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L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE

conserver à leurs constructions le caractère de sanctuaires chrétiens, et que pas un ne songea à copier un temple périptère ou même un portique hexastyle ou octostyle. L'imitation se bornait aux détails de la construction ou de l'ornementation, et ici même les tentatives d'appropriation perçaient partout.

Non moins nombreux que les églises furent les couvents élevés pendant la dernière période de la Renaissance. Bologne concentra ses efforts sur San Michèle in Bosco; Rome sur les thermes de Dioclétien, que Michel-Ange trans-

L'Escalier de la Bibliothèque Laurentienne, par Michel-Ange.

forma en Chartreuse, sous le titre de Santa Maria degli Angeli, et où il établit le fameux cloître aux cent colonnes.

L'architecture funéraire s'inspire des modèles grandioses créés par Michel- Ange : le mausolée de Jules II, la chapelle des Médicis, deviennent le prototype d'innombrables sépultures, dans lesquelles le sculpteur prend le pas sur l'architecte. Tantôt les figures allégoriques sont étendues ou accoudées sur le couvercle du sarcophage, comme le Jour, la Àr///7, le Crépuscule et Y Aurore (tombeau du pape Paul III, à Saint-Pierre, par J. délia Porta); tantôt elles sont assises aux côtés du défunt (mausolée de l'évêque Andreasi, par Prospero Spani, dans l'église Saint-André de Mantoue, i55i; tombeau de Bart. Prato par le même, au dôme de Parme; tombeau du marquis de Marignan, par Leone Leoni, au dôme de Milan, etc.).

3i8 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

Les combinaisons nouvelles n'apparaissent guère que dans l'Italie septentrionale. AMantoue, le tombeau de Pierre Strozzi (y 1529), dans l'église Saint- André, a pour principal motif quatre belles statues de femmes debout, en guise de cariatides.

A Venise, malgré tous les efforts de Sansovino, sculpteur insigne en môme temps que grand architecte, l'architecture funéraire ne sortit pas de la voie des tâtonnements : le monument de l'évêque Nichesola, composé par le maître pour la cathédrale de Vérone, appartient plus encore au style hésitant qu'au style de transition. L'ordonnance n'en est pas plus heureuse que ne le sont les proportions des figures (le défunt étendu, au-dessus de lui la Vierge, saint Jean-Baptiste et saint Sébastien). A Venise même, dans l'église San Salvatore, le tombeau du doge Venier, également dessiné par Sansovino (i556), se rapproche encore davantage de la donnée ancienne.

Particulièrement malencontreux sont les mausolées composés par San Micheli. Rien de plus raide, rien de plus glacial que le tombeau de Bembo au Santo de Padoue : un buste placé dans une niche encadrée par quatre colonnes, voilà tout le monument. Plus bizarre encore est le tombeau d'Alessandro Contarini, également au Santo de Padoue (i555). San Micheli résolut — c'est Vasari qui l'affirme — de rompre avec les données traditionnelles et de montrer qu'un tombeau ne devait ressembler ni à un autel ni à une chapelle. Il appropria les ornements à la personnalité du défunt, qui avait commandé en chef les armées vénitiennes, et fit choix de trophées et autres motifs empruntés à l'art militaire. N'en déplaise à Vasari, ce mausolée de Contarini est littéraire, sec et pauvre au possible; il reste peu de chose pour l'inspiration quand la raison a tracé un programme aussi rigoureux. En outre, la forme adoptée par San Micheli conviendrait à une cheminée plutôt qu'à un tombeau.

Nous reviendrons plus loin, dans le livre consacré à la sculpture, sur les statues ou bas-reliefs qui ornent les mausolées de la Fin de la Renaissance.

Un mot encore ici sur le type d'architecture funéraire réalisé' à Florence dans la chapelle des Princes ou chapelle des pierres dures, construite par les Médicis à côté de l'église Saint-Laurent : l'ordonnance, malgré sa lourdeur, est somme toute fort grave et véritablement imposante.

L'architecture religieuse de la Fin de la Renaissance soulève, on l'a vu, plus d'une critique; il n'en est pas de même de 1' architecture civile : elle a droit à toute notre estime, à toute notre sympathie. Pour un temps encore, dans les habitations particulières aussi bien que dans les palais des souverains, les architectes s'efforcent de concilier le confort, comme nous dirions aujourd'hui, avec l'élégance. Ne croyons pas que dès lors tout fut sacrifié à l'ordonnance, aux profils. Les contemporains ne manquent jamais de signaler la commodité de la distribution intérieure, la facilité des communications, l'organisation de l'éclairage. San Gallo, San Micheli étaient passés maîtres dans cet art. On trouvera

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