DANIEL DE VOLTERRA
cro, Ippolito Costa (i5oi-i56i), Ippolito Andreani (1048- 1608), Fermo Ghisoni, et tout un essaim d'habiles graveurs (voy. p. 269). Son classicisme se greffant sur la tradition qu'avait laissée Mantegna, on devine quelle dureté et quelle sécheresse se seraient introduites dans les productions mantouanes si, de temps en temps, l'apparition d'un peintre lombard ou vénitien n'était venue les tempérer.
Le mieux doué de ces artistes, Rinaldo (son nom de famille aurait été, d'après Bertolotti, Bazin), prit une grande part, comme nous l'avons vu, à l'exécution des fresques du palais du Té. Ses productions personnelles (la Madone avec des saints, au Musée de Brera) révèlent l'influence de Raphaël autant que celle de Jules Romain. Dans les tapisseries de l'Histoire de Moïse (Dôme de Milan), dont on lui fait honneur, éclate un véritable sentiment de la beauté. — Rinaldo mourut jeune encore et sa perte affligea vivement ses concitoyens.
Quant à Raffaello dal Colle, né dans les environs de Borgo San Sepolcro (7 1 566), il est représenté à la cathédrale de cette ville par une Résurrection du Christ , d'une extrême fadeur, et qui n'est remarquable que par les emprunts faits à son glorieux homonyme, Raffaello Sanzio; un des gardiens du tombeau rappelle le Saùl des cartons de tapis-
Portrait de Daniel de Volterra.
Selles. (D'après la gravure publiée
par Vasari '.)
Nous retournons à Rome pour analyser les dernières manifestations de son Ecole de peinture : elles procèdent principalement de Michel-Ange.
Daniel Ricciarelli (né vers l5oo, à Volterra, d'où son surnom; mort en 1 566) s'inspira d'abord de Sodoma (La Justice, qu'il peignit au palais des Prieurs de sa ville natale, pourrait passer, affirme-t-on, pour une œuvre de ce dernier, si la signature de Daniel n'y figurait pas). Il fréquenta ensuite les ateliers de Peruzzi et de Perino del Vaga, pour adopter en dernière instance les principes et la manière de Michel-Ange. Mêlé à toutes les intrigues du monde artiste romain, mordant et vindicatif, tour à tour tout-puissant ou en disgrâce, quittant avec une désinvolture parfaite le pinceau pour le ciseau et vice versa, chargé de travaux monumentaux et acceptant au besoin de couvrir, à l'aide de culottes, la nudité des acteurs du Jugement dernier de Michel-Ange (d'où son surnom de « Braghettone »), cet artiste a tenu une place considérable dans les annales de la Fin de la Renaissance.
1 . Tout en reproduisant ce portrait, je dois faire observer que Vasari lui-même, à qui je l'emprunte, le déclare peu ressemblant.
Le rôle de Daniel de Volterra comme sculpteur n'a pas encore été défini. Aussi bien la principale de ses créations, le cheval de bronze, destiné primitivement à supporter la statue d'Henri II de France, a-t-elle disparu depuis la fin du siècle dernier, après avoir longtemps fait l'ornement de la Place Royale ' (selon toute vraisemblance l'artiste y avait pris pour modèle la statue équestre de Marc-Aurèle).
Comme peintre, Daniel de Volterra s'est distingué par l'application plutôt que par l'inspiration. Artiste laborieux et convaincu, également familiarisé avec la fresque et la peinture à l'huile, il a laissé dans les églises et les palais de Rome de nombreuses compositions soit sacrées, soit profanes, ayant d'ordinaire pour marque distinctive, comme celles de Sebastiano del Piombo, des formes pleines jusqu'à la lourdeur. La plus célèbre d'entre elles est la Descente de croix de l'église de la Trinité des Monts, exécutée, croit-on, sur des esquisses fournies par Michel-Ange. Le rendu de l'effort physique tient une grande place dans cette page, aux lignes quelque peu heurtées : les amis du Christ n'ont pas dressé moins de trois échelles contre l'instrument du supplice (on voit à combien de motifs de raccourci donne lieu cette disposition!) Ce ne sont que personnages se montrant de face et de dos, de trois quarts, montant ou descendant. On comprend que le pathétique y perde quelques-uns de ses droits. La Descente de croix est, somme toute, une page puissante, sinon fougueuse, comme le seront les compositions analogues de Rubens, qui l'a très certainement étudiée : il ne lui manque que plus de liberté dans l'ordonnance et plus de souplesse dans le coloris. Elle a fait longtemps l'admiration des artistes, qui l'ont imitée sans scrupules (tel Baroccio, dans son retable de Pérouse).
Il serait fastidieux de passer en revue les autres compositions religieuses de Daniel. La plus intéressante d'entre elles est le Massacre des Innocents, des Offices : l'énergie des expressions n'y exclut pas le fini de l'exécution.
