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L'ORNEMENTATION

qui s'était depuis si longtemps désintéressé de ce monument, mais bien aux auxiliaires auxquels il en avait abandonné l'achèvement : ces satyres, ces gro-

La Décoration intérieure au xvi" siècle. La Salle des Cinq Cents au Palais Vieux de Florence.

tesques, et autres motifs, aussi mesquins que vides, jurent véritablement trop avec la majesté terrible du Moïse.

La Fin de la Renaissance avait encore trop de vigueur intellectuelle pour s'en

E. Aliintz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 40

tenir servilement aux systèmes et aux règles, comme devaient le faire plus tard certaines Écoles plus pédantes. Ainsi s'explique comment, malgré la dictature exercée par un Michel-Ange, un Vignole, un San Micheli, un Sansovino ou un Palladio, la peinture des façades — cette négation de tous les principes de l'architecture — se maintint si longtemps en honneur. Inconciliable avec l'appareil rustique, en raison des inégalités dans la surface des matériaux, la polychromie se donna carrière sur une foule de constructions moins monumentales. A Rome, à Florence, à Venise et dans toute la Lombardie, les façades peintes alternent avec les façades privées de couleur. La différence se borne à l'intensité ou à la variété des tons. Dans la Haute-Italie, les artistes prodiguent toutes les ressources de leur palette, tandis que le camaïeu domine à Rome. Comme contre-partie, nous constatons qu'il n'y eut guère de peintre au xvi° siècle, même parmi les plus grands, qui n'acceptât ces tâches aujourd'hui si dédaignées. Qu'importait le peu de durée de tels ouvrages! Un Titien, un Paul Véronèse, un Tintoret, se sentaient assez d'énergie pour les remplacer quand les intempéries les auraient détruits.

Quant aux sujets mis en œuvre, ils étaient des plus variés. Outre les divinités de l'Olympe et les héros de la Grèce et de Rome, on représentait les Vertus théologales, Rome, sous la figure de la Foi, armée du calice et de l'hostie, recevant le tribut de tous les peuples, pendant que les Turcs convertis détruisaient le tombeau de Mahomet; puis des batailles (la Prise de la Gouîette, peinte par Gir. de Carpi à Ferrare), des combats d'animaux, etc. La fantaisie jouissait de plus de liberté que dans les compositions destinées aux intérieurs.

La décoration intérieure met tour à tour en œuvre les sculptures en marbre, en stuc, en bois, et la peinture sous ses formes les plus variées. Un des exemples les plus riches, sinon les plus purs, nous est fourni par la Salle royale du Vatican, décorée, sous la direction de San Gallo par Perino del Vaga et Daniel de Volterra. Au Palais Vieux de Florence, la décoration de la Salle des Cinq Cents, sous la direction de Vasari, fut trop hâtive pour servir de modèle. Au palais de Mantoue, Jules Romain prodigua toutes les ressources de son talent si varié. A Venise, le palais des Doges nous offre des enfilades de salles, aux tonalités nourries, harmonieuses et graves, où la peinture à l'huile s'allie aux boiseries dorées.

Il semblait qu'il ne restât rien à faire pour l'aménagement des escaliers, et cependant ici encore le progrès est frappant. Tantôt c'est Michel-Ange qui se plaît à disloquer, à briser, à pétrir comme de la cire molle, l'escalier qui doit conduire à la bibliothèque Laurentienne; tantôt c'est Ant. da San Gallo qui, dans le fameux puits d'Orvieto, fait creuser l'un au-dessous de l'autre deux escaliers en spirale, disposés de telle façon que les bètes de somme employées à puiser l'eau arrivent jusqu'au fond par l'un de ces escaliers, et remontent

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par l'autre, sans être obligées de rebrousser chemin. Particulièrement remarquables sont les escaliers des palais de Gênes : rien de plus noble que ces rampes parallèles se développant avec une aisance et une souplesse parfaites, tout en ménageant les perspectives les plus pittoresques.

Nous venons de passer en revue quelques-uns des éléments généraux qui interviennent dans toute construction, quelle qu'en soit la destination. Examinons à leur tour les différentes formes d'édifices.

Si nous nous attachons en premier lieu à I'architecture religieuse, nous rencontrons plus de fondations encore, si possible, qu'à l'époque de Jules II et de Léon X. Gênes, Milan, Vérone, Vicence, Venise, Mantoue, Bologne, Florence, Assise, Rome, Naples, capitales ou bourgs perdus, s'enrichissent de monuments destinés à affirmer le retour de la ferveur. L'Église, plus puissante que jamais, grâce à la réforme intérieure sanctionnée par le Concile de Trente, favorise ce genre de luxe, le seul que des rigoristes tels que saint Pie V consentent à admettre. En même temps, l'aménagement ainsi que la décoration des sanctuaires révèlent une discipline plus sévère, qui n'exclut toutefois pas la richesse. Le style jésuite se prépare à prendre la place du style de la Renaissance !

Seule en Europe l'Italie avait encore une vraie architecture religieuse. Un historien d'art contemporain, qui ne pèche point par excès de tendresse pour nos voisins, constate en outre que le plan de leurs basiliques à coupoles, bien qu'emprunté en apparence, soit à l'antiquité, soit à l'époque byzantine, témoigne d'une orande originalité '.

Néanmoins il n'y aurait plus grand intérêt désormais à décrire ces combinaisons si variées : il en est du choix des types d'églises, comme du choix des sujets (voy. p. 96) : étant données la multiplicité des modèles et les facilités de l'assimilation, l'adoption de tel ou tel plan n'indique plus une conviction véritable. J'ajouterai que l'immense majorité de ces constructions, qu'elles soient à base de croix grecque ou à base de croix latine, respirent l'ennui, toutes savantes qu'elles soient ou peut-être par cela même qu'elles sont si savantes. A Sainte-Marie-des-Anges, près d'Assise, à la cathédrale de Mantoue, à Sainte-Marie de Carignan, on admire l'ampleur du plan, l'harmonie des proportions ou la science des combinaisons pittoresques; mais on éprouve en même temps je ne sais quelle impression de vide et de froid.

Il y aurait de l'injustice à nier, malgré ces lacunes, l'énorme effort tenté par les derniers grands architectes du xvie siècle. Pour se rendre compte de la gymnastique intellectuelle à laquelle ont été obligés de se livrer les Michel-Ange, les Jules Romain, les Genga, les San Micheli, les Vignole, les Alessi, les Palladio, les délia Porta, les Fontana, il faut se rappeler qu'ils s'efforcèrent tous de

I. Palustre, l'Architecture de la Renaissance, p. 100. Cf. p. 97.

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