JEAN D'UDINE
Usé par le travail non moins que par le plaisir, Perino del Vaga mourut à la fleur de l'âge : il ne comptait que quarante-sept ans.
Son principal élève fut Girolamo Siciolante de Scrmoneta.
L'élément purement décoratif était représenté dans l'atelier de Raphaël par Giovanni de' Ricamatori (ou di Nanni), plus connu sous le nom de Jean d'Udine (i 487-1 664 '). Ce maître rare et exquis semble avoir résidé jusqu'en i5o8 dans sa ville natale. Il reçut ensuite à Venise — c'est Vasari qui l'affirme — les leçons de Giorgione. Ayant tenté la fortune à Rome, il fut rapidement distingué par Raphaël, qui l'employa et h peindre des ornements et à modeler des stucs (voy. t. II, p. 461). Il y acquit une extrême virtuosité et réussit comme pas un à marier aux formules classiques, aux grotesques, les motifs tirés de la nature. Autant il savait mettre de pondération, d'harmonie, d'ingéniosité, dans l'ordonnance de ses grands panneaux, autant il apportait de scrupules dans le rendu de ces oiseaux, de ces fleurs, de ces insectes, pour lesquels il professait tout l'amour d'un zoologiste ou d'un botaniste; la sincérité de sa vision ou la précision de son rendu eussent pu faire envie à un Flamand. Au Vatican, les ornements des Loges et de la salle des Pontiles proclament la richesse de son imagination et la sûreté de son goût. La Farnésine et la villa Madame lui doivent éçalement quelques-uns de leurs ornements les plus élégants. Raphaël l'employa en outre à peindre des accessoires dans plusieurs de ses propres compositions : les oiseaux qui se promènent au premier plan de la Pêche miraculeuse, les instruments de musique de la Sainte Cécile, etc. Léon X enfin lui commanda les cartons d'une suite de tapisseries : les Enfants jouant.
Après la mort de Léon X, Jean d'Udine rentra dans sa patrie; mais, aussitôt après l'avènement de Clément VII, il regagna la Ville éternelle, où il reçut du nouveau pape de nombreux témoignages de faveur. De 1024 à i5o4, nous le trouvons régulièrement occupé, sauf pendant un voyage à Udine en 1627, à peindre pour la cour pontificale des bannières, des étendards, des flammes de trompettes, des baldaquins. Il restaura en outre la mosaïque absidale de la basilique de Saint-Pierre, orna de peintures ou de stucs le palais des Médicis à Florence, ainsi que la chapelle de Michel-Ange et la bibliothèque Laurentienne.
Portrait de Jean d'Udine.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
1. Bibl. : Maniago, Storia délie belle Arti friulane. Udine, i823. — Franceschini, Elogio di Giovanni Nanni detto da Udine. (Venise, s. d.) — Milanesi et Pini, /(/ Scrittura di Artisti italiani, n" 172. — Milanesi, les Correspondants de Michel-Ange, p. io.5. — ■ Nous manquons encore d'une monographie de l'œuvre de Jean d'Udine. Le sujet est à signaler à l'un ou l'autre des jeunes savants allemands qui se sont voués à l'étude de l'art italien.
E. Mtintz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.
La mort de Clément VII lui fit reprendre une seconde fois le chemin d'Udine. Désormais, pendant une période d'environ quinze ans, il travailla soit dans cette ville, soit à Cividale, soit à Venise, composant des projets de décoration ou des plans d'édifices, peignant des vues ou des ornements. Après diverses apparitions faites à Rome en 1648, en i55o, à l'occasion du jubilé, en 1 555, il s'y fixa derechef en i56o, pour terminer la dernière des Loges du Vatican. Il y mourut en 1664 et fut enterré au Panthéon, à côté de son maître Raphaël.
Jean d'Udine ne se plaisait qu'aux compositions décoratives. A peine si l'on peut citer de lui un tableau de chevalet (une nature morte, avec un vase de fleurs, signé et daté de 1 5 5 5 , se trouve à Naples, dans la collection Federici).
Le Ferrarais Bartolommeo Ramenghi da Bagnacavallo (1484- 1642), qui avait fait ses premières armes à Bologne dans l'atelier de Francesco Francia, travailla sous la direction de Raphaël juste assez longtemps pour s'assimiler ses principes, sans abdiquer son autonomie; il se perfectionna ensuite au contact de Dosso. C'est un coloriste vigoureux, comme le prouvent ses peintures de Bologne, et surtout sa Vierge glorieuse adorée par quatre saints, du Musée de Dresde, ses Saint Pétronius, Saint Louis et Sainte Agnès, du Musée de Berlin. Le tableau de Dresde se distingue par une chaleur de ton presque vénitienne. L'artiste a été moins heureux dans sa petite Circoncision du Louvre, où il s'est inspiré, très librement d'ailleurs, d'une des tapisseries de Y Histoire du Christ, composées par les élèves de Raphaël. Le faire y est dur et sec, les figurines lourdes : on dirait une esquisse ou un carton plutôt qu'un tableau.
Girolamo Genga d'Urbin ( 1 476—1 55 1 ) s'est fait un nom comme architecte (voy. p. 254, 345) et comme peintre. D'abord élève de Signorelli, puis du Pérugin, il se rangea en fin de compte sous la bannière de son compatriote Raphaël. Il ne semble pas s'être élevé très haut, du moins si nous en jugeons par sa Sainte Conversation du Musée de Brera (l'étude, avec les figures nues, se trouve au Musée du Louvre) : ce tableau donne la plus triste idée de son talent; les figures sont monotones, presque puériles; la composition confine au grotesque.
J'ai réservé pour la fin de cette étude le plus marquant parmi les disciples et collaborateurs de Raphaël, son bras droit : Jules Romain, ou, pour l'appeler de son vrai nom, Giulio Pippi de' Jannuzzi ' (1482-1546). L'existence de ce maître est double, même à ne tenir compte que de son activité comme peintre (sur l'architecte voy. ci-dessus, p. 3q5) : une moitié a été consacrée h Rome, l'autre à Mantoue.
1. Bibl. : D'Arco, Istoria delta vita e délie opère di Giulio Pippi Rowaiw. 2e édit. Mantoue, 1842. — Genrmrelli et Mazio, il Saggialore, t. I, 1844. — Archivio slorico dell' Artc, \{ p. 447-450.