CHAPITRE III
LES DERNIERS SCULPTEURS DE LA RENAISSANCE. — RUSTICI ET JAC. SANSOVINO. — CELLINI. — LEONE LEONI. — JEAN BOLOGNE. — LES SCULPTEURS DE NAPLES, DE LA SICILE ET DE VENISE.
a critique n'a pas précisément réservé sa tendresse pour les derniers représentants de la sculpture italienne, pour les contemporains de Michel-Ange. Et cependant que de talent encore chez ces épigones ! quelle variété dans leurs aspirations !
A Florence, tout un groupe poursuit sa voie à part, s'inspirant à l'occasion des modèles créés par Michel- Ange, mais sans entendre abdiquer devant lui. Tel est en premier lieu Giovanni Francesco Rustiei (1474-1 55q). Représentant d'une famille florentine fort aisée et qui comptait plusieurs artistes (son grand-père l'orfèvre Marc, puis son cousin, le peintre Gabriel), Rustiei se lia intimement avec Léonard de Vinci, dont il admirait le génie et dont il partageait les goûts : comme lui, il aimait passionnément les animaux (il entretenait dans sa maison une véritable ménagerie); comme lui, il fonda une sorte
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d'académie, mais où l'on s'occupait de fêtes et de bonne chère plus que d'esthétique ou de science.
En i5o6, la corporation des marchands lui commanda trois statues en bronze qui devaient prendre place au-dessus d'une des portes de Ghiberti : Saint Jean- Baptiste prêchant entre un Lévite et un Pharisien. Léonard de Vinci, à ce qu'affirme Vasari, aurait aidé Rustici à confectionner les formes et les armatures de fer destinées à protéger les bronzes, et lui aurait donné les meilleurs conseils pour la fonte. Quelques-uns même croient, ajoute Vasari (qui ne se prononce pas sur ce point), que Léonard travailla de sa main aux modèles. Ailleurs, Vasari déclare que les trois statues furent « ordinate col consiglio di
Leonardo »; il ajoute que, comme dessin et comme perfection, c'est la plus belle fonte qui se soit vue dans les temps modernes.
Au récit de Vasari M. Milanesi a fait une objection, à savoir qu'en i5o6 Léonard se trouvait à Milan, non à Florence, et que, par conséquent, il ne pouvait seconder Rustici. Mais nous savons d'autre part que les trois statues ne furent mises en place que le 24 juin 1 5 1 11, : or dans cet intervalle Léonard séjourna plus d'une fois à Florence, par exemple le 18 septembre i5o7". Maintenons donc, jusqu'à preuve du contraire, l'exactitude de l'assertion de Vasari.
Dans les statues du Baptistère, l'influence de Donatello lutte avec celle de Michel-Ange. Le personnage chauve, debout à droite, rappelle d'une manière saisissante le Zuccone, placé à quelques pas de là, dans une des niches du Campanile; de même les paquets de draperies — qu'on me passe cette expression, j'entends par là des draperies qui ne sont pas analysées, pas développées, pas rythmées — sont tout à fait dans la manière de Donatello, suivi en cela par Michel -Ange, notamment dans la Pietà et dans le Moïse. Par contre, la forte musculature des bras du personnage debout à gauche proclame, à n'en pas douter, l'influence de Michel-Ange; j'en dirai autant des types. Que reste-t-il dès lors pour la prétendue intervention de Léonard? M. Courajod, le savant conservateur de la sculpture au Musée du Louvre, déclare qu'après avoir longtemps étudié les statues du Baptistère, il n'y a pas senti autre chose qu'une influence très prononcée du style de Michel-Ange. La seule trace de goût milanais se trouve, selon lui, dans le dessin tout léonardesque de la bordure des vêtements des compagnons de saint Jean. Dans un ouvrage postérieur, M. Cou-
1. Landucci, Diario, p. 3oq. — Les trois statues furent payées environ 1200 florins (Milanesi, Sulla Sloria deïl' Arte toscana, p. 248-260, 255-26 1).
2. Richter, thé literary Works of Leonardo da Vinci, t. I, p, 402-403.
Portrait de Rustici.
(D'après la gravure publiée