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LES DESSINS

plication, on est surpris de trouver Bandinelli : ses études à la plume ou à la pierre d'Italie sont de la facture la plus large et la plus ferme; malgré l'hostilité professée par leur auteur à l'égard de Michel-Ange, ils révèlent avec la dernière évidence l'imitation de ce modèle incomparable (voy. p. 414).

Les dessins tiennent plus de place encore dans l'œuvre de Jules Romain; ce maître, à ce qu'affirme Vasari, rendait toujours mieux ses idées dans une esquisse que dans un tableau ; il y montrait plus de vivacité, de fierté et de sentiment ; cela tenait peut-être à ce qu'il exécutait un dessin en une heure, plein d'ardeur et dans tout le feu de l'improvisation, tandis qu'il employait des mois et des années à une peinture. Celles-ci finissaient par engendrer en lui la lassitude; la vivacité et l'enthousiasme qui signalent le début d'un travail venant à faire défaut, il n'est pas étonnant qu'elles n'offrent pas la même perfection que les ébauches.

A l'inverse de Jules Romain, le Corrège se montrait inférieur comme dessinateur. Ses dessins, Vasari le constate, ne donnent qu'une idée incomplète de son talent.

A Venise, à peine si l'un ou l'autre coryphée nous a laissé quelque croquis plus ou moins sommaire. Giorgione avait pour principe que peindre à l'aide des couleurs seules, sans dessiner d'abord sur le papier, était le vrai et meilleur moyen d'opérer. Mais il ne s'apercevait pas — ses contemporains déjà en ont fait la remarque — qu'il est nécessaire, à qui recherche une ordonnance convenable et une combinaison harmonieuse des motifs, d'en faire d'abord l'essai sur le papier, afin de voir comme le tout s'agence1.

Sauf quelques exceptions, les dessins du Titien sont du second ordre : c'est que des contours trop arrêtés l'auraient plutôt gêné pour ses peintures, dans lesquelles il s'efforçait de fondre tous les détails dans l'harmonie générale. Par contre, certains croquis, tels que l'étude pour l'Assassinat d'une Femme par son mari (Musée de l'École des Beaux-Arts) et l'étude pour Y Assomption (Musée du Louvre), offrent une souplesse, un rythme, une sonorité incomparables. Si Y Enlèvement d'Europe, exposé sous le nom du Titien au Musée du Louvre, appartient véritablement au maître, il nous montre avec quelle ampleur celuici savait manier la plume, et comme il s'entendait à multiplier les détails sans tomber dans la confusion.

Quant aux dessins de Paul Véronèse, ils ont quelque chose de hâtif et de frivole, tout comme ceux du Tintoret.

La loi du déplacement des centres d'art, que nous avons si souvent constatée pour les périodes précédentes, se vérifie avec une rigueur mathématique pour la peinture de la Fin de la Renaissance. Seules les Ecoles jeunes, celles de Parme, de Venise, de Milan, et en général de la Haute-Italie, conservent de la fraî-

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