LES SCULPTEURS VÉNITIENS
rite. Les plus connus d'entre eux sont le tombeau du doge Loredan, à San Giovanni et Paolo, exécuté d'après ses plans par son élève Girolamo Campagna, et l'autel Fregoso, dans l'église Sant' Anastasia à Vérone (i565).
Girolamo Campagna, de Vérone, l'élève de Danese, a laissé dans sa ville natale, à Padoue et à Venise, de nombreuses statues de saints ou de héros, en marbre ou en bronze. Au « Santo » de Padoue, il sculpta son chef-d'œuvre, Saint Antoine ressuscitant un mort pour témoigner de l'innocence de son père (i573- 1677), composition que Perkins n'hésite pas à déclarer supérieure à celles de Lombardi et de Sansovino, quoiqu'elle sente trop la convention. On s'accorde à considérer ce maître comme le plus important parmi les continuateurs de Sansovino et un des rares sculpteurs qui aient su garder une certaine grâce et une certaine naïveté.
Étant données les lacunes de leur éducation, non moins que leur goût du pittoresque, les sculpteurs lombards ne pouvaient manquer de préférer le bas-relief à la ronde-bosse : c'est ce qui arriva effectivement. Longtemps leurs statues et statuettes restèrent d'un ordre inférieur.
Guglielmo délia Porta (7 1 577) fut ^e premier qui réagit contre cette tendance : il est vrai qu'il compléta son éducation à Rome, où il passa le reste de sa vie1.
Élève de son oncle Giovanni Giacomo délia Porta, il se rendit avec lui à Gênes pour y travailler à la décoration d'une des chapelles de la cathédrale, celle de Saint-Jean-Baptiste. On constate dans les statues, aussi bien que dans les bas-reliefs de ce sanctuaire, certains accents lombards qui ne manquent pas de saveur.
Fixé à Rome, Délia Porta se plaça sous la discipline de Michel-Ange, qui, après l'avoir protégé pendant quelque temps, se brouilla avec lui. Son chefd'œuvre, le tombeau de Paul III, dans la basilique du Vatican, doit sa célébrité aux figures allégoriques accoudées sur les volutes : on sait que l'une d'elles a passé pour tellement séduisante, que l'on a jugé nécessaire de la recouvrir d'une draperie de zinc, afin de l'empêcher de donner des distractions aux fidèles.
Un autre sculpteur milanais, Marco Ferrari d'Agrate, est l'auteur du iameux Saint Barthélémy écorché (i5Ô2), une des curiosités du Dôme de Milan (gravé p. 14Q; le saint, représenté debout, tient à la main la peau dont on vient de le dépouiller). Cette œuvre, célèbre en raison même de ce qu'elle a de répugnant, était destinée à faire valoir les connaissances anatomiques de Marco.
1 . Bibl. : Varni, dette Opère ai Giau Giacomo e Gugiietmo delta Porta e Niccolo da Corte in Genova (extr. du tome IV des Atti delta Società ligure di Storia patrid). — Bertolotti, Guglielmo delta Porta. Milan, 1875. — Le même, Tommaso delta Porta. Milan, 1876 (extr. de YArchivio storico Lombardo).
Perkins cite avec peu d'estime le bas -relief des Noces de Cana, également à la cathédrale de Milan, pour laquelle Marco travailla de 1641 à 1671, et le tombeau de B. Martini au Dôme de Parme. Cet artiste a en outre travaillé à la Chartreuse de Pavie.
Le lecteur me dispensera de lui présenter dans les règles tant d'autres sculpteurs, célèbres de leur vivant, dédaignés ou oubliés depuis. Ce n'est pas qu'ils aient tous manqué de tempérament ni même de talent : un siècle plus tôt, plus d'un aurait fait figure au même titre que les Mino da Fiesole ou les Benedetto da Majano. Leur malheur est d'être nés trop tard : à une époque telle que le second tiers du xvic siècle, où, les problèmes les plus ardus étant résolus, la tendance à l'imitation devenait irrésistible. Pour s'y soustraire, il ne restait aux plus indépendants d'autre ressource que de s'attaquer à des domaines jusqu'alors inexplorés. Il n'est pas étonnant qu'après le triomphe de la grâce, de la tendresse, de la ferveur, de la fierté, la névrose ou la vulgarité aient à leur tour entendu imposer leur joug. Il n'était au pouvoir ni des artistes ni du public d'éviter cette corruption du goût : la décadence, comme nous l'avons proclamé ailleurs, naît fatalement de la perfection.
Chapiteau du Palais Gondi à Florence.
Par Giuliano da San Gallo.
Enxadrement du xvi° siècle.
L'Amour sacré et l'Amour profane, par le Titien. (Galerie Borghèse à Rome.)