Le David vainqueur de Goliath, du Louvre, est le résultat d'une expérience instituée par Giovanni délia Casa et se rattachant probablement à la discussion sur la supériorité relative de la sculpture et de la peinture (voy. p. 1 71-172). Daniel dut d'abord modeler en terre une figure du jeune héros hébreu, puis en peindre les deux faces sur les deux côtés d'une ardoise (les deux peintures, ainsi que l'a constaté Villot, ne sont toutefois pas rigoureusement pareilles). Il s'acquitta brillamment de cette mission : on admire dans le tableau du Louvre la puissance du modelé en même temps que la fierté des lignes.
A Rome, Daniel de Volterra eut pour disciple et collaborateur Pellegrino Tibaldi de Bologne (1627-1598), qui excella également, comme on l'a vu
1 . De Montaiglon, Notice sur l'ancienne Statue équestre, ouvrage de Daiiieîlo Ricciarelli et de Biard le fils, élevée à Louis XIII eu i6}<) au milieu de la Place. Royale à Paris, et détruite eu août IJ92. Paris, i85i. — Les anciens catalogues du Louvre attribuent à Daniel de Volterra un bas-relief, une Mise au tombeau, qui est en réalité l'œuvre d'un artiste français du xvr siècle.
La Descente de croix, par Daniel de Volterra. (Église de la Trinité-des-Monts a Rome.)
E. Muntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.
(p. 356), dans l'architecture. De retour à Bologne, Pellegrino exécuta une série de compositions décoratives, entre autres des scènes de Y Histoire d'Ulysse.
Parmi les autres imitateurs de Michel-Ange il faut encore rappeler Sebastiano del Piombo et son compatriote Battista Franco, que nous retrouverons dans la section consacrée à l'École vénitienne, puis Marcello Venusti de Mantoue.
Peu de lignes suffiront pour caractériser les épigones de l'École romaine du xvi° siècle, les deux Zuccheri, Baroccio, et tutti quanti, dignes émules, pour la frivolité de la pensée et de l'exécution, non moins que pour le maniérisme, des Salviati, des Bronzino et des Vasari.
Taddeo Zucchero ou Zuccari, né à Sant'Angelo in Vado, dans le voisinage d'Urbin (i 629-1 566), était un de ces improvisateurs brillants comme l'Italie en compta tant au déclin de la Renaissance1. Doué d'une grande facilité d'assimilation, il imita tour à tour Raphaël, Michel-Ange, le Parmesan, sauf à se créer une manière qui put faire illusion à ses contemporains, mais qui nous paraît aujourd'hui dépourvue de toute originalité, de toute individualité. Ses fresques de la villa de Caprarole, illustrant YHistoire des Famèse, à partir de l'an 1 100, sont traitées dans un style mi-héroïque, mi-réaliste. Les acteurs, alors même qu'ils appartiennent au moyen âge, y portent le costume du xvie siècle; ils ne se distinguent que par leurs attitudes théâtrales.
Quant à Federigo Zucchero (1 543- 160g), le frère de Taddeo, dont la carrière aventureuse se partagea entre Rome et ses environs, Florence, Venise, le Frioul, la France, les Flandres, l'Angleterre, il dut à ses relations de famille plutôt qu'à son talent d'être appelé à peindre et au Vatican, et à Tivoli, et à Caprarole, et au Dôme d'Orvieto, et au Dôme de Florence. On chercherait en vain quelque sincérité, quelque don d'observation ou quelque faculté d'expression dans ses innombrables dessins, fresques ou tableaux à l'huile. A une invention désordonnée, à une exécution des plus hâtives, se joignait chez lui la vulgarité. Tout Florence se moqua des fresques dont il couvrit la coupole du Dôme : elles n'avaient de grand que la dimension des figures.
Un autre artiste originaire d'Urbin, Federigo Barocci (1528-1612), se fit une manière relativement originale et devint une sorte de chef d'Ecole en combinant les enseignements de son compatriote Raphaël avec ceux du Corrège et des Vénitiens. Ses tableaux sont habilement composés, parfois brillants
1. Bibl. : Ulustri Fatti Farnesiani coloriti nel Real Pala^o di Caprarola dai Jratelli... Zuccari, gravés par Premier. Rome, 1748. — Manette, Abecedar'w. — Bertolotti, Federico Zuccari (extr. du Giomah di Erudi^ione artisticd). — Les Zuccheri : Nuova Rivista Misem, 1893, p. 83 et suiv. — L'Académie royale de Saint-Luc de Rome a réimprimé, en 1893, il Passaggio per l'Italiacon la dimora di Parma del sig. cavalière Federigo Zuccaro. — Le Louvre possède le dessin original, par F. Zuccheri, du portrait qui a servi à la gravure de Vasari (Reiset, n° 404; Braun, n° 309).
Etude pour une Annonciation, par Taddeo Zucchero (Musée des Offices). D'après une