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LE TOMBEAU DE JULES IL

il est profondément regrettable qu'une si grande partie de son existence se soit passée dans une surveillance et des travaux indignes de lui.

Les détails de la brouille de l'artiste avec le souverain pontife, sa fuite à Florence, son entrevue avec Jules II à Bologne, sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les raconter à nouveau. Il me suffira de mentionner ici le nouvel ouvrage qui lui fut

commandé pour cette dernière ville, la statue de bronze du pape. Il se mit à l'œuvre sur-le-champ, et la statue réussit au delà de toute espérance. Jules II était représenté assis , la tiare en tète , bénissant d'une main, tenant de l'autre les clefs de saint Pierre. On connaît la réplique du pape à Michel- Ange qui voulait le représenter un livre à la main.

« Quoi, un livre! je ne suis pas un lettré, moi; donne -moi une épée. »

Mais Michel -Ange n'était pas familiarisé avec la pratique de la fonte : de là d'innombrables ennuis et retards. Ce ne fut que quinze mois après son arrivée à Bologne que la statue put être enfin installée et inaugurée, le 2 1 février i5o8. Lors de la révolution de i5ii les Bolonais la renversèrent et la donnèrent au duc de Ferrare, qui s'en servit pour fondre un canon, la Julienne. La tète - - elle pesait 600 livres, - - conservée du temps de Vasari dans le palais ducal, a disparu depuis, et il ne reste pas le moindre souvenir graphique de cette page importante.

Au printemps de l'année i5o8, Michel-Ange était de retour à Rome. Il semblait qu'il dût reprendre sans tarder les travaux du tombeau papal. En aucune façon. Quoique commencé deux années auparavant, ce monument ne fut terminé, et encore ne le fut-il qu'imparfaitement, que longtemps plus tard. Pour n'en pas scinder l'histoire, je raconterai dès à présent les péripéties

Études pour les Esclaves du tombeau de Jules II. Dessin de Michel-Ange. (Université d'Oxford.)

de ce que l'artiste appelait la tragédie de sa vie, et de fait, pendant plus de quarante ans, le tombeau de Jules II pesa comme un cauchemar sur l'imagination de son auteur.

D'après le projet auquel le pape et l'artiste s'arrêtèrent, vers i5i2, le mausolée devait comprendre, autour d'un sarcophage colossal, une enceinte en marbre avec des statues, les unes placées dans des niches, les autres devant des piliers, les premières représentant des Victoires et des Provinces vaincues; les secondes, les Arts libéraux. Un second étage devait recevoir quatre statues de plus grande dimension.

En i5i3, à la mort du pape, un nouveau contrat tut conclu entre le sculpteur et les héritiers de Jules II; l'artiste s'engageait à terminer le travail en sept années, moyennant la somme de i65oo ducats (environ 826000 francs, en comptant le ducat à 5o francs de notre monnaie), y compris les acomptes déjà touchés. Le monument allait donc être plus magnifique que Jules II ne l'avait rêvé, puisque celui-ci n'y avait affecté qu'un legs de 10 000 ducats. En 1 5 1 6 nouveau contrat; cette fois on accorde neuf années; l'ensemble devait comprendre, en dehors de l'encadrement architectural et des bas-reliefs, trente statues. L'artiste, comme la première fois, se rendit à Carrare pour y surveiller l'extraction des marbres. Mais Léon X avait formé d'autres projets pour lui. Quoique Michel-Ange n'eût pas fait jusqu'alors preuve d'architecte, le nouveau pape résolut de le charger de construire la façade de l'église Saint-Laurent de Florence, paroisse des Médicis. Michel-Ange eut beau résister, se fondant sur les engagements contractés envers les héritiers de Jules II, il lui fallut obéir. Il le fit avec une douleur profonde, et pleura, dit Condivi, en abandonnant ce travail qui promettait d'être son œuvre maîtresse. En i532 nouveau contrat : Michel-Ange, qui à ce moment avait reçu 8000 ducats, ne s'engage plus qu'à livrer six statues finies de sa main, et parmi elles la Vie active, la Vie contemplative, enfin le Moïse. Cependant, en 1642, l'ouvrage était loin d'être terminé. Michel-Ange, malgré sa répugnance pour toute espèce de collaboration, dut s'adjoindre différents auxiliaires. Ce ne fut que vers 1546, après des vicissitudes sans nombre, que le monument, réduit à sa plus simple expression (au début Michel-Ange avait calculé qu'il y faudrait 2000 quintaux de marbre !), put enfin être installé dans la basilique de Saint-Pierre-ès-Liens.

Les statues destinées au mausolée forment aujourd'hui quatre groupes distincts : les deux Esclaves du Louvre, les quatre autres statues d'Esclaves — à peine ébauchées — du jardin Boboli à Florence, le Génie de la Victoire, au Musée national de Florence, enfin la partie du monument conservée à Saint- Pierre-ès-Liens, avec les statues de Moïse, de la Vie active et de la Vie contemplative.

Michel-Ange commença par les statues de Prisonniers ou d'Esclaves (un dessin de l'Université d'Oxford contient des esquisses pour des figures enchaînées, les bras liés derrière le dos, les jambes croisées, dans les attitudes les plus

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