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LES ORNEMANISTES FLORENTINS

coup d'autres mettent au jour de longues séries de bas-reliefs du style le plus souple et le plus suave (voy. les gravures des pages 81, 228, 296). Le modelé y est plus accusé, plus ressenti, que chez les Primitifs, sans perdre toutefois sa fraîcheur et son harmonie.

Simone Mosca (i5o2-i553) était avant tout un ornemaniste, mais il poussait jusqu'au grand style les ouvrages, parfois de l'ordre le plus humble, qu'il sculptait.

En examinant l'encadrement des niches de la seconde chapelle de Santa Maria délia Pace à Rome, on se convainc aisément que les éloges prodigués à ce maître par Vasari n'ont rien d'excessif. La composition des ornements — vases, candélabres, mascarons, festons, grotesques, etc., — est d'une richesse et d'une saveur toutes particulières; quant à l'exécution, elle est aussi fouillée que souple et vivante1.

Dans l'autel des Rois Mages de la cathédrale d'Orvieto, auquel San Micheli, Simone Mosca, Francesco Mosca et Montelupo ont mis la main, l'esprit de la Première Renaissance, cet esprit fait de sincérité, de fraîcheur et d'harmonie, célèbre ses derniers triomphes. Les arabesques y sont développées avec un goût exquis.

Portrait de Ben. da Rovezzano.

(D'après la sjravure publiée

Benedetto da Rovezzano (né en 1478, mort après par Vasari.)

i556)2 est lui aussi, avant tout, un ornemaniste;

mais, même dans ce domaine restreint, il ne se distingue ni par l'élégance, ni par la pureté des lignes. Son faire a d'ordinaire quelque chose de petit et de saccadé; les motits qu'il prodigue sur ses pilastres, ses autels, ses cheminées (arabesques, grotesques, trophées, etc.), sont juxtaposés plutôt que reliés par une pensée maîtresse. Il a d'ailleurs à peine abordé la statuaire proprement dite (statue de VEvangcliste saint Jean, à la cathédrale de Florence). Par contre, on trouve en Toscane de nombreux bas-reliefs, plus ou moins décoratifs, de cet artiste, qui a également laissé quelques productions en Angleterre, où il travailla au service du roi Henri VIII. A côté du tombeau de P. Soderini, dans l'église del Carminé (un fragment gravé t. II, p. 2o5) et de l'autel de l'église de Santa Trinità (un fragment gravé ci-dessus, p. 007), les compositions les plus connues de Benedetto sont l'autel de Saint-Jean Gualbert et la cheminée du palais Rosselli del Turco, au Musée national de Florence.

1. Une Vénus marine en bronze, attribuée à Simone Mosca, se trouve à Paris, dans la collection Gavet (Galette des Beaux-Arts, 1878, t. II, p. 824). — Courajod, limitation et la Contrefaçon des objets antiques, p. 98-99.

2. Bibl. : Semper, Hervorragende Bildhauer-Architekten der Renaissance. Dresde, il

De Florence transportons-nous à Rome : nous y rencontrons une nuée de sculpteurs habiles, voire éminents, accourus de tous les coins de l'Italie, principalement de la Toscane, et tous plus ou moins inféodés aux principes de Michel-Ange; mais, pas plus en sculpture qu'en architecture (voy. p. 327), la Ville éternelle n'a réussi à créer une École véritablement homogène et autonome. Nous retrouverons, dans un instant, en abordant l'étude de l'École lombarde, le plus marquant des maîtres employés par les Papes, Guglielmo délia Porta. Rappelons également ici les sculptures exécutées à Rome par Daniel de Volterra, avec qui nous ferons plus ample connaissance dans le livre consacré à la Peinture. Le Romain Pietro Paolo Olivieri (iSSi-iSço/) cultiva l'architecture en même temps que la sculpture : il construisit l'église Sant' Andréa délia Valle et sculpta la statue gigantesque de Grégoire XIII, au Capitole, le tombeau de Grégoire VI, à Santa Maria Nuova et le ciborium du Latran. Sa statue de Y Amitié, au Musée du Louvre — une figure nue debout — a pour trait distinctif sa tête trop forte.

L'École de sculpture napolitaine du xvi° siècle attend encore son historien. Souhaitons qu'elle en rencontre bientôt un, qui sache rendre justice à tant d'efforts intéressants. Rocailleux parfois, comme les maîtres de la primitive École milanaise, dont ils s'écartent à d'autres égards, les sculpteurs du Royaume nous offrent tour à tour des portraits excellents, « un peuple en marbre de guerriers et d'hommes d'État, tels que seule peut-être Venise peut en montrer un (Burckhardt) », et de pittoresques combinaisons ornementales'.

Cette floraison s'incarne dans deux noms : Giovanni Merliano da Nola(i488i558) et Girolamo da Santa Croce (i5o2-i537).

Le style de Jean de Noie forme un singulier amalgame de réminiscences du xv° siècle et d'emprunts faits à Michel-Ange. L'influence de celui-ci ne se trahit — d'après la définition de Perkins — ni par un développement exagéré des muscles ou des poses, ni par une recherche approfondie de l'anatomie ou du modelé, mais plutôt dans les détails, tels que les mains, les ornements d'architecture. Quant aux bas-reliels du sculpteur napolitain, ils sont traités dans le sentiment de la peinture plutôt que dans celui de la sculpture.

Dans les églises de Naples, toutes les sculptures du xvie siècle, ou peu s'en faut, sont mises au compte de ce maître. Le départ entre ses productions et celles de ses élèves est loin d'être fut. Signalons, parmi celles qui peuvent lui être attribuées avec le plus de vraisemblance : à San Severino, les tombeaux du jeune Cicara et des trois jeunes San Severino, victimes tous trois d'un odieux attentat (les frères sont représentés revêtus de leur armure et assis sur le sarcophage, la tête penchée en arrière, comme' s'ils dormaient). A Santa Maria délie Grazie, on admire un bas-relief avec le Christ mort entre la Madone et

I. Bibl. : Palustre, De Paris à Sybaris, p. 421 et suiv. — Frizzoni, Ai te italiaua del Riuascimento, p. 83-88. Milan, 1891.

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