LES PROCÉDÉS DE PEINTURE
avant l'invention de la peinture à l'huile. Domenico Beccafumi estimait que la peinture « a tempera » se conserve mieux que celle à l'huile, et citait à l'appui les ouvrages de Signorelli, des Pollaiuolo et des autres maîtres qui s'étaient servis de ce dernier procédé. Leurs ouvrages avaient, affirmait-il, moins de fraîcheur que ceux de leurs prédécesseurs, Fra Angelico, Fra Filippo Lippi, Benozzo Gozzoli. Aussi résolut-il de revenir à la « tempera » pour peindre une Madone accompagnée de plusieurs saints, que lui avait commandée la confrérie de San Bernardino.
Il convient d'ajouter que dorénavant la durée de la peinture à l'huile est compromise par le vernis. Combien de tableaux intacts sont parvenus jusqu'à nous' !
La fresque à son tour rencontra de l'hostilité2.
De longue date les Vénitiens témoignaient de la répugnance contre ce procédé. Fra Sebastiano del Piombo le remplaça par l'huile (voy. t. II, p. 574).
On sait que ce fut cetteantipathie qui le brouilla irrévocablement avec son ancien allié Michel-Ange : le pape se montrait perplexe dans le choix du procédé qui serait employé pour le Jugement dernier. Sebastiano lui persuada de recourir à l'huile, et force tut à Michel-Ange de se plier à ces exigences. Mais tout à coup il se révolta et interrompit le travail. Sollicité, pressé,
Le Paysage chez Bern. Luini.
La Récolte de la Manne. (Musée de Brera à Milan.)
1 . Les contemporains déjà critiquaient chez certains maîtres, tels que Jules Romain, l'abus de couleurs peu résistantes, par exemple le noir (composé soit de charbon, soit d'ivoire, soit de noir de fumée, soit encore de papier brûlé : Vasari, t. V, p. 533. Cf. notre t. II, p. 86, 573). — On n'hésitait pas, d'autre part, à faire usage de couleurs extrêmement coûteuses : tel le bleu d'outre-mer, qui, vers le milieu du XVIe siècle encore, valait 60 écus l'once (Pino, Dialogo eli Pittura, fol. 18. Venise, 1.548. — Voir aussi Gayc, Carteggio, t. II, p. 32C)Ï.
2. La fresque, d'après la définition de Stendhal, cherche de plus grands résultats que la peinture à l'huile en suivant la nature de moins près (Histoire de la Peinture en Italie, nouv. édit., p. 124).
forcé dans ses derniers retranchements, il répondit qu'il ne voulait peindre qu'à fresque, et que peindre à l'huile était un art bon pour les femmes, ou pour des personnes indolentes et fainéantes, à la façon de Sebastiano. Il fit donc jeter à terre les essais faits sous la direction de celui-ci et se brouilla avec lui pour toujours.
Un autre Vénitien, le Titien, traita le premier la peinture à l'huile dans les dimensions colossales jusqu'alors réservées à la fresque.
A Florence même celle-ci avait ses détracteurs : tel le Rosso. Un peintre fixé dans la même ville, Pontormo, se servit de l'huile pour peindre sur un enduit sec.
Il fout avoir vu, à la villa Barbaro, les compositions de Paul Véronèse, pour savoir ce que peut donner la fresque entre les mains des génies si libres et si heureux de la Renaissance ; quelle fraîcheur ce procédé si expéditif conserve aux impressions, et avec quel mélange de pétulance et de sûreté un Raphaël, un Sodoma, un Véronèse, savaient improviser !
La fresque eut à compter avec un procédé qui, longtemps négligé, s'était de nouveau affirmé vers la fin du xvc siècle et qui à partir de ce moment avait fait des progrès rapides dans la faveur des artistes aussi bien que dans celle du public. Nous voulons parler de la mosaïque. Le Titien lui prêta l'appui de son grand talent; il défraya notamment de cartons les mosaïstes chargés de décorer le portique de la basilique de Saint-Marc.
Quant aux procédés nouveaux qui prirent naissance à cette époque, ils étaient plus curieux que féconds.
Vasari consacre une longue description à la peinture sur pierre inventée par Fra Sebastiano del Piombo, et dont l'emploi devint chez le maître vénitien une véritable monomanie. Nous savons par l'inventaire dressé à sa mort qu'à ce moment son atelier contenait une foule de tableaux sur pierre (« quadri de prêta »), puis des pierres préparées pour recevoir les peintures (« quadri di preda senza depengersi niente »), enfin des scies ou autres instruments pour façonner ces pierres.
Parmi les autres innovations du xvie siècle, on cite la peinture sur ardoise {David vainqueur de Goliath, par Daniel de Volterra, au musée du Louvre) et la peinture sur tissu d'argent inventée par Livio Agresti de Forli.
La peinture en grisaille ou en camaïeu, qui avait été principalement cultivée pendant la période précédente par Mantegna, trouve de son côté d'assez nombreux sectateurs, surtout dans l'Ecole florentine : tels furent Andréa del Sarto, Perino del Vaga, qui s'en servit pour une Submersion de Pharaon, Lappoli, qui en fit usage pour une Mort d'Orphée, et bien d'autres.
Le dessin ne pouvait manquer de se régler sur les évolutions de. la peinture.