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LEONE LEONI

d'artiste, il attaqua son propre hôte, le fils du Titien, et le frappa de plusieurs coups de poignard. La dernière partie de son existence se passa à Milan, où il s'était fait construire un élégant palais (gravé p. 3 11), et d'où il entreprit de nombreuses excursions, soit dans d'autres capitales italiennes, soit en France, dans les Pays-Bas et l'Allemagne. Nommé sculpteur de Charles-Quint, il exerça au loin une influence qui ne fut rien moins que bienfaisante.

Les productions de Leone Leoni et de son fils Pompeo (mort vers 1610) sont trop nombreuses pour être énumérées ici : mausolées et statues monumentales, bustes et médailles, il n'est guère de branche de la sculpture qu'ils n'aient abordée avec succès (voy. la gravure de la page 20). Nous y reviendrons d'ailleurs dans les volumes suivants. Leone mêlait à un tempérament véritable, à une grande liberté dans l'agencement des figures ou des lignes, cette espèce d'agitation dont bien peu, parmi les successeurs de Michel-Ange, ont su se défendre et que l'emploi du bronze ne faisait que développer. Dans ses portraits, à peine de loin en loin quelque trace de fraîcheur et de recueillement (buste de l'impératrice Isabelle, au Musée de Madrid).

D'innombrables autres sculpteurs toscans se sont fait un nom à cette époque : mais combien Médaille de Leone Leoni

en est-il qui méritent de fixer l'attention de la Pa1' lm-même-

postérité !

Silvio Cosini, né vers 1496 à Pise (et non à Fiesole comme on l'a cru longtemps), était élève d'Andréa Ferrucci , mais s'inspira également de Michel- Ange. Artiste aussi habile que fantasque, il travailla entre autres au tombeau d'Antonio Stro^j, dans l'église Santa Maria Novella de Florence, et y exécuta la statue de la Madone. Dans la chapelle des Médicis, il sculpta, sous la direction de Michel -Ange, quelques chapiteaux et quelques mascarons qui témoignent d'une extrême habileté. Pise lui doit deux Anges destinés à la cathédrale, Volterra le tombeau de Raphaël Maffei. Fixé dans la suite à Gênes (i532), il travailla surtout à la décoration du palais Doria : il l'enrichit de l'écusson qui surmonte la porte, d'une infinité d'ornements en stuc, d'après les esquisses de Perino del Vaga, et d'un portrait en marbre de Charles-Onint. De Gènes, Cosini se rendit à Milan, où il exécuta différents ouvrages pour le dôme. Il mourut dans cette ville à l'âge de quarante-cinq ans. Vasari, qui a donné place à la biographie de Cosini dans son recueil, vante la variété des connaissances de son héros : non seulement il comptait parmi les plus habiles sculpteurs du temps, il brilla également comme poète et comme virtuose.

Le dernier grand sculpteur de l'École florentine, Jean Bologne, est originaire,

non de Bologne, comme on l'a longtemps cru, mais de la France flamande'. Il naquit en 1524 à Douai, où son père, à ce que l'on affirme, exerçait la profession d' « entailleur », c'est-à-dire de sculpteur. Vers 1640, ainsi à l'âge de seize ans, il se rendit à Anvers, et y entra dans l'atelier d'un sculpteur et architecte réputé, Jacques Dubroucq, qui, familiarisé avec les chefs-d'œuvre d'Italie, fit naître chez son élève le désir de compléter à son tour ses études dans la patrie

de la Renaissance. Sur la date du voyage du jeune artiste, les auteurs ne sont pas d'accord ; on sait seulement qu'il partit (probablement vers i55i) en compagnie de deux peintres, les frères Franz et Camille Fions, et qu'il passa deux années entières à Rome, où il reçut probablement les conseils de Michel -Ange.

Ses ressources étant épuisées, il se préparait à retourner dans sa patrie, lorsque, à son passage par Florence, il eut la bonne fortune de fixer l'attention d'un riche amateur de cette ville, Bernardo Vecchietti. Celui-ci l'accueillit dans son palais et lui fournit les moyens d'attendre les commandes.

