‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 221 sur 304 · ANC BRONZINO · texte numérisé non relu

ANC BRONZINO

Su

le grand tableau du Louvre, le Christ et la Madeleine, les figures sont extraordinairement guindées, tandis que la coloration bleu clair de la robe de la sainte rappelle celle de la Sainte Marguerite de Raphaël.

Le tableau mythologico-allégorique de la National Gallery, Venus, Cupiclon, la Folie et le Temps, peint d'une gamme claire et froide, et péchant en outre contre les règles les plus élémentaires de l'ordonnance, a pour lui une élégance qui va jusqu'à l'afféterie; rien de plus délicat que le modelé des mains et des pieds, rien de plus chaste que le geste de Cupidon pressant le sein de Vénus. On dirait que quelque chose de la grâce de l'Ecole de Fontainebleau est entré dans cette composition.

Les cartons de tapisseries de Bronzino ont droit à plus d'estime : ceux qu'il a composés pour l'Histoire de Joseph, exposée au Palais Vieux de Florence, sont excellents; l'artiste s'y est senti moins gêné par les préoccupations du style et par l'influence de Michel- Ange que dans ses peintures d'histoire proprement dites. Il a pu y prodiguer à son aise les portraits, les costumes pittoresques, les riches accessoires.

Mais où le maitre triomphe, c'est dans le portrait, dans ces vivantes, poétiques ou implacables effigies, où il fait défiler devant nous ses protecteurs, les Médicis, ses amis ou de simples clients de rencontre. Malgré la sécheresse ou la dureté relative du coloris1, Bronzino s'y montre l'émule de LTolbein. (Il n'est pas impossible que quelque production du maître augsbourgeois, de quatre ou de cinq années plus âgé que lui, soit tombée sous ses yeux et l'ait impressionné.) S'il lui est inférieur comme coloriste, il l'emporte sur lui par ce que j'appellerai le

i . Rien, à cet égard, ne jure plus avec la manière si écrite de Bronzino que le faire, à la fois large et flou, du prétendu portrait de César Borgia, qui de la galerie Borghèse est entré dans la collection Alphonse de Rothschild, et que M. Morelli a essayé de revendiquer pour notre artiste. Il est impossible d'imaginer un contraste plus tranché.

Portrait de Lucrezia Panciatichi, par Bronzino. (Musée des Offices.)

5i2 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

sentiment dramatique ; ses héros ont plus de liberté et d'accent; leur caractère est plus nettement dégagé. Bronzino excelle en outre à relever ses représentations par quelque accessoire fait pour attirer l'attention : telles sont les statuettes qu'il a introduites dans ses portraits des Offices, du Louvre ou du Musée de Berlin.

En tout état de cause, une telle netteté de caractéristique ne pouvait s'obtenir qu'au détriment du coloris : supposez que celui-ci ait la souplesse ou la chaleur propres à l'École de Venise, immédiatement les effigies perdraient de leur précision.

Dans quelques rares occasions cependant, l'artiste florentin se rapproche de ses émules vénitiens sans trop sacrifier ses propres tendances. Le portrait de sculpteur du Musée du Louvre est à peu près de la même qualité et de la même valeur que le portrait d'homme de Paris Bordone qui lui fait pendant.

Examinons quelques-unes de ces effigies, qui comptent parmi les meilleures du xvie siècle, et ce n'est pas peu dire.

Le portrait de Cosme de Médicis, au Palais Pitti (une réplique au Musée des Offices, gravée p. 206), proclame la sûreté avec laquelle l'artiste florentin sait poser ses personnages, leur donner une attitude intéressante ; l'œuvre séduit en outre par ses carnations claires et fermes. Le souverain de la Toscane est représenté nu-tête (le front beau et pur, les yeux un peu vulgaires); la poitrine protégée par une cuirasse ; la main droite, d'une rare élégance, appuyée sur le casque ; sa jeune tête, au regard clair et froid, se détache à merveille sur la riche armure de fer. La tonalité choisie pour le fond, un gris tout uni, ajoute encore à l'impression de ce fier morceau. On voudrait avoir une galerie d'ancêtres peints de ce pinceau, avec cette palette.

Dans le portait d'un autre Médicis, le jeune Garcia, au Musée des Offices (gravé p. 21 1), Bronzino nous offre plus que l'effigie d'un des membres de la famille ducale : grâce à sa sincérité, qui va jusqu'à la brutalité, il a réussi à créer un caractère. Ce monstre, âgé de quelques années à peine, qui étreint un chardonneret avec une sorte de joie bestiale, fera un jour, s'il monte sur le trône, souffrir ses sujets comme il fait souffrir le malheureux oiseau.

Le portrait de Lucrezia Pucci Panciatichi, au Musée des Offices, fait revivre cette femme longue et fière, aux belles mains blanches, grasses et effilées. Il n'est pas jusqu'à ce cou trop tendu, jusqu'à ce regard trop fixe, qui n'ajoute au caractère du personnage. L'ouvrage aurait gagné à avoir un fond tout uni, comme certains portraits d'Holbein; le mur décoré d'une niche qui se développe derrière Lucrezia ne tranche pas assez sur la robe violette et nuit quelque peu à l'effet.

Certains portraits en pied — tel le Jeune Garçon de la National Gallery ■ — égalent par leur naturel, leur aisance, leur tournure, les meilleurs portraits du Titien et des Flamands.

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