LE JUGEMENT DERNIER
traits essentiels de la vie terrestre. A ses yeux, cette grande scène du règlement final des comptes d'ici -bas ne peut comporter que des idées de châtiment. Sa peinture doit servir d'exemple et effrayer par l'horreur des supplices. C'est là — comme Springer l'a fait remarquer — l'idée dominante du « dies iras » ; c'est également la croyance exprimée par Vittoria Colonna, dans une de ses lettres : « La première fois le Christ est plein de mansuétude et ne montre que sa grande bonté et sa grande miséricorde. La seconde fois, il vient armé et montre sa justice, sa majesté et sa toute-puissance. Alors il n'y a plus de temps pour la miséricorde et plus de place pour la grâce '. »
Un mot encore : dans l'intervalle qui sépare le plafond de la Sixtine du
tombeau des Médicis, toutes les impressions riantes ont disparu chez Michel- Ange; sous l'effet des tristesses publiques et de la mélancolie inhérente à son tempérament, les sentiments sombres et ardents ont pris le dessus; la passion s'est substituée à ces fraîches idylles que nous offrent les médaillons avec la Vierge et l'Enfant Jésus, ou à ces figures si gracieuses des génies nus servant de cariatides au plafond de la Sixtine. Concentré en luimême, dévoué avec plus d'ardeur que jamais à son rôle de justicier, à son rôle de protestataire contre la décadence religieuse et morale de son pays, Michel-Ange se prépare à peindre dans la donnée la plus sombre cette page poignante entre toutes qui s'appelle le Jugement dernier.
Vu en gros, le Jugement dernier se décompose en une douzaine de groupes principaux. Dans les deux lunettes du haut, d'un côté les anges portant la colonne, de l'autre les anges portant la croix. Plus bas, le Christ trônant, et autour de lui les apôtres et les saints; puis la troupe des élus. En descendant encore, on rencontre, à gauche, des élus qui montent vers le ciel ; au centre, un groupe d'anges sonnant de la trompette; à droite, des réprouvés précipités dans l'Enfer. Dans le bas enfin, à gauche les morts qui se réveillent et qui sortent du tombeau, à droite la barque de Charon.
Les groupes d'anges — des anges sans ailes, — qui tiennent les instruments de la Passion, sont peut-être la partie où l'inspiration religieuse fait le plus défaut (gravés p. 41). L'artiste, comme un autre Corrège, n'y a eu en vue que des effets de raccourci — des personnages arrangés « à la crapaudine », — et
Une Héroïne de l'Ancien Testament, par Michel-Ange. (Chapelle Sixtine.)