Au début, il lui fallut accep- « pietra serena » et enca-

Buste de Jean Bologne. (Musée du Louvre.)

ter des travaux purement décoratifs : autels de drements des fenêtres de Ja confrérie « del Ceppo », balustres de la terrasse du palais Griffbni, etc. Le premier ouvrage qui le mit en vue fut une Vénus en marbre (i558).

Présenté par Vecchietti au jeune François de Médicis, le fils aîné de Cosme, Jean Bologne sut bientôt conquérir la faveur de ce prince. Ce fut grâce à sa pro-

1 . Bibl. : Le Cabinet de l'Amateur, t. IV, p. 52 1 . — Del Badia, délia Statua équestre di Cosimo I de' Medici, modcllata da Giovanni Bologna e fusa da Giovanni Alierghetto. Florence, 1868. Cf. Semper, dans les Jahrbïtcher de Zahn (1869, p. 85). — Catalogue Titubai, 1882, p. 5. — Courajod, Quelques Sculptures de la collection du cardinal de Richelieu, p. 5 et suiv. (extr. de la Galette des Beaux-Arts de 1882). — Abel Desjardins et Foucques de Vagnonville, la Vie et l'Œuvre de Jean Bologne. Paris, i883. — Annuaire des Musées de Vienne (t. IV, rp. 38. Relations de Jean Bologne avec la cour impériale).

JEAN BOLOGNE

tection qu'il fut admis à prendre part, en i55g, au fameux concours pour l'exécution de l'a fontaine de la place du Palais- Vieux. Les juges compétents lui accordèrent la palme, mais Cosme se prononça en faveur d'Ammanati. Les compensations heureusement ne lui manquèrent pas : en i55g le prince François lui demanda, pour son Casino, la fontaine de Samson et le Philistin, dont le grand-duc Ferdinand Ier fit plus tard cadeau au duc de Lerme; en i56i, il l'attacha à son service avec un traitement mensuel de iS écus (de 700 à 800 francs).

La réputation du sculpteur étranger avait assez grandi pour qu'en 1 563 la ville de Bologne lui commandât une composition monumentale, une de celles qui contribuent le plus à l'embellissement de la cité et la plus brillante à coup sûr parmi les œuvres du maître : la fontaine de la place San Petronio ou lontaine de Neptune. Cette grande page, où l'architecture et la sculpture se complètent si heureusement, fut terminée en 1 56/ ; elle coûta 70 000 écus d'or (voy. la gravure de la page 25g). Jean Bologne avait une vue beaucoup plus nette que Michel-Ange des exigences de la décoration : il se plaisait à marier ses figures à de riches ornements, à les encadrer ou à les relever par les combinaisons architecturales les plus variées; à cet égard la fontaine de Neptune est un modèle.

Désormais sa fortune était fiiitc; Florence, Lucques, Gênes, Pise, les princes et les municipalités de l'Italie, non moins que les souverains étrangers, se disputèrent les productions du vaillant statuaire douaisien. En 1567, Catherine de Médicis supplia son cousin François

de permettre à Jean Bologne de se rendre à Rome pour exécuter la statue d'Henri II, mais le prince toscan fit la sourde oreille.

En 1572, l'artiste fit un séjour prolongé à Rome, où il s'occupa, semble-t-il, d'acquérir des antiques pour le compte de François de Médicis. En i5~q et en 1584, nouveaux voyages dans la Ville éternelle.

En i575, un patricien génois, Lucas Grimaldi, lui commanda pour l'église San Francesco di Castelletto les statues de six Vertus et des bas-reliefs de la Passion (palais de l'Université à Gênes).

Les années i582 et 1 583 sont marquées par l'exécution de Y Enlèvement des

E. Miinlz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 54

L'Enlèvement des Sabines.

Par Jean Bologne. (Loge des « Lanzi ».)

Sabims, qui mit le comble à la gloire du sculpteur douaisien. Dans ce groupe, si exubérant et cependant si pondéré, les formes sont pleines et robustes; elles ont autant de mouvement, mais moins de passion, que chez Michel-Ange; comparées à celles de ce dernier, la matière l'y emporte sur l'âme.

