‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 233 sur 304 · Rafaël uni Michel Angelo. Cf. mon Raphaël, p · texte numérisé non relu

Rafaël uni Michel Angelo. Cf. mon Raphaël, p

2. Voy. le Marc-Antoine Rainwndi du comte Delaborde, p. 52-07, 238-247.

médailles, il prodigua les détails de costumes, d'armement, de mobilier, inspirés de l'antiquité, pour ne point parler des types ou des arrangements de draperies. Une des frises en stuc du palais du Té forme une imitation des basreliefs de la colonne Trajane. Ce n'était que de loin en loin que des festons égayés par des Amours, du genre de ceux de la Farnésine ou de ceux du couvent de Saint-Paul à Parme, un des chefs-d'œuvre du Corrège, venaient jeter une note plus fraîche dans ces compositions trop savantes.

Au palais du Té (voy. p. 268 et 346), Jules Romain connut le rare privilège d'être a la fois l'architecte et le décorateur du monument. Il y mit en œuvre les divers procédés en honneur dans l'atelier de Raphaël : la peinture à l'huile

et à fresque, les ornements en stuc (exécutés par le Primatice et J. B. Mantovano). Plusieurs cycles, la plupart peints par ses élèves, Benedetto Pagni, Rinaldo Mantovano, etc., d'après les cartons, certainement très précis, qu'il leur fournissait, nous initient au travail de cette imagination fougueuse et déréglée. Ce sont principalement : la salle des Chevaux (gravée p. 269; quel supplice pour un tel esprit que d'être forcé de représenter au repos l'animal le plus fougueux de la création !), la salle de Psyché, la salle des Géants (1 532-1 534), la salle de David (i533-i534).

Dans le mythe de Psyché, Jules Romain n'a vu que le côté terrible, effrayant, un prétexte à prodiguer des géants (c'est ici qu'ils font leur apparition), Polyphème, Cerbère, des dragons, des monstres de toute sorte1. Son imagination divague et il n'essaye même pas de la faire rentrer dans les limites de la raison. Parfois son style devient ampoulé, boursouflé, déclamatoire, un vrai style de pompier. Avec de telles préoccupations, ce mythe exquis ne pouvait que perdre toute délicatesse et tout intérêt. La tendance à la lubricité, qui avait valu à l'artiste romain d'être banni de sa ville natale, s'étale également ici au grand jour. C'est là un trait nouveau dans l'histoire de l'art italien : les Primitifs avaient pu pécher contre la décence par naïveté, les cinquecentistes la battent en brèche de propos délibéré, avec cynisme. L'histoire de Pasiphaé n'a plus de détail qui effraye un Jules Romain.

La salle des Géants, de dimensions moyennes, malgré son titre, retrace la victoire des Dieux sur les Titans (voy. p. 100). L'effet est étrange, effrayant : c'est quelque chose comme le chaos en peinture. Le contraste entre les Dieux qui trônent, calmes, quoique glacés d'horreur, et les Géants, aux formes colos-

Portrait de Jules Romain.

(D'après la gravure publiée

par Vasari.)

1. Notre planche hors texte, dont la légende doit être modifiée, contient une étude de la main de Jules Romain pour Psyché ravissant Veau du Styx.

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