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CHAPITRE V

L ECOLE OMBRIENNE. — L ECOLE ROMAINE : JULES ROMAIN. - - LES ECOLES DE NAPLES, DE BOLOGNE ET DE FERRARE. — GAROFALO ET DOSSO DOSSI.

'École ombrienne, telle que l'avait constituée le Pérugin, ne brillait que par l'harmonie du coloris — ses beaux tons de miel et d'ambre — et le sentimentalisme '. Elle ignorait les fortes études, les conceptions vigoureuses, et jusqu'à la curiosité. Tout entière aux impressions lyriques, elle déclina rapidement; sa douceur dégénéra en mollesse, en fadeur. A peine, de loin en loin, une expression émue, un motif pittoresque. Les archéologues ont forgé le mot « archaïstique » pour désigner l'affectation de l'archaïsme : de même le terme de « péruginesque » peut servir à caractériser le groupe des épigones, qui vécut avec tant d'indolence, jusque vers la fin du siècle, sur le patrimoine que lui avait légué Pierre Pérugin. Après le départ de Raphaël pour Florence, puis pour Rome, un peintre d'origine espagnole (d'où son surnom de « il Spagna »), Giovanni di Pietro, fut généralement considéré comme le plus habile des élèves du Pérugin, dont il combina les enseignements avec ceux de Fiorenzo di Lorenzo et de Raphaël.

i. Bibl. : Passavant, Raphaël d'Urbin, t. I, p. 472-488. — Crowe et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture en Italie, odit. allem., t. IV. — Woermann, Geschichte der Malerei, p. 247-250.

E. Mùntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 68

Longtemps fixé à Pérouse, Spagna, se sentant trop en butte à la jalousie de ses confrères, alla s'établir à Spolète, où il vécut jusque vers l53o*. Coloriste habile, porté aux impressions tendres, parfois doux jusqu'à en être insipide, il ne pouvait manquer d'être apprécié de ses concitoyens ombriens : les amateurs de Pérouse, de Spolète, de Todi, de Narni, de Trevi, d'Assise, et même de Rome, firent sans cesse appel à son pinceau.

Le système de la collaboration n'était nulle part organisé aussi savamment que dans l'atelier et dans l'entourage du Pérugin. C'est pourquoi, dans la masse des productions attribuées à Spagna, la critique n'a pas encore réussi à déterminer la part de celui-ci et celle de ses auxiliaires. On s'accorde toutefois à lui faire honneur d'une série de tableaux de sainteté, principalement des Madones, où il se rapproche de Raphaël par la douceur des types, par je ne sais quel rayonnement intérieur. Au Musée de Berlin, on a longtemps exposé sous le nom du Sanzio une Adoration des Mages (n° i5o), qui a été ensuite revendiquée pour Spagna, et finalement retirée de la galerie. Au Musée du Louvre, des deux tableaux attribués au maître, l'un, une Nativité (n° 1 53g; anciens nos 4o3, 214), d'un faire mou et plat, avec des chairs jaunes et roses, ne saurait provenir que de sa « bottega ». Quant au second, une Madone avec l'Enfant Jésus (n° 1640; anciens nos 404, 292), mi-péruginesque, miraphaélesque, c'est une de ses pages les plus sincères et les plus tendres. Mais il ne faut lui demander ni énergie, ni profondeur.

Spagna semble ne s'être attaqué qu'une seule fois à la mythologie, et il n'a pas précisément cueilli de lauriers dans cette tentative : c'eût cependant été le moment ou jamais! Ne lui confia-t-on pas la mission flatteuse de peindre les Muses dans une des salles de cette villa de la Magliana, où Raphaël et ses élèves avaient laissé des compositions si intéressantes! Ses fresques, aujourd'hui exposées au Musée du Capitule, ne respirent que mièvrerie et pauvreté.

Le jugement porté sur Spagna par Rio sera ratifié, croyons-nous, par tous les critiques indépendants : « Autant, dit l'auteur de l'Art chrétien, que l'on peut juger de ses qualités distinctives par le petit nombre de tableaux, plus ou moins authentiques, qui restent de lui, il brilla moins par la fécondité que par la pureté de son imagination, et les sujets mystiques, qui formaient la principale tradition de l'École ombrienne, étaient bien plus de sa compétence que les sujets dramatiques ou légendaires, parce que les premiers, n'exigeant de lui aucuns frais d'invention, il pouvait y reproduire, avec quelques légères modifications, l'ordonnance et les types de son maître... » Passavant, de son côté, déclare que Spagna, « après avoir été dans sa jeunesse heureusement influencé par le voisinage de Raphaël, tomba, vers la fin de sa vie, dans une banale imitation de ce grand maître, et perdit presque entièrement le cachet individuel de son talent ».

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