Je passerai rapidement en revue ici quelques-uns des autres ouvrages exécutés par Jean Bologne pour sa patrie adoptive. La Fioren^a ou la Vertu enchaînant le Vice (Musée national de Florence) prit naissance vers 1670; un peu plus tard, avant 1074, le maître modela la plus populaire de ses statues, le Mercure de bronze (même collection), primitivement destiné au jardin des Acciajuoli, puis exposé à Rome dans la villa Médicis, et ramené à Florence au siècle dernier; en 1 585, il livra la statue en pied de Cosme Ier, installée audessus de l'arcade qui relie les deux ailes du palais des Offices; en i5o4, la statue équestre du même prince qui s'élève sur la place de la Seigneurie. Cette dernière ne compte pas précisément parmi les titres de gloire de Jean Bologne. Hâtons-nous d'ajouter qu'il avait plus de soixante-dix ans lorsqu'il y mit la dernière main; les bas-reliefs du socle ne furent même incrustés que quelque quatre ou cinq ans après. Ceux-ci ne sont pas des reliefs arrondis, mais des reliefs aplatis, d'un effet déplorable; certaines figures y mesurent en outre jusqu'à dix têtes de long. Le groupe d'Hercule terrassant le Centaure (1594-1699), installé en 1841 sous la Loge des Lanzi, révèle également de la lassitude : il manque de liberté dans l'agencement des lignes.

Au jardin Boboli, Jean Bologne a créé la fontaine de Y Océan (entre l57l environ et 1676), la fontaine de la Baigneuse et plusieurs morceaux d'importance moindre. Quant à Y Abondance, exposée dans le même jardin, c'est une statue excessivement étudiée et fort bien rythmée, mais que j'ai quelque peine à attribuer au maître, sous le nom duquel elle figure (Phot. Brogi, n° 8933).

Les villas de Castello et de la Petraja, situées à une portée de fusil l'une de l'autre, ont été enrichies par le sculpteur flamand de la délicieuse Baigneuse, en bronze, qui, en tordant ses cheveux, donne naissance à un filet d'eau, ainsi que d'une série d'oiseaux, également en bronze, destinés à la décoration d'une grotte. La villa de Pratolino, de son côté, lui doit la statue colossale de Y Apennin ou Jupiter pluvieux, qui ne mesure pas moins de 25 mètres de haut (gravé p. 100) '.

1. Quelques extraits des Archives de la Maison du roi de Florence nous initient à la variété des tâches qui incombaient au grand Douaisien. En 1676, Jean de Bologne reçoit de la garderobe ducale une certaine quantité d'argent pour fondre un Hercule terrassant le Centaure. En 1.577, nouvelle livraison d'argent pour fondre deux figurines, représentant, la première une Femme nue tenant un bâton, l'autre une Femme vêtue.

En i587, un inventaire de la villa la Magia mentionne une Florence en cire, un Taureau en bronze, un Lionceau, six figures couchées, un Cheval, un Lion, tous en bronze. En i5q5, le maître restaure un buste antique en marbre, trouvé à Rome et représentant Alexandre le Grand mourant. En 1 5q8, parmi les ouvrages envoyés à la cour de France, on relève deux statues en bronze modelées par lui, un Triton avec des daubhins et un Mercure.

Dans l'état des ouvrages envoyés en 1611 par le grand -duc Cosme II au roi Jacques F1

JEAN BOLOGNE

En 1 593, on trouve Jean Bologne dans la Haute -Italie, voyageant dans une litière que le grand-duc avait Élit mettre à sa disposition. A Venise, le dernier grand sculpteur de la Renaissance reçut un accueil particulièrement flatteur, entre autres du Tintoret, le dernier grand peintre.

Jean Bologne comptait soixante douze ans lorsque l'œuvre de la cathédrale de Pise lui demanda, en i5ç6, de refaire les portes de bronze de la façade, détruites par un incendie. Ce travail colossal (la porte centrale ne mesure pas moins de 6m, 80 de haut sur 3m,44 de large) fut mené à bonne fin en peu d'années, grâce au concours de nombreux collaborateurs, parmi lesquels il faut citer : Pierre Francheville, Pietro Tacca et Antonio Susini, trois des élèves favoris de Jean Bologne ; Fra Domenico Portigiani, l'habile fondeur, qui avait travaillé à différentes reprises déjà sous les ordres du maître ; puis Angelo Serrano et son neveu Zanobi, Orazio Mocchi, Giovanni Bandini da Castello, surnommé « dell' Opéra » (voy. p. 416), Gregorio Pagani. Il coûta 8601 « scudi », c'està-dire au moins un demi-million de francs. Telle fut l'ardeur, la « furia », déployée par le vieux maître français, que dès i6o3 les trois portes purent être mises en place. C'était aller vite en besogne. Les portes de Ghiberti avaient exigé huit ou dix fois plus de temps; aussi la différence d'exécution n'est-elle que trop sensible.

Mercure volant, par Jean Bologne.

(Musée national de Florence.)

d'Angleterre figurent, comme étant de la main

de Jean de Bologne, les bronzes suivants, d'une

hauteur variant d'une demi-brasse à deux tiers

de brasse : deux Femmes qui s'essuient, une Pallas, une Fortune, Nessus enlevant Dèjanire, Hercule

tuant le Centaure, Hercule la massue à la main, un Paysan allant à la chasse avec une lanterne, un

Taureau, un Cheval. Enfin, dans la succession de don Antonio de Médicis (1621) se trouvent :

un Taureau, six Femmes de bronze, un Cheval et un Lionceau de bronze et un Cupiàou de marbre.

La vie de la Vierge et la vie du Christ, tels sont les sujets représentés sur les vingt compartiments des trois portes. Le modèle pris ou imposé pour la disposition générale n'est pas difficile à découvrir : ce sont ces mêmes portes du baptistère de Florence auxquelles nous venons de faire allusion. Mais que la décadence a marché vite. depuis le xv1' siècle! Jean Bologne a été bien imprudent d'évoquer par l'ordonnance, comme par les détails, le souvenir du chefd'œuvre de Ghiberti '.

Considérons par exemple les bordures : l'imitation est flagrante; on y découvre des feuilles d'olivier et de chêne, des grappes de raisins, des haricots, des roses , des tomates , des colimaçons, un hibou, un écureuil , des crapauds , deux lézards, dont l'un mord son compagnon , deux dogues aboyant l'un contre l'autre, et, dans le bas, des vases donnant naissance à des roses, absolument comme si le siècle de Jean Bologne avait encore pour la nature l'amour fervent et respectueux des quattrocentistes. Mais ces fleurs, ces fruits, ces animaux, sont faits de chic, au lieu d'être étudiés avec une pieuse sincérité ; ils sont assemblés au hasard, sans souci des lois du rythme, sans goût, même sans netteté ; on constate a facilité de l'artiste, et je ne sais quel brio, puis on passe : la pensée du spectateur s'arrête sur ces improvisations aussi peu que s'y était arrêtée la pensée même de l'auteur.

Si nous regardons les scènes elles-mêmes, toutes les lacunes de l'éducation

L'Océan, par Jean Bologne. (Jardin Boboli à Florence.;

i . Le xvii" et le xviii0 siècle ne pouvaient manquer de donner la préférence à l'œuvre de Jean Bologne sur celle de Ghiberti. En 1739-1740, le président de Brosses déclara formellement les portes de Pise « beaucoup meilleures que celles qu'on prise tant au Baptistère de Florence». Ce sera l'honneur de l'abbé Richard, ce juge si indépendant, d'avoir reconnu dès 1766 que les portes de la cathédrale de Pise étaient au contraire « fort au-dessous du Baptistère florentin ».

JEAN BOLOGNE

de Jean Bologne éclatent au grand jour. Le puissant artiste ne se trouve à son aise que dans la grande statuaire, dans la ronde-bosse proprement dite; vis-à-vis du bas-relief il manque essentiellement du calme, de la sobriété, de la pondération indispensables à un genre de travail qui est toujours destiné à prendre place dans un ensemble archi tectonique. Chez lui, nulle trace de cette alternance harmonieuse des reliefs et des creux qui a été la loi des sculpteurs de l'antiquité et de la Première Renaissance; tantôt ses figures plaquent contre le fond, comme si l'on y avait collé des morceaux de carton découpés à l'emporte-

L'Annonciation, par Jean Bologne. (Portes de la cathédrale de Pise.)

pièce; tantôt, rattachées au tond par un simple tenon de bronze, elles se détachent avec tout le relief de la ronde-bosse.

Il y a d'ailleurs de l'habileté, de la verve, de la chaleur dans les compositions de la porte centrale, la seule qui soit véritablement digne de Jean Bologne (les autres, vides et boursouflées, ne révèlent que trop la main des élèves). L'Annonciation, par exemple, est un joli tableau, bien encadré, vif et spirituel. Dans la Présentation de la Vierge au Temple, l'homme vu de dos nous offre un élégant motif de draperie. D'autres scènes nous font admirer la hardiesse de l'invention, la science consommée du dessin et la puissance dramatique. Certains petits génies (des « Puttini ») sont aussi fort agréablement tournés. Avec un maître de cette valeur, alors même qu'il se trompe, on trouve toujours d'amples dédommagements.

La cathédrale de Pise doit en outre au maître douaisien les statuettes du

43o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

Christ et de saint Jean-Baptiste (1602), un Crucifix (i6o3) et deux Anges portant des candélabres, le tout également en bronze. Quant aux statues en marbre de Cosme Ier et de Ferdinand Ier (iSqS-iSçô), installées à Pise (voy. la gravure de la page 27), elles ont été seulement esquissées par Jean Bologne : l'exécution en est due à son élève Francheville.

A Lucques, le maître est représenté par l'autel de la cathédrale, avec les statues du Christ libérateur, de Saint Pierre et de Saint Paulin (1 577- i57ç); à Arezzo, par une statue de Ferdinand P1', exécutée sur ses dessins par Francheville (place de la Cathédrale); à Orvieto, par la statue en marbre de Saint Mathieu. (1 595- 1600), exposée à la cathédrale.

Les dernières années de cette verte vieillesse (même dans le Saint Luc d'Or San Michèle, qui date de 1602, il y a encore de la grandeur et du mouvement) furent consacrées à des œuvres monumentales, que ses élèves Pierre de Francheville et Tacca menèrent à fin, la statue équestre d'Henri IV de France, sur le Pont-Neuf de Paris (commencée en 1604), la statue équestre de Philippe III d'Espagne (commencée en 1607).

Après avoir peuplé de statues et de groupes la Toscane entière, le dernier grand sculpteur de la Renaissance mourut à Florence en 1 608, âgé de quatrevingt-quatre ans. Ses hôtes florentins l'ensevelirent avec de grands honneurs, à 1' « Annunziata », dans la chapelle de la « Madonna del Soccorso », qu'il avait fait reconstruire et décorer à ses frais et qu'il avait ornée d'un admirable Crucifix sculpté de sa main.

Notre pays a longtemps ignoré ou négligé un de ses fils les plus illustres. De nos jours enfin, MM. Foucques de Vagnonville et Abel Desjardins lui ont élevé un monument dans une monographie richement illustrée : la Vie et l'Œuvre de Jean Bologne, publiée en 1888, à la librairie Quantin1.

De Pierre de Francheville (7 161 5), l'élève favori et le collaborateur assidu de Jean Bologne, nous ne nous occuperons pas ici ; cet artiste si maniéré n'appartient en effet plus h. la Renaissance.

Si les leçons de Michel-Ange ont subjugué l'Europe entière, un petit nombre d'artistes seulement a été admis à bénéficier directement de l'enseignement d'un tel maître. Les deux plus marquants parmi eux sont Raffaele da Montelupo et Fra Giovanni da Montorsoli.

Raffaele da Montelupo (i5o5-i557; voy. p. 69), le fils de Baccio, praticien habile et grand improvisateur, s'est trouvé mêlé à toutes sortes d'entreprises

1. Dans le buste exécuté en 1608 par Pietro Tacca sous la direction du maître (Musée du Louvre ; la tête en bronze, le cou et les épaules en marbre), Jean Bologne se montre, le front complètement dénudé, le nez très fort, la moustache tombante, la barbe longue et inculte, l'expression quelque peu hébétée. Un aulre portrait, une peinture de Bassan, également conservé au Louvre (n° 1429), me semble manquer d'authenticité.

MONTELUPO ET MONTORSOLI.

célèbres : la décoration de la « Casa santa » de Lorette, celle de la chapelle des Médicis, où il sculpta, sous la direction de Michel -Ange, la statue de Saint Damien, celle du mausolée de Jules II, où il sculpta, également sous la direction du Buonarroti, une statue de Prophète et une statue de Sibylle.

Prenons ses bas-reliefs de Lorette : l'Adoration des Mages détonne par les proportions trop trapues

des personnages , des extrémités trop lourdes et je ne sais quel accent d'archaïsme . Le singe accroupi devant un tambourin est, lui aussi, un motif plus digne des Primitifs que d'un élève de Michel- Ange. La Naissance de la Vierge, exécutée, affirme-t-on, par Montelupo en collaboration avec Bandinelli, a infiniment plus de saveur (gravée p. 409); le groupement en est pittoresque et quelques figures, entre autres la femme agenouillée à gauche, devant le bassin, ont véritablement de l'allure.

Les productions personnelles de Montelupo offrent moins d'intérêt, est-il nécessaire de l'ajouter? Les

principales d'entre elles sont : le mausolée de Léon X, à l'église de la Minerve, et celui de Bald. Turini, à la cathédrale de Pescia.

Raffaele termina ses jours à Orvieto, où il sculpta, entre autres, pour la cathédrale, en collaboration avec les Mosca , le bas -relief de Y Adoration des Mages, d'une grâce et d'une fraîcheur qui rappellent les meilleures pages du xve siècle.

Saint Luc, par Jean Bologne. (Or San Michèle.)

Pendant une carrière relativement courte (1 507-1 563) Fra Giovanni Angiolo

Portrait de G.-A. da Montorsoli.

(D'après la gravure publiée

par Vasari.)

da Montorsoli à peuplé de sculptures les centres les plus divers : Florence, Arezzo, Volterra, Pérouse, Rome, Naples, Messine, Bologne, Gênes, etc. Peu d'artistes ont reçu autant de commandes et de si flatteuses; peu ont réussi à marquer leur trace en des œuvres aussi monumentales. Le tempérament, par

malheur, ne répondait pas chez le Frate à la facilité et à l'ardeur. La plupart de ses ouvrages sont agités, déclamatoires, sans originalité.

Élève d'Andréa Ferrucci, puis de Michel-Ange, Montorsoli entra jeune encore dans les ordres (il se fit recevoir membre de la congrégation des Servites) : ses convictions religieuses ne l'empêchèrent toutefois pas de sculpter, soit des statues de divinités païennes, tel Y Hercule de la fontaine de Castello, soit les bustes ou les statues de ses contemporains (le pape Clément VII, Andréa Doria, etc.).

Les principales étapes de son existence sont : la décoration de la chapelle des Médicis, où il sculpta, d'après la maquette de Michel-Ange, la statue de Saint Cosme, l'exécution du tombeau de Sannazar, dans l'église de la « Madonna del Parto », à Naples (en collaboration avec Santa Croce), la construction et la décoration du palais Doria et de l'église San Matteo à Gênes (voy. p. 291), l'exécution de la fontaine de la place de la Cathédrale a Messine ( 1 647-1 55 t),

avec son armée de Nymphes et de Divinités marines, et de la fontaine du Port, dans la même ville (i557), couronnée par les statues colossales de Neptune, de Charybàe et de Scylla; enfin la décoration de l'autel des « Servi », à Bologne (achevée en i56i). Dans ce dernier ouvrage, Montorsoli a violé une des lois les plus élémentaires de toute sculpture décorative : il n'a même pas ramené les figures à une échelle uniforme; au-dessus d'une statue émerge un buste deux fois plus grand. Mais à cette époque les sculpteurs italiens n'y regardaient plus de si près.

Portrait de Tribolo.

(D'après la gravure publiée

par vasari.) Je groupe ici des notices sur un certain nombre

de sculpteurs florentins, qui, tout en s'inspirant de Michel-Ange, peuvent passer pour des éclectiques.

Niccolô Braccini ou dei Pericoli, surnommé Tribolo (i485-i55o), fit ses premières armes dans l'atelier de Jac. Sansovino. De même que son maître et un certain nombre de ses compatriotes, il obtint de sculpter une des statues à' Apôtres destinées à la cathédrale, celles-là mêmes que Michel-Ange avait renoncé à exécuter. Fixé pour un temps à Bologne, il fut chargé de décorer de

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