Raffaël uni Miclielangelo, t. II, p
ces raccourcis sont déjà trop faciles, trop sûrs, "pour ne pas ressembler à des formules que la main répétait machinalement, sans que l'esprit fit un effort pour les renouveler. Chez un des personnages, renversé, les jambes en l'air, sous la base de la colonne, la peinture de l'effort physique, et de l'effort physique seul, touche à l'irrévérence : on croirait qu'il va faire la culbute. Ce sont là des symptômes de décadence non méconnaissables. Michel-Ange avait alors passé la soixantaine et, quelque prodigieuses que fussent ses facultés, l'âge avait refroidi l'ardeur de son cœur, ralenti l'essor de son imagination. Se rendit-il compte de son infériorité? Toujours est-il qu'il affirma une fois, non sans mélancolie, devant Vasari, qu'il en savait plus quand il était jeune que maintenant qu'il était vieux !
Le Christ, trônant sur les nuages, le regard irrité, la main droite levée pour maudire, est une figure pleine d'agitation, mais qui n'approche en aucune façon de la grandeur et de la majesté que Michel-Ange a su donner à Jéhovah dans les fresques du plafond. A côté de lui, la Vierge, qui se détourne et se dérobe dans le sentiment de son impuissance; autour d'eux, des justes, des élus, non dans le calme que donne une conscience tranquille, mais troublés, inquiets, se demandant s'ils ne vont pas être foudroyés par cette colère implacable devant laquelle personne ne semble devoir trouver grâce. Saint Pierre s'approche en tremblant, le regard incertain, anxieux, et montre les clefs, ces insignes de son pouvoir, vaines à ce moment; saint Laurent, son gril passé sur l'épaule, regarde le Christ à la dérobée et comme frappé de terreur; saint Barthélémy, tenant d'une main la peau sanglante que le bourreau lui a arrachée, lève vers le Rédempteur le couteau qui a servi à son supplice (cette dernière figure est d'ailleurs une merveille de dessin). Partout, en un mot, au lieu de la sérénité, l'inquiétude ou la terreur.
Plus bas, principalement à droite, l'artiste, oubliant cette hauteur de vues qui lui était familière, revient tout a coup à l'iconographie sacrée par un étalage d'instruments de martyre, qui est absolument de mauvais goût : scies, roues, maillets, crocs à déchirer.
On remarque d'ailleurs ici encore des torses superbes, qui, détachés de l'ensemble et transportés dans un musée, produiraient un effet extraordinaire, quoique plusieurs d'entre eux rappellent les attitudes d'athlètes fréquentant les gymnases (pour ne pas dire des attitudes d'équilibristes) plutôt qu'ils ne nous initient à la réalité de cette scène émouvante.
Le réalisme, qui, dans le Jugement dernier, s'est substitué aux hautes doctrines spiritualistes, autrefois si chères à Michel-Ange, se fait surtout jour dans la scène de la Résurrection des morts. On voit ceux-ci, représentés à l'état de santé et de vigueur, sauf un petit nombre de squelettes, sortir de terre avec des efforts plus ou moins pénibles, les uns cherchant, en se servant de leur dos en guise de levier, à rompre la couche terrestre qui les recouvre; les autres, franchir l'abîme en avançant un pied après l'autre ; d'autres, au contraire, assis à