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CHAPITRE I

L ARCHITECTURE DE LA FIN DE LA RENAISSANCE. — LES OUVRAGES THEORIQUES ET LES ORDRES. — LES DIFFERENTS ELEMENTS DE LA CONSTRUCTION ET LES DIFFÉRENTS GENRES D'ÉDIFICES.

1 est impossible de ne pas reconnaître que c'est dans le domaine de l'architecture que la Fin de la Renaissance a accompli les plus grandes choses. A la mort de Léon X, la sculpture, abstraction fixité des tombeaux des Médicis, avait dit son dernier mot. En peinture, si nous mettons à part les Ecoles de Venise et de Parme, aucune conquête essentielle ne vint s'ajouter à l'œuvre des maîtres de l'Age d'Or. Pour l'architecture au contraire, on ne comprendrait pas la Renaissance s'arrêtant à Bramante. Il faudra l'effort d'une génération encore pour que les principes de l'art antique pénètrent dans l'esprit de la société, pour qu'ils s'affirment avec autorité et avec éclat. La Fin de la Renaissance seulement verra paraître les bâtisseurs assez énergiques pour transformer en quelques lustres des quartiers entiers et les architectes capables de mettre leur empreinte, non plus seulement sur un édifice isolé, mais sur de vastes ensembles. On dirait que les moyens d'exécution ont progressé dans la mesure même où l'esthétique gagnait en fermeté. Avec quelle liberté les successeurs de Bramante ne manient-ils pas dorénavant les masses ! Quelle fécondité de ressources pour

provoquer les contrastes, en multipliant les plans, en utilisant ou au besoin en créant des différences de niveau ! En un mot, tandis que la sculpture et la peinture se laissent de plus en plus aller à la frivolité, l'architecture se fait de plus en plus savante et sérieuse1.

Un fait qui montre jusqu'à l'évidence de quelle vitalité les Ecoles italiennes étaient encore douées, c'est la variété même des aspirations qui se font jour chez les différentes Écoles. Prenons Michel-Ange et Palladio : peut-on imaginer deux maîtres plus dissemblables ! L'un cherche avant tout le mouvement, l'autre avant tout l'harmonie, des lignes tranquilles et pures. Opposons maintenant Palladio à Alessi : ici encore quel contraste ! Le premier préconise l'Ordre colossal, encadrant jusqu'à deux ou trois étages dans une seule ordonnance de colonnes ou de pilastres ; le second morcelle à l'infini et place l'effet dans la multiplicité des motifs. Bref, que l'on considère les proportions données aux différents membres de l'architecture ou la combinaison de ces membres les uns avec les autres, les innovations sont également importantes2.

Cependant, à travers la multiplicité des efforts et la diversité des tendances, un trait se dégage avec une extrême netteté : les combinaisons désormais sont raisonnées et voulues plutôt que primesautières. A l'ère de l'inspiration, aux intuitions du génie, ont succédé de patients et laborieux calculs. Assurément, plus d'un chef-d'œuvre encore prendra naissance, mais la réflexion y aura plus

i . Le lecteur comprendra que, dans un travail tel que celui-ci, je ne saurais examiner par le menu tant de problèmes de l'ordre technique. Je me console d'autant plus facilement de négliger cette tâche, qu'une série d'auteurs étrangers ont en quelque sorte épuisé la matière : il suffit de rappeler parmi eux Burckhardt (der Cicérone et Geschkhte der Renaissance in Italien); — M. Bùhlmann (die Architeklur des classischen Alterthums uni ier Renaissance. Stuttgart, 1872-1877); — M. Thiersch (les Proportions, dans le Handbuch der Arclritektur de Durm, 14e partie, t. I, p. 70-83); — H. de Geymùller (die Architelctur der Renaissance in Toscana. Munich, i885 et suiv., et the School oj Bramante. Londres, 1891); — Redtenbacher (die Architelitur der ital. Renaissance; Francfort, 1886); — Ebe (die Spœt-Renaissance; Berlin, 1886); — Gurlitt (Geschkhte des Barochstils in Italien; Stuttgart, 1887). Parmi les travaux français, je citerai l'Histoire des plus célèbres architectes de Quatremère de Quincy, les Edifices de Rome moderne de Letarouilly, Y Architecture de la Renaissance de M. Palustre. Voy. en outre la bibliographie donnée dans notre tome I, p. 872.

2. Il ne sera pas sans intérêt de rechercher l'origine des grands architectes appartenant à la dernière période de la Renaissance : Peruzzi, Jules Romain, Serlio, Vignole, Vasari, Buontalenti, Pell. Tibaldi, avaient débuté par la peinture; Michel-Ange, Sansovino, Ammanati, par la sculpture ; seuls Antonio da San Gallo, San Micheli, Alessi et Palladio s'étaient consacrés dès la jeunesse à l'art de bâtir.

D'autre part, comme dans le passé, certains architectes sont en même temps entrepreneurs : ainsi Battista da San Gallo, ainsi Giovanni Mangone, qui travaillaient simultanément pour la cour de Rome en qualité de vérificateurs des travaux d'autrui et d'entrepreneurs pour leur propre compte. — Vasari, par contre, s'en remettait à des subalternes du soin de diriger la construction des édifices dont il avait élaboré le plan : ce fut un certain « maestro Bernardo » qui remplit cette mission à son égard. — L'architecte était considéré comme civilement responsable. Après l'écroulement de la voûte de la bibliothèque de Saint-Marc, Sansovino fut mis en prison et condamné à 1000 ducats d'or de dommages-intérêts. Il eut beaucoup de peine à se justifier et à obtenir le remboursement des sommes qu'il avait payées.

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