‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 2 sur 304 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est à peine nécessaire de déclarer que les divisions que j'ai adoptées — les Primitifs, l'Age d'Or, la Fin de la Renaissance — répondent, avant tout, aux étapes de l'art,- et qu'il serait difficile d'y faire entrer les évolutions de la littérature italienne, à plus forte raison de les faire coïncider avec les révolutions politiques de la Péninsule.

Fidèle à la définition que j'ai donnée du mot Renaissance au début de ce travail, je veux dire l'alliance de la tradition (en d'autres termes, l'antiquité classique) avec l'initiative ou l'émotion (en d'autres termes, le réalisme), j'ai le droit d'assigner pour

limites extrêmes à la Renaissance le moment où l'accord entre ces deux facteurs est rompu, de même que j'ai pris pour point de départ le moment où cet accord a été conclu.

En effet, le propre de la Renaissance, dans son sens absolu, n'a pas été l'imitation de l'antiquité; sinon, il faudrait y englober les efforts des artistes contemporains de Charlemagne ou des artistes de la période romane, tout comme ceux de Louis David, d'Ingres,

de Canova et de Thorwaldsen. Sa marque distinctive n'a pas non plus été le réalisme : je m'en suis expliqué ailleurs (t. I, p. q3) et ne cesserai de protester contre l'application du terme de Renaissance aux efforts de réalistes tels que les grands artistes flamands de la fin du xive et du commencement du xv1' siècle, les Claux Sluter et les Van Eyek'. Faite de vie et de poésie, de fraîcheur et de distinction, de conciliation et de mesure, la Renaissance proprement dite, en un mot la Renaissance qui s'étend, pour l'Italie, du

La Sainte Famille de Doni.

Par Michel-Ange. (Musée des Offices.)

1892. — Le même : GescMchte der Renaissance in Italien; édit. Holtzinger. Stuttgart, 1891. — Springer, Bilder ans der neueren KunstgescUchte, 2° édit., Bonn, 1886, t. I, p. 827 et suiv. — Ebe, die Spàt-Renaissance. Kuiistgeschicbte der cnropàischen Lânder von der Mitte des 16 lis \um Ende des 18 Jarhunderts. Berlin, 1886. — Gurlitt, Geschichte des Barochtihs in Italien. Stuttgart,

1 . « L'exemple de Rabelais, si puissant et si baroque, nous montre, dit Burckhardt, ce qu'eût été la Renaissance sans la forme et la beauté. »

commencement du xve siècle jusque vers la , fin du xvT, se détache avec une netteté parfaite sur la période antérieure, parfois plus fougueuse, mais aussi plus incorrecte, et sur la période suivante, plus froide et plus artificielle, avec ses productions déparées par la facilité, non moins que par l'agitation.

La Renaissance n'avait pas éclaté partout à la même heure, comme un complot préparé à tête reposée (qu'on se rappelle combien l'Ombrie, Venise,le Piémont furent en retard sur la Toscane!); de même aussi, elle prolongea son existence dans telle partie de l'Italie et même dans telle branche de l'art plus longtemps que dans d'autres. Ne croyons pas toutefois qu'une règle fixe ait présidé à ces écarts de chronologie et que les dernières appelées parmi les Ecoles italiennes aient fatalement survécu à leurs aînées. L'exemple des Écoles ombrienne ou piémontaise, chez qui la Renaissance s'éteignit si rapidement, pareille à un feu de paille, tandis que l'École de peinture vénitienne prolongea sa glorieuse carrière pendant plus de cent ans, prouve que le temps ne compta pour rien, et que les conditions spéciales firent tout. Plus encore qu'une question de chronologie, la fixation de la Renaissance est donc une question de style et de mérite. Nous excluons sans hésiter tous les artistes qui, cessant d'avoir de l'originalité, ou tout simplement de la fermeté, se laissent aller à la déplorable facilité que l'on sait.

Le problème se simplifie en effet singulièrement si nous consentons à passer condamnation sur la peinture florentine, une fois la génération à laquelle appartenait Andréa del Sarto disparue, et si nous remontons vers le nord de l'Italie, où des jouissances infinies nous attendent. Le domaine que nous avons à parcourir est suffisamment vaste déjà. Aussi abandonnons-nous de grand cœur à d'autres, plus courageux ou plus patients, le soin d'étudier la dégénérescence et la déformation d'un style dont nous n'avons entendu cueillir que la fleur.

Diane.

Fresque de Paul Véronèse à la villa Barbare

Frontispice gravé par Enea Vico.

Entrée de Charles-Quint à Bologne, d'après la gravure de Hogenberg.

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