Palustre, l'Architecture de la Renaissance, p
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Les Cariatides au xvi" siècle. Le palais de Leone Leoni a Milan.
3i2 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
les statues se profilant sur les balustrades, bref une série de motifs faisant corps avec l'architecture, la complétant et la renforçant.
Par suite d'une fatalité à laquelle il ne pouvait échapper, l'art de la Renaissance suivit les mêmes errements que son prototype l'art romain. Vitruve s'était élevé contre l'invraisemblance de certaines décorations (livre VII, chap. 5); il s'était plaint de ce que l'on ne peignait plus de sujets ayant une signification réelle, de ce que l'on faisait porter des édicules sur des candélabres, de ce que l'on remplaçait les frontons par des consoles cannelées, ornées de feuilles retroussées et de volutes. Toutes ces critiques auraient pu être rééditées au xvie siècle à l'adresse de Michel-Ange et de son école.
Après avoir cherché à justifier l'emploi de l'ordre composite, Vasari célèbre les innovations introduites par Michel-Ange dans les portes , les tabernacles, les vases, les colonnes, les chapiteaux, les corniches, les consoles, soit dans la sacristie de Saint-Laurent et la bibliothèque Laurentienne, soit dans la corniche du palais Farnèse, ou le second ordre de la cour du même édifice, soit enfin dans la basilique de Saint-Pierre. Il le félicite d'avoir découvert tant d'ornements variés extraordinaires (« stravaganti »), tant de belles moulures, tant de corniches, tant de tabernacles divers et une infinité d'autres motifs, différents de ceux de l'antiquité '.
Le premier, en effet, Michel-Ange rompit l'accord, l'union féconde, auxquels la Première Renaissance avait dû la belle ordonnance de ses façades, de ses tombeaux, de ses tabernacles; il sacrifia les données constructives, pour permettre à ses colosses de marbre de se mouvoir en toute spontanéité : bientôt on profitera de n'importe quel prétexte pour prodiguer les figures drapées ou nues, les cariatides, les bustes, les hermès2, les termes, etc.; jamais encore l'abus des ornements anthropomorphiques n'avait été poussé si loin.
Mais même considéré en lui-même le système décoratif adopté par Michel- Ange n'est pas exempt d'erreurs : celles-ci proviennent principalement du manque de proportions entre les figures des diverses compositions : tantôt ces figures sont gigantesques, tantôt elles sont microscopiques : ce qui donne à l'ensemble quelque chose d'inégal et de heurté; conséquent avec lui-même, le Buonarroti réduisait en même temps à son strict minimum le rôle de l'ornementation plane \ Si néanmoins le tombeau de Jules II pèche par l'abondance des arabesques, etc., la responsabilité en remonte certainement, non au maître,
1. Dans une lettre adressée au cardinal Rod. de Carpi (i56o), Michel-Ange déclare que les membres de l'architecture dépendent des membres de l'homme; il ajoute que celui qui n'est pas un « buon maestro di figure », et surtout qui ne connaît pas bien l'anatomie, n'y peut rien comprendre. Il insiste en outre sur la nécessité de ,1a symétrie (Lettere, p. 554- Voy. aussi p. 5oo, 5oi, sa définition de l'architecture d'après Vitruve).
2. Voy. sur ce genre d'ornements l'ouvrage de M. Meyer : Studien %ur Geschichte der plastichen Darstellungs-formen. I. Zur Geschichte der Renaissance Hernie. Leipzig, 1894.
3. « Les ornements (« intagli »), disait Michel-Ange, donnent de la richesse à l'ouvrage, mais jettent de la confusion dans les figures. » (Vasari, t. VIII, p. 3o8.)