‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 22 sur 304 · Histoire de la peinture eu Italie, nouv. édit., p. lô · texte numérisé non relu

Histoire de la peinture eu Italie, nouv. édit., p. lô

E. Mûntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. '<i

notion de l'honneur, telle que la concevait le xvf siècle, diffère essentiellement de l'esprit chevaleresque propre au moyen âge. Elle se rapportait, d'après Sismondi, aux préjugés suivants : délicatesse exagérée sur la réputation des femmes et sur la valeur des hommes, religion de la vengeance1. On croyait reconnaître, ajoute Sismondi, une grande âme à la constance des ressentiments, et à l'art avec lequel elle gardait sa rancune, la laissant éclater tout à coup, afin de causer une douleur plus amère à l'offenseur.

On a appelé la vengeance « un composé d'une idée de justice et d'un commencement de colère2 ». Dans ce siècle, où les juges étaient si lents ou si partiaux3, chacun cherchait à se faire justice soi-même. Benvenuto Cellini, en sacrifiant ses adversaires à ses haines et à ses rancunes, ne manquait pas de proclamer avec emphase que « la puissance de Dieu ne laisse aucun homme impuni, quel que soit son rang, s'il fait du tort aux innocents4 ».

Plus odieux encore que les assassinats de Cellini, qui du moins attaquait en face, étaient les crimes préparés patiemment, à tête reposée, en quelque sorte avec amour : l'emploi de poisons, de sicaires3; les Umiliats attentant à la vie de saint Charles Borromée, qui venait de faire supprimer leur congrégation, ou encore ce Muzio Colonna achetant pour 600 ducats, de celui qui l'avait pris, son ennemi Amico d'Ascoli, afin de le tuer de sang-froid6.

J'ouvre ici une parenthèse pour demander si l'on a eu raison d'incriminer la Renaissance dans ce déchaînement de la plus détestable passion. Est-il rien qui sente moins l'éducation, c'est-à-dire l'humanisme? Ce qui achève de prouver que la Renaissance est absolument étrangère à cette dépravation de la notion du droit qui s'appelle l'esprit de vengeance, c'est que, de nos jours encore, c'est dans les parties qui ont le moins subi l'influence classique, je veux parler de la Romagne et de la Corse, que la « vendetta » sévit avec le plus d'intensité.

Non moins que par leur violence, les Italiens se Élisaient craindre en tous lieux par leur perfidie, leur duplicité, leurs intrigues. C'était la conséquence fatale, d'une part, de leur décadence politique (voy. p. 10), de l'autre du sentiment de plus en plus prononcé de la valeur personnelle et de l'individualisme. Tout caractère bien trempé, tout esprit subtil s'efforça d'imposer sa volonté aux natures moins bien douées; celles-ci, à leur tour, se dédommageaient par l'envie et la calomnie.

Particulièrement odieuse était la médisance qui régnait dans les milieux

1. Histoire des Républiques italiennes, t. XVI, p. 446 et suiv.

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