Archeologia e Belle Arti per la provincia di Torino, 1878, p. 3i- 86; 1879, P- ]97 et su'v- — Angelucci, Relaçione delV Ingresso délia infante Caterina d'Austria in Torino. Turin, 1876.