Voy. mon Histoire de la Tapisserie en Italie, p. 3i
3. Vasari constate avec beaucoup de sagacité que les esquisses de Jules Romain sont supé-
55o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
La Nativité, du Louvre, avec ses figures gigantesques, dures et impersonnelles, se recommande par son colons très poussé et sa recherche du clair -obscur; mais, comme beaucoup de tableaux du maître, elle manque d'air.
L'absence de sentiment et de recueillement choque moins dans les tableaux mythologiques : la Danse des Muscs, au palais Pitti, l'Enfance de Jupiter, à la National Gallery, Vénus et Vitlcain, le Triomphe de Titus et de Vespasien, tous deux au Louvre, etc. La dernière de ces compositions est un excellent morceau de peinture : souple, chaud, véritablement inspiré; on dirait qu'un rayon du soleil de Venise est tombé sur la toile.
Jules Romain a également peint des portraits. Celui qui figure au Louvre a longtemps passé pour reproduire sa propre image; mais dans les dernières années on a émis l'hypothèse qu'elle représentait l'illustre anatomiste André Vésale. Le véritable portrait de l'artiste par lui-même se trouve au Musée des Offices, qui possède en outre le portrait du cardinal Accolti.
Les contemporains sont unanimes à célébrer l'affabilité, la jovialité, la courtoisie de Jules Romain : c'était, ici encore, le vrai disciple de Raphaël. Ce fut en toute sincérité que, lors de sa mort prématurée, le cardinal Hercule de Gonzague écrivit ces lignes touchantes : « Nous avons perdu notre Jules Romain ; j'en ai ressenti tant de douleur qu'il me semble en vérité avoir perdu la main droite1.
La critique moderne n'a pas fait preuve de tendresse à l'égard de Jules Romain. Rio le qualifia de « nom sinistre ». Burckhardt déclare que, somme toute, son activité a été des plus nuisibles, que l'indifférence avec laquelle il utilisait les formules empruntées à Raphaël et à Michel-Ange en vue de toutes sortes d'effets superficiels, fut le premier grand exemple d'une peinture décorative vide de sens et d'âme.
En réalité, l'héritier de Raphaël est un artiste considérable, aux conceptions élevées, parfois véritablement épiques, au style grave, fier et puissant, lorsque la facilité ou la brutalité, ces deux écueils, ne le font pas échouer. Assurément, la volonté a plus de part à ses créations que l'inspiration, et la dureté de son coloris accentue encore ce qu'il y a de voulu dans sa manière. Mais ces défauts ne doivent pas faire oublier la grande tournure de beaucoup de ses figures, son entente des effets dramatiques, son dessin souvent véritablement héroïque.
Jules Romain fit école à Mantoue : on cite parmi ses élèves ou imitateurs le Primatice, Rinaldo Mantovano, Benedetto Pagni de Pescia, Luca Scaletti de Faenza, surnommé Figurino, Cristofano Lombardino, Dom. Bertani, Gian del' Lione, Giulio Clovio, le miniaturiste, Raffaello dal Colle, de Borgo San Sepol-
rieures à ses peintures ; elles ont une vivacité, une fierté et un « affetto » qui manquent à cellesci (voy. p. 465).