LES SCULPTEURS DE L'EMILIE
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masses, avec un sentiment véritable de la vie et du mouvement. L'Histoire de Joseph et de la Femme de Putiphar pourrait être signée par le glorieux sculpteur siennois du xvc siècle. Par contre, de grâce ou de fraîcheur, il n'en est plus question dans ces compositions qui sentent déjà trop la pratique.
Prospero Clementi ou Spani (7 i58q)', le chei de la petite École de Reggio, sacrifie moins au réalisme que Begarelli et moins à l'esprit que Cittadella. Ses
sculptures sont élégantes, ,00^
partois suaves, mais sou- %j§ |g^ /* ^•53??
vent aussi déclamatoires.
Le tombeau de Bart. Prato, dont il dota en 1542 la cathédrale de Parme, est accosté de figures allégoriques assises, éplorées, presque touchantes , quoique déjà d'une facture trop facile : de même que chez Michel- Ange, elles expriment leur douleur par leur attitude, par leurs gestes.
Le mausolée de l'évêque Andreasi, dans l'église Sant' Andréa de Mantoue (i55i), comprend également deux femmes assises aux côtés d'un sarcophage que surmontent le buste du défunt et un vase : ici encore les ligures ont de la tenue. On vante surtout le mausolée de l'évêque Ugo Rangoni, à la cathédrale de Rea;aio :
Le tombeau de P. Strozzi.
(Eglise Saint- André à Mantoue.)
malgré l'influence de Michel-Ange et de Délia Porta, il y est resté, déclare le Cicérone, un fonds de sincérité, exempt de maniérisme et de pathos.
Peut-être est-ce également à ce maître qu'il faut rattacher le mausolée de P. Strozzi (7 1629), dans l'église Sant' Andréa de Mantoue (voy. p. 3io).
L'esprit vénitien n'était pas tourné à la sculpture. Cet art exigeait d'une part une trop grande puissance d'abstraction, de l'autre une étude trop approfondie
I. Bibl. : Fontanesi, di Prosùero Spani, detto il Clémente, senltore Reggiano del secolo XVI. Reg-
gio, 1826.
de l'antiquité classique, pour fleurir dans une cité surtout accessible aux plaisirs des yeux, aux impressions vives, à la couleur et à l'éclat.
La tâche dévolue aux sculpteurs était néanmoins des plus importantes, des plus enviables : elle comportait, outre l'exécution d'innombrables statues ou basreliefs religieux, celle de non moins nombreux mausolées ou portraits, puis la décoration d'une série d'édifices publics. Les ornements destinés à la bibliothèque de Saint-Marc mirent à eux seuls en mouvement une armée de maîtres habiles, qui y prodiguèrent les motifs d'ordre architectonique, les Victoires, les divinités fluviales et une foule d'autres figures allégoriques.
Les prémisses qui viennent d'être indiquées devaient fatalement aboutir à une prompte décadence. Des essais si naïfs et si attachants de l'ancienne École vénitienne, nous passons sans transition aux œuvres à la fois savantes et faciles du Florentin Sansovino (p. 411), et de celles-ci aux improvisations, non moins brillantes que frivoles, de Vittoria. C'est ce dernier qui est le véritable représentant de la sculpture vénitienne pendant le crépuscule de la Renaissance.
Jacopo Alessandro Vittoria délia Volpe( 1624- 1608), né à Trente1, se signala tout ensemble comme architecte, sculpteur et décorateur. Doué d'une extrême fécondité, il a laissé des statues et des bustes sans nombre, des projets de décoration plus nombreux encore. Sa facture trop courante, son style trop maniéré, annoncent le Bernin. On ne devine pas, en présence de certaines de ses statues (le Saint Jérôme des Frari), ce que le xvie siècle aurait pu envier au xvne ou au xviif pour le mouvement, le brio et aussi parfois la vulgarité. Dans ces figures agitées et vides, rien ne trahit plus l'esprit de la Renaissance, cet esprit posé, réfléchi, terme et harmonieux. Vittoria est en réalité le contemporain de Tiepolo : le ranger parmi les sectateurs de la Renaissance paraît un anachronisme.
Les bustes de Vittoria — terres cuites, bronzes, marbres — ont droit à plus d'estime : il y a mis de l'ampleur, de la vie, de la couleur. Les plus beaux (l'Arétin, Seb. Venier, son propre buste, etc.) ornent le Palais des Doges, le Musée Correr, le Séminaire, l'église San Zaccaria, etc. Le buste du cardinal G. Contarini, à la Madonna dell' Orto, est plus ordinaire.
Cattaneo Danese de Carrare (né vers i5oo,, mort en i5"j^), à la lois célèbre comme sculpteur et comme poète, se fixa tout jeune à Rome, qu'il quitta en 1627 pour suivre à Venise son maître Jac. Sansovino. Il s'essaya simultanément dans la glorification des saints, des dieux ou des héros, dans le portrait, dans la composition décorative. Le palais des Doges, la bibliothèque de Saint-Marc, la loge du Campanile, la Monnaie, l'occupèrent à tour de rôle, de même que les églises de Vérone et de Padôue. Ses ouvrages, parfois ingénieusement composés (voy. p. 124), manquent d'accent, non moins que de sincé-
1. Bibl. : Ceresok : L'Art, i885, 1. 1, p. 9.3 ; t. II, p. 28, ç3, 1 IO, 164. — Yriarte, Venise.