Cantù, t. VIII, p. 3i5-3i
Décomposons en leurs éléments primordiaux les résolutions prises par le Concile de Trente au cours de ses longs et pénibles travaux : qu'y trouvonsnous? La définition des dogmes (mais jamais la Renaissance ne s'était attaquée à pareille matière!), puis la réforme de la législation et de la discipline ecclésiastiques. A peine, de loin en loin, un anathème lancé contre quelque superstition ou quelque abus contemporain, les duels, l'astrologie judiciaire, la nécromancie, etc. Quant à l'antiquité, elle n'est mise en cause, et encore en passant, qu'en tant que fautrice du paganisme et de la raison d'Etat1. Bien plus, la lecture des auteurs anciens est formellement autorisée (avec quelques réserves pour les enfants), alors que la lecture des traductions de l'Ancien Testament est interdite, sauf aux hommes doctes et pieux, dûment autorisés par leur évêque'2. La déclaration qui précède l'Index dressé par le Concile (i563) est aussi catégorique qu'on peut le désirer : « La lecture des livres anciens écrits par les païens est permise, eu égard à l'élégance et à la propriété du style; on ne doit toutefois à aucun prix en frire l'explication devant les enfants3 ».
Ce n'étaient pas là formules vaines : saint Charles Borromée ne se plut-il pas à instituer des discussions sur les auteurs profanes et sacrés, discussions dont les Noctes vaticanœ. rendent un éloquent témoignagne' ? Sixte-Quint ne déploya-t-il pas la plus vive ardeur pour l'enrichissement et l'installation de la bibliothèque du Vatican?
N'importe : il existe une nuance entre ces efforts et ceux d'un Sixte IV ou d'un Léon X, et en pareille matière les nuances sont tout. A l'Église pleine d'indulgence pour les écarts de la poésie avait succédé une Eglise ombrageuse et inexorable, l'Eglise de l'Inquisition. La Renaissance, qui vivait de tolérance et de désintéressement, la Renaissance, cette suprême volupté des esprits d'élite, devait s'étioler du jour où elle eut à compter avec toutes sortes de mesures restrictives. Ces fleurs délicates, ces sensitives, sont ainsi faites : surveillez-les de trop près, ôtez-leur le grand air, elles meurent. La liberté et l'aisance incomparables qui caractérisent le xvie siècle disparaissent sans retour : le xviic siècle leur substitue la précision, la rigueur et la sécheresse. Pour me résumer, je dirai que le rôle de la Renaissance finit le jour où l'Église, après l'avoir traitée en alliée, commença de la traiter en vassale.
Est-ce à dire que l'Eglise, après avoir réussi à comprimer l'esprit de libre recherche, qui forme une des faces de la Renaissance, n'ait pas profité dans une large mesure des autres ressources que ce grand mouvement mettait à son
i. « Ea quœ paganismum redolent... — quaî ex gentilium placitis, moribus, exemplis, tyrannicam politiam fovent et quam falso vocant rationem status. » (lu Indicem Librorum prohibitorum Prafatio.)