‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 186 sur 304 · LES DERNIERS OUVRAGES DE MICHEL- ANGE · texte numérisé non relu

LES DERNIERS OUVRAGES DE MICHEL- ANGE

réduites à une échelle uniforme. Le manque de proportions se fait surtout sentir dans la tête de la Madeleine, infiniment trop petite. La Descente de croix le

La « Pielà » de Michel-Ange (Cathédrale de Florence.)

satisfaisait d'ailleurs si peu, qu'après l'avoir laissée à l'état d'ébauche, il la brisa en morceaux. Ses amis obtinrent plus tard de lui la permission de faire réparer le groupe, dont la remise en état fut confiée à Calcagni.

4o4 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

Clément VII, si faible comme souverain, et d'un goût si indécis en tant qu'amateur, semble n'avoir fait preuve de clairvoyance que vis-à-vis de Michel- Ange : après lui avoir commandé les tombeaux des Médicis et la bibliothèque Laurentienne, il le chargea de peindre dans la chapelle Sixtine le Jugement dernier, permettant ainsi à ce noble génie de se déployer sous ses trois faces, comme sculpteur, comme architecte et comme peintre.

L'achèvement des peintures de la chapelle .Sixtine, c'est-à-dire la décoration des parois situées aux deux extrémités, tel fut le rôle assigné à Michel-Ange. Ces parois toutefois n'étaient pas nues : sur l'une le Pérugin avait peint l'Assomption de la Vierge, la Nativité et Moïse trouvé sur les eaux; il fallait en outre sacrifier deux des lunettes antérieurement peintes par Michel-Ange. La Chute des Anges rebelles d'un côté, et de l'autre le Jugement dernier, tels furent les sujets choisis par le maître. Constatons la persistance avec laquelle celui-ci revient sur ce thème, les anges rebelles, en d'autres termes la révolte des ' géants contre les dieux de l'Olympe. La Chute des Anges rebelles ne fut d'ailleurs pas terminée. Une mauvaise peinture de la Trinité des Monts, à Rome, en conserva quelque temps les lignes générales; puis cette peinture disparut à son tour sans laisser de traces.

Clément VII put à peine voir le début du travail, les esquisses préparatoires; il mourut au mois de" septembre i534, avant que la peinture même fût sérieusement commencée.

A sa mort, Michel-Ange s'affranchit de la tutelle de cette famille des Médicis, à laquelle il avait tant d'obligations, mais qu'il haïssait intimement, parce qu'il ne voyait en elle que les oppresseurs de sa patrie. Quelque brillantes que fussent les offres que lui fit faire le duc Cosme, il refusa obstinément de retourner dans sa patrie ; Rome, telle fut désormais, pendant les trente dernières années de sa vie (i 534- 1664), sa résidence favorite. Aussi bien les papes seuls, avec leurs ressources inépuisables d'une part, et de l'autre avec l'importance des intérêts moraux dont ils avaient la garde, pouvaient-ils proposer à un tel génie une tâche véritablement digne de lui.

L'avènement de Paul III Farnèse mit le comble à la faveur de Michel- Ange. Parvenu à cette période de son existence, le Buonarroti pouvait passer, non plus pour un simple mortel, mais pour un dieu. Nul artiste n'avait jamais reçu de tels témoignages de vénération de la part des grands de ce monde. Il entrait tout vivant dans l'immortalité. Le nouveau pape renchérit encore sur ses prédécesseurs. Lorsque Michel-Ange lui objecta, en réponse à ses ouvertures, la nécessité de remplir les engagements contractés vis-à-vis des héritiers de Jules II : « Où est le contrat, s'écria-t-il, que je le déchire. Comment, voilà trente ans que je nourris le désir de t'occupe'r, et maintenant que je suis pape, je ne pourrais pas le satisfaire ! » Accompagné d'une brillante suite de cardinaux, il visita l'artiste dans son atelier, y admira l'esquisse du Jugement dernier et les statues du tombeau de Jules II, ces statues dont une seule, le Moïse, était plus

Page 1