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JACOPO DA PONTORMO

est avant tout un éclectique. Il suit tour à tour la bannière de Léonard de Vinci, d'Albertinelli, de Piero di Cosimo, d'Andréa del Sarto et même d'Albert Durer (dans sa Passion de la Chartreuse de Florence, peinte en i523), pour se ranger finalement sous celle de Michel-Ange. Celui-ci, qui faisait grand cas de son compatriote, le chargea de mettre en couleur un de ses cartons, le Christ apparaissant à la Madeleine.

Pontormo s'est attaqué aux genres les plus divers : l'histoire sainte, la mythologie (Vénus et Cupidon, Léda et ses enfants, au Musée des Offices, etc.), le portrait. Bon coloriste, habile à produire des gammes claires et transparentes, à la façon d'Andréa del Sarto, il manquait de force créatrice. Sa Visitation, peinte en i5i6 dans un des cloitres de l'Annonciation de Florence (copie ancienne, avec des variantes, au Musée du Louvre), rappelle trop, par les types comme par les attitudes, et Andréa del Sarto et Fra Bartolommeo. Son chef-d'œuvre, c'est l'illustration de l'Histoire de Joseph, destinée au palais Borgherini (Joseph conduit en prison, gravé p. io5; Joseph présentant son père à Pharaon, tous deux au Musée des Offices; Joseph recevant son père et ses frères, à la National Gallery). Ces scènes ont un charme inexprimable : tranquilles et recueillies, elles reposent le spectateur, tout en l'intéressant. Leurs fonds d'architecture ou leurs paysages harmonieux sentent encore le xvc siècle; ils nous forcent à évoquer le souvenir de certaines compositions de Primitifs, telles que la Remise des clefs à

saint Pierre, peinte par le Pérugin dans la chapelle Sixtine. Les figures, de leur côté, ont une grâce, une finesse et une animation extraordinaires.

L'imitation de Michel-Ange n'a pas été aussi féconde pour Pontormo que les leçons des Primitils : elle lui a lait perdre toute notion de l'ordonnance. Le Martyre des quarante Saints, au palais Pitti, manque d'unité; bien plus, touche à l'incohérence : ce ne sont qu'effets de torse des plus ridicules. La Sainte Catherine, du Musée du Louvre (autrefois au couvent de Sainte-Anne à Florence), quoique moins grotesque, pèche par la pauvreté et la mollesse.

Par contre, les portraits de Pontormo comptent parmi les meilleurs de l'École florentine. Très termes, très écrits, parfois trop voulus, ils sont cependant plus enveloppés que ceux de Bronzino. Un des meilleurs est celui du Vieillard de profil, au palais Pitti (gravé p. 148); l'Hippolyte de Médicis, de la même collection, a de l'allure et de l'éclat. Quant au portrait du Louvre, qui représente un graveur en pierres dures, il est solidement charpenté, mais a poussé au noir. Rappelons encore le portrait d'Andréa del Sarto conservé au Musée de Berlin et le portrait de Jeune Garçon de la National Gallery. Dans ces dernières années on a en outre fait honneur à Pontormo du superbe portrait de cardinal de la

Portrait de Pontormo.

(D'après la gravure publiée

par Vasari.)

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galerie Borghèse, où l'auteur s'élève à l'ampleur de Raphaël (à qui cette page a été longtemps attribuée) et de Sebastiano del Piombo.

Francesco d'Ubertino, surnommé Bacchiacca (1494-155 7), s'est complu, quoique élève du Pérugin et de Franeiabigio, dans les tableaux de petites dimensions, et surtout dans la décoration des meubles. Il excellait dans la peinture de genre historique, à la façon des quattrocentistes. Comme jadis Gozzoli et Pinturicchio, il aimait à y prodiguer des motifs spirituels, amusants, ou tout simplement pittoresques; mais il joignait, à la facilité de l'invention, de solides qualités techniques, une élégance dans le dessin et une suavité dans le coloris dont il avait dérobé le secret à son ami Andréa del Sarto. N'eût-il peint que les charmants cartons des Dou^e Mois, transportés sur le métier par les tapissiers de la manufacture florentine, qu'il aurait droit à notre sympathie. Ces petites scènes, pleines de précision et de vivacité, nous initient aux mœurs des paysans toscans du xvie siècle : les figurines habilement groupées s'y détachent sur un joli fond de paysage.

Comme peintre sur meubles, Bacchiacca est représenté : aux Offices par le Martyre de saint Acasius; au Musée de Berlin, par le Baptême du Christ; au Musée de Dresde , par les Fils de roi tirant sur le cadavre de leur père ; à la National Gallery, par deux scènes de l'Histoire de Joseph (provenant du palais Borgherini). Le carton d'un de ses tableaux, l'Arrestation de Benjamin (au Louvre), nous montre quels efforts l'artiste a tentés pour concilier le costume de son temps avec la draperie classique, sans toutefois obtenir un résultat bien appréciable. J'ajouterai que ce carton, quoique fort poussé, est assez rond et manque de caractère.

On cite également à l'actif de Bacchiacca quelques bons portraits.

C'était en outre un animalier de première force : outre les nombreux volatiles, poissons, crustacés, etc., dont il peupla les tapisseries des Médicis (l'une d'elles gravée p. 129), il orna le cabinet de Cosme Ie'' de peintures à l'huile représentant toutes sortes d'oiseaux et de plantes rares.

Ridolfo Ghirlandajo (i483-i56i), le fils de Domenico, le disciple et l'ami de Raphaël, a été tour à tour porté aux nues et vilipendé par la critique moderne. Tandis que les uns lui font honneur de superbes morceaux sous lesquels le nom de Léonard de Vinci a été longtemps inscrit, d'autres lui dénient tout mérite. Écoutons M. Bode : « Ridolfo est incontestablement un des peintres les moins agréables de l'époque d'épanouissement de l'art florentin. Déjà son père Domenico, si on le compare à divers de ses contemporains, se montre comme un artiste d'un talent relativement inférieur; mais il possède encore un goût assez fin et un sens de la décoration qui font de lui quelque chose d'analogue à ce qu'est Pinturicchio parmi les peintres de Pérouse. Ridolfo n'a même pas hérité de son père ses qualités de décorateur. Il n'en est que le médiocre

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