PERINO DEL VAGA
Vasari, qui nous en a conservé l'analyse, vante la richesse d'imagination qui y éclatait. Mieux partagées, quelques-unes des fresques exécutées, pour Era Màriano Fetti, dans l'église San Silvestro di Monte Cavallo, sont parvenues jusqu'à nous1. On constate, notamment dans l'Histoire de sainte Catherine, une conception toute nouvelle du paysage, qui intervient ici comme facteur principal et non plus comme accessoire (voy. p. qSH).
Après le sac de Rome et la mort de Maturino, Polidoro se rendit à Naples, puis à Messine, où il fut assassiné par un de ses élèves.
Dans les tableaux de sainteté que Polidoro peignit après son départ de Rome, le ferment naturaliste, propre aux artistes lombards, reprend le dessus. A ses yeux, il semble (ainsi que le déclare Burckhardt au sujet du Portement de Croix du Musée de Naples) que la vulgarité soit le complément obligé de la vigueur. L'artiste n'a pas été plus heureux dans ses tableaux mythologiques : sa Psyché
reçue dans l'Olympe (au Musée du Louvre) est une composition sautillante, sans conviction, peuplée de petites figures lourdes et mal dessinées.
Portrait de P. da Caravaggïo.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
Plus favorisé que beaucoup de ses condisciples, Piero Buonaccorsi de Flo rence ou, comme on l'appelle d'ordinaire, Pierino ou Perino del Vaga (1499-1647), a pu créer uri œuvre personnel. Mais son principal titre de gloire est après tout sa collaboration aux grandes pages du Sanzio.
Après les débuts les plus difficiles, Perino, qui avait compté successivement pour maîtres Andréa dei Ceri, Rid. Ghirlandajo et le Vaga, obtint d'entrer dans l'atelier de Raphaël. Également familiarisé avec la peinture à fresque et avec l'exécution des stucs, tout comme son collaborateur Jean d'Udine, le jeune Florentin se tailla bientôt une place à part dans la phalange groupée autour du maître. Celui ci le chargea de peindre, dans les Loges, d'après ses
cartons, le Passage du Jourdain, la Prise de Jéricho, Josné arrêtant le soleil, ainsi que les camaïeux du soubassement. Perino obtint également de décorer une partie de la salle des Planètes.
Le sac de Rome contraignit Perino à chercher fortune au dehors. Grâce à la
Portrait de Perino del Vaga.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
1. Publiées par M. Gnoli : Archivio storico dell' Arte, 1891, p. 1 16-126.
recommandation d'un de ses amis, le docteur Niccolô de Venise, il trouva en Andréa Doria un protecteur qui l'employa, plusieurs années durant, à la décoration de son palais de Gênes. Ses fresques, qui ornent le vestibule du rez-dechaussée, la loge et une série de salles du premier étage, font tour à tour défiler devant nous les douze capitaines appartenant à la famille Doria (l'artiste s'est efforcé, mais sans succès, de convertir des portraits en figures typiques), l'Histoire d'Enée, des Scènes de l'Histoire romaine, Jupiter foudroyant les géants, les Amours de Jupiter, l'Histoire de Psyché. Un rapprochement entre ces compositions et celles dont Jules Romain orna vers la même époque les palais de Mantoue ne tournerait pas à l'avantage de Perino : si son colons rougeâtre est aussi dur que celui de son ancien condisciple, pour l'invention et l'expression son infériorité est palpable; ses scènes sont artificielles, sans verve, et même sans réalité; le raisonnement et la volonté y ont plus de part que l'inspiration. Il ne reprend sa revanche que dans les peintures de petites dimensions et dans les ornements, où l'on reconnaît l'artiste nourri à l'école de Raphaël. A cet égard, les fresques du palais Doria mériteraient d'être enfin convenablement reproduites au moyen de la photographie.
Avec ce travail considérable alternèrent différentes peintures à fresque ou à l'huile exécutées pour des amateurs génois, les cartons d'une Histoire d'Enée, destinée à être traduite en tapisserie, des dessins de poupes de galères, qui furent sculptées par les Florentins Carota et Tasso, des étendards, etc.
De retour à Rome, Perino conquit la faveur du pape Paul III et des Farnèse, qui l'accablèrent de commandes relevant surtout du domaine de la décoration. Il devait sans relâche composer des modèles pour les brodeurs et les chasubliers; les statuaires, les stucateurs, les sculpteurs en bois, les tailleurs, les doreurs, ne lui laissaient pas un instant de répit. Il se vit forcé de fournir jusqu'aux dessins des compositions que le cardinal Farnèse se proposait de Élire graver sur cristal de roche par Giovanni da Castelbolognese : le Triomphe de Bacchus et Thésée combattant les Amazones (au Musée du Louvre). Ajoutons qu'il fit preuve dans certains de ces travaux d'autant de goût que de probité professionnelle : les deux dessins du Musée du Louvre sont d'un fini prodigieux. Les stucs de la Salle royale ne méritent pas moins d'estime (voy. ci-dessus, p. 104).
Plusieurs cycles de peintures prirent naissance à la même époque : les grisailles du soubassement de la Chambre de la Signature, les fresques du château Saint-Ange, illustrant des Scènes de l'Histoire romaine, différentes compositions religieuses.
Perino s'attaquait en même temps aux tableaux d'autel et aux tableaux de chevalet; mais il travaillait trop vite pour y créer quelque œuvre transcendante. Si nous nous attachons à sa Madone entourée de saints, de la cathédrale de Pise, nous n'y découvrons qu'une peinture froide et banale, avec des réminiscences — bien affaiblies — de Raphaël. J'ajouterai, à la décharge de Perino, que ce tableau a été terminé par Giov. Ant. Sogliani.