MICHEL- ANGE SCULPTEUR
... E quel che al par sculpe e colora, Michel, più che mortal, Angiol divino.
(L'Arioste.)
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ien que Michel-Ange ait brillé à la fois comme sculpteur, comme peintre et comme architecte, c'est la sculpture qui lut l'objet de sa plus constante et ardente prédilection (la qualification de « scultore » était la seule qu'il ajoutât à son nom). C'est donc dans la section consacrée à cette branche qu'il convient de retracer la biographie et de caractériser l'effort de ce prodigieux artiste1. En se plaçant au point de vue chronologique, il semble que Michel-Ange
I. Bibl. : Parmi les innombrables publications consacrées à Michel-Ange je me bornerai à citer, outre les biographies de Vasari et de Condivi, l'ouvrage bien connu de M. Hermann Grimm, dans lequel l'imagination tient une si large place ; la Vita ai Michel Angelo Buonarroti de M. Gotti (Florence, 1870) ; le Life and Works of Michel Angelo Buonarroti de M. Heath Wilson (Londres, 1876); l'Œuvre et la Vie de Michel-Ange, publiée par la Galette des Beaux-Arts (Paris, 1876); le Rafaël und Michel Angelo de Springer (2e édit., Leipzig, i883); le Mkhel-Angelo de M. de Scheffer (Altenberg, 1892); the Life of Michel- Angelo Buonarroti te. Symonds (Londres, 1893). Pour les lettres de Michel-Ange on se servira de l'édition publiée à Florence en 1870 par M. Gaetano Milanesi; pour ses poésies, de l'édition publiée à la même date, dans la même ville, par Cesare Guasti. — Plusieurs parties de l'oeuvre de Michel-Ange ont été analysées dans mon précédent volume : sur ses rapports avec l'antiquité, voy. p. 74, 445-448; sur ses por-
soit le puîné de Raphaël. Ici, en effet, les dates ont tort : Michel-Ange représente l'ère moderne avec infiniment plus de fidélité que ces génies d'une souveraine sérénité, Léonard et Raphaël. Misanthrope sublime, il a deviné notre mélancolie, nos angoisses, les doutes de l'âme sur elle-même et ses révoltes contre la société, et il les a traduits avec la véhémence qui n'appartient qu'à lui. « Comme l'homme a grandi et souffert! répétera-t-on avec H. Taine, devant les tombeaux de Médicis. Comme il a formé et dégagé sa conception originale de la vie! Voilà l'art moderne tout personnel et manifestant un individu qui est l'artiste, par opposition à l'art antique tout impersonnel et manifestant une chose générale qui est la cité. La même différence se rencontre entre Homère et Dante, entre Sophocle et Shakespeare; de plus en plus l'art devient une confidence, celle d'une âme individuelle, qui s'exprime et se rend visible tout entière à l'assemblée dispersée, indéfinie, des autres âmes. »
Les recherches les plus pénétrantes sur l'histoire de l'École florentine sont impuissantes à nous expliquer la genèse de Michel-Ange : elle a été aussi éclatante qu'imprévue. Après l'assoupissement, relativement long, de la statuaire italienne, et lorsque l'on pouvait la considérer comme parvenue au terme de son évolution, voilà tout à coup cette apparition surnaturelle, éclipsant tout le passé, renouvelant tout le présent, le plus prodigieux tempérament de statuaire que le monde eût vu depuis Phidias. Quelle place ne faut-il pas faire au hasard à côté des lois historiques !
Michel-Ange naquit le 6 mars 1 475 au château de Caprese, dans la province du Casentin, et dans le diocèse d'Arezzo, à peu de distance du fameux couvent franciscain de la Vernia, immortalisé par les visions de saint François d'Assise. C'est un des paysages les plus âpres et les plus grandioses de la Toscane, avec ses gigantesques rochers dénudés, ses forêts de hêtres séculaires, l'air pur et vif d'une des plus hautes cimes des Apennins.
Le père, Louis Buonarroti (né en 1444, mort en 1 534 à l'âge de quatrevingt-dix ans), remplissait à ce moment pour le compte du gouvernement florentin les fonctions de podestat des petits bourgs de Caprese et de Chiusi (qu'il faut bien se garder de confondre avec l'antique cité de Chiusi sur les confins de la Toscane et de l'État pontifical). Il appartenait à une famille fort ancienne, que les généalogistes du xvie siècle ont voulu rattacher aux comtes de Canossa; mais on sait ce qu'il faut penser de ces anoblissements rétrospectifs, qui sont surtout ridicules quand il s'agit d'un ancêtre tel que Michel-Ange. A l'expiration de son mandat, qui n'était que de six mois, Louis retourna à Florence, ou plus exactement à Settignano, où il avait une petite propriété d'un revenu de vingt florins, — un millier de francs, — et y mit le jeune Michel-Ançe en nourrice chez la femme d'un tailleur de Dierres.
traits, p. 446, sur la Madone de la Casa Buonarroti, le Combat des Centaures et des Lapithes, la Pietà de Saint-Pierre de Rome, p. 448-449. Je prends également la liberté de renvoyer à mes articles de la Revue des Deux Mondes (i5 décembre 1892) et de YAtheincum de Londres (1892-1893).