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LES MADONES DE MICHEL-ANGE

rapprocher ces figures de celles qui prirent naissance, vers la même époque, dans l'atelier des statuaires les plus éminents de la Toscane. Benedetto da Majano (f 1497), Civitale (7 i5oi), Benedetto da Rovezzano, ou encore Andréa Bregno (7 i5o6).

En examinant leurs ouvrages, on ne peut s'empêcher d'y constater, à côté de la finesse du modelé ou de la pureté des contours , le manque de liberté, d'ampleur, d'harmonie, bref ces défauts charmants qui constituent le style des 'Primitifs.

Chez Michel -Ange, au contraire, quelle ignorance admirable de toutes les difficultés qui ont arrêté ses prédécesseurs ! Il taille le marbre comme il pétrirait une cire molle ; quant à la figure humaine, il la tourne et la retourne en tous sens avec une aisance parfaite, s' essayant dans les attitudes les plus compliquées et frappant toujours juste. On serait tenté de dire qu'il aime à se jouer des obstacles, s'il n'y avait pas, d'un bout à l'autre de son art , une probité et une conviction si touchantes. En un mot, si, avant lui, la sculpture avait .

encore bien des conquêtes à réaliser, avec lui elle atteint la limite extrême de la perfection, et personne, depuis, ne peut se vanter d'être allé plus loin.

A quelques années de là, Michel-Ange ébaucha deux bas-reliefs circulaires, quoique cette branche de la sculpture ne lui souriàt que médiocrement. L'un (gravé p. 198), destiné à Taddeo Taddei, l'amateur florentin honoré de l'amitié

La Madone de Bruges, par Michel-Ange.

(Cathédrale de Bruges.)

de Raphaël, se trouve aujourd'hui au Musée national de Florence; l'autre (gravé p. 272), commandé par Bartolommeo Pitti, est allé échouer à l'Académie des Beaux-Arts de Londres.

Dans le médaillon du Musée national de Florence, la Vierge, assise sur un bloc de pierre (remarquez l'éloignement de Michel-Ange pour toutes les inventions des arts décoratifs, baldaquins, trônes, etc.), tient de la main gauche l'Enfant Jésus debout devant elle et accoudé, tout endormi, sur le livre qui repose sur les genoux de sa mère; celle-ci, ramassée sur elle-même (peut-être le raccourci manque-t-il d'ampleur), dans une pose d'une liberté et d'une grâce parfaites , regarde du côté du spectateur. Derrière elle , à gauche , au second plan, apparaît la tête du petit Saint Jean-Baptiste. Le motif est des plus simples, mais il est plein à la fois de charme et de puissance; il nous montre un Michel-Ange jeune, accessible aux impressions fraîches et riantes.

Dans le bas-relief de Londres, la Vierge est également assise, ou plutôt étendue. L'Enfmt Jésus, tout nu, se serre contre elle, comme s'il avait peur de son jeune compagnon, le petit Saint Jean-Baptiste, qui, debout à gauche, lui montre un philactère. La composition a peut-être plus de liberté que celle du bas-relief de Florence.

Le groupe de marbre connu sous le nom de Madone de Bruges semble être contemporain des deux médaillons du Musée national de Florence et de l'Académie de Londres. Commandé par des marchands flamands, les Moscheroni, il prit en i5o6 le chemin de Bruges et y trouva un asile dans l'église de Notre- Dame, qu'il n'a pas quittée depuis. Hâtons-nous d'ajouter qu'admiré en 1 52 1 encore par Durer comme une œuvre de Michel-Ange, ce monument, d'une facture si large et d'un sentiment si élevé, n'a retrouvé ses titres de noblesse que de nos jours, grâce surtout aux recherches de M. Reiset.

Vers la même époque Michel-Ange sculpta le mystérieux Cupidon endormi, grand comme nature, sous les traits d'un enfant ailé1.

Le succès de cette statue fut la cause déterminante du voyage du jeune débutant à Rome, où il arriva le 25 juin 1496 : il comptait vingt et un ans.

Si la vue des merveilles qui peuplaient alors la Ville éternelle dut agir profondément sur le jeune artiste et s'il contracta de ce chef une lourde dette de gratitude envers cette cité qui a nourri tant de nobles génies, pouvait-il se douter que lui-même contribuerait plus puissamment que nul autre à imprimer sur elle son cachet, la griffe du lion, en la dotant des fresques de la chapelle Sixtine, du Moïse, du Palais des Conservateurs au Capitule, enfin de la coupole de Saint-Pierre ! Dès lors s'établit entre Rome et lui un lien mystique, qu'il n'eût pas été en son pouvoir de rompre, quelques épreuves qu'il eût à traverser dans ce commerce de près de trois quarts de siècle, quelque douloureux que fût pour lui ce qu'il appelait la tragédie du tombeau de Jules IL C'est

1. Voy., sur le Cupidon, l'ouvrage de MM. Luzio et Renier : Mantova e Urhino, p. 170-171.

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