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LES DERNIERS OUVRAGES DE MICHEL-ANGE

que suffisante, — ainsi parlait le cardinal Sigismond Gonzague, habile courtisan, — « pour honorer à jamais le mausolée ».

Paul III, non content d'avoir présidé à l'achèvement du Jugement dernier, voulut que Michel-Ange exécutât un ouvrage de peinture dont l'initiative et l'honneur lui revinssent à lui seul. Il avait fait construire au Vatican, par Antonio da San Gallo, une chapelle à laquelle il donna son nom, la chapelle Pauline. Perino del Vaga devait en décorer la voûte : Michel-Ange s'était réservé l'honneur d'en décorer les parois. Les sujets choisis furent la Conversion de saint Paul et la Crucifixion de saint Pierre. Commencées en i5q2, les fresques, œuvre véritablement sénile, furent terminées vers i55o. L'artiste comptait alors soixante-quinze ans.

On a attribué à Michel-Ange le dessin du mausolée que le pape Pie IV fit élever à son frère, le marquis de Marignan, dans la cathédrale de Milan (i56o). L'auteur des statues, Leone Leoni, n'aurait fait que traduire les idées du maître. Mais le dernier biographe de Leoni, M. Pion, révoque en doute l'intervention du Buonarroti.

L'œuvre architectural de Michel-Ange a été étudié dans le livre précédent (p. 337-349). Bornons-nous ici à rappeler que ce fut à l'art de bâtir que le maître consacra ses dernières années.

On trouvera d'autre part, dans notre V livre (chap. 1 et 11), l'appréciation de l'œuvre dessiné et peint du maître.

Après avoir signalé les dernières productions de l'artiste, je dois faire connaître les dernières aspirations de l'homme, cet homme si généreux, malgré ses colères, et dire en même temps un mot du penseur et du poète.

Quelques détails d'abord sur l'extérieur de Michel-Ange. Il était d'assez petite taille, trapu comme les grands travailleurs, tout nerfs et muscles. Sa tête osseuse, avec une indéfinissable expression de conviction et d'opiniâtreté, prit, par suite du coup de poing de Torrigiani, le caractère si frappant d'un masque de lion.

La sobriété de Michel-Ange était extrême ; quand il travaillait, il se contentait le plus souvent d'un morceau de pain, qu'il mangeait tout en continuant sa tâche. Lui-même disait à son biographe Condivi : « Quoique riche, j'ai toujours vécu en pauvre ». Il dormait aussi peu qu'il mangeait : le sommeil était pour lui comme une souffrance; il éprouvait presque continuellement, pendant qu'il reposait, des maux de tête. Même dans la force de l'âge, il se couchait souvent tout habillé et tout chaussé. Sa négligence en matière de toilette finit par aller si loin, qu'à force de garder ses bottes, celles-ci se collaient contre la peau qu'elles emportaient avec elles quand on les retirait (Condivi).

Ennemi des plaisirs et des fêtes, Michel-Ange déployait une activité sans pareille : il ne lui suffisait pas d'avoir arraché leurs derniers secrets à chacune

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des branches de l'art, il voulut en outre s'attaquer à la littérature, et ce fut un nouveau triomphe.

Les sciences naturelles et physiques, avec la philosophie qui en découle et la morale, tel avait été l'objectif de Léonard de Vinci lorsqu'il quittait le pinceau pour prendre en main la plume : la poésie, telle fut la Muse courtisée par Michel-Ange, et de fait, au lieu de laisser errer son imagination comme son émule, il se plaisait à la concentrer; il lui fallait la difficulté vaincue. Aussi le sonnet, avec son mécanisme compliqué et sa souveraine concision, fut-il la forme qui le séduisit le plus (voy. p. 88).

Malgré son humeur caustique et ombrageuse, Michel-Ange comptait une foule d'amis dévoués. Lui-même était bon et affectueux pour les personnes de son entourage, notamment pour son serviteur Urbino. Rappelons aussi la pure et noble affection qui a rendu inséparables les noms de Michel-Ange et de Vittoria Colonna.

Les dernières années de Michel-Ange ne furent qu'une longue suite de triomphes. Aux honneurs, aux largesses, dont l'accablaient les Papes, les empereurs, les rois de France, bref tout ce que l'Europe comptait de potentats amis des arts, se joignait la respectueuse vénération des amis et des disciples. Sa fortune, dont il usait libéralement, lui permit d'assurer l'opulence à ses neveux de Florence.

Malgré sa vigueur, l'âge finit par refroidir l'ardeur de son cœur, par ralentir l'essor de son imagination. Se rendit-il compte de son infériorité? Toujours est-il qu'il affirma une fois, non sans mélancolie, devant Vasari, qu'il en savait plus quand il était jeune que maintenant qu'il était si vieux.

Depuis longtemps le maître déclinait et s'affaiblissait visiblement. Le samedi 12 février 1864 il travailla toute la journée; le lendemain, ne se souvenant pas que ce fût un dimanche, — ce que lui rappela Antonio del Francese, le serviteur qui avait remplacé Urbino, — il voulait aussi se rendre à son atelier. Le lundi il se sentit malade et pris de somnolence invincible, si bien que le i5 « il voulut, pour la vaincre, monter à cheval, selon son habitude de chaque soir, quand le temps était beau ; mais le froid de la saison et la faiblesse de ses jambes et de sa tête l'en empêchèrent. Il s'en retourna alors s'asseoir auprès du feu sur un siège, où il reste beaucoup plus volontiers que dans le lit1 ». Malgré les soins de ses médecins et amis, et après être resté seulement trois jours au lit, il rendit sa grande âme le vendredi 18 février. Il avait exactement quatre-vingt-huit ans et quinze jours.

Jamais funérailles d'artiste ne furent célébrées avec une pompe pareille.

Aujourd'hui, dans l'église Santa Croce, un superbe mausolée, exécuté, d'après les plans de Vasari, par Giovanni dell'Opera, Cioli et Lorenzi, perpétue

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