‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 234 sur 304 · JULES ROMAIN · texte numérisé non relu

JULES ROMAIN

sales, au masque bestial, atteint à une rare puissance. L'auteur n'a reculé devant aucun moyen d'expression : architraves et briques qui tombent, têtes écrasées entre deux rochers. De même aussi il a rompu avec les règles de la décoration, foulant aux pieds toute foi et toute loi, n'écoutant que sa fantaisie. Pour produire un chef-d'œuvre, il ne lui a manqué que plus de conviction ou plus de verve : ses têtes sont vides, alors qu'elles ne sont pas vulgaires ou niaises. Mais ici l'insuffisance de l'expression tient peut-être à l'intervention de Rinaldo Mantovano, qui traduisit sur le mur les cartons de son maître1.

Au palais ducal de Mantoue, une longue série de fresques, exécutées soit par le maître, soit sous sa direction, les Signes du Zodiaque, Y Histoire de Diane, la Guerre de Troie (1 507-1 538), révèlent toute la richesse de son imagination, toute son entente des effets imprévus : quoi de plus saisissant que le contraste entre le char du soleil qui disparaît et celui de la lune qui monte à l'horizon (Ticpolo ne se serait-il pas inspiré de ce motif dans ses fresques du palais Labia ?) ! Les raccourcis hardis, les chevaux fougueux, les oppositions incessantes, proclament que nous avons affaire à un peintre de race, mais à un peintre qui ne se sent à l'aise que dans l'épopée ou le drame!

Aux fresques firent pendant les cartons de tapisseries : aucun artiste du xvi1' siècle n'en a produit autant ni d'aussi populaires que Jules Romain :

Y Histoire de Scipiou (Musée du Louvre et ancienne collection de Chavagnac), les Fruits de la Guerre,

Y Histoire de Round us et de Réunis. Partout se fait jour le goût du colossal et la recherche du mouvement; lorsque l'artiste parvient, par exception, à se ressaisir, il crée des pages qui ont véritablement de l'allure \

Les tableaux de chevalet de Jules Romain ne sont pas moins nombreux que ses fresques ou ses cartons de tapisseries. Ses compositions religieuses ont parfois de l'éclat, mais rarement de la sincérité ; telles sont : la Vierge avec l'Enfant Jésus et le petit saint Jean-Baptiste, à la sacristie du Vatican, la Vierge an lézard, au palais Pitti, la Vierge à la chatte, au Musée de Naples, la Vierge au bassin, au Musée de Dresde, la Flagellation , dans l'église Sainte -Praxède à Rome, la Lapidation de saint Etienne, dans l'église de ce nom à Gênes, etc.3.

Portrait de Jules Romain.

Par lui-même.

(Musée des Offices.)

1. Gaye, Carteggio, t. II, p. 255. La tête d'Andreasi Gonzague, dans la statue funéraire de l'église Sant' Andréa de Mantoue, modelée, affirme-t-on, d'après le dessin de Jules Romain, offre le même type que ces peintures : le nez droit et fort, la barbe épaisse, le regard quelque peu hébété (Photographie Alinari, n" 8655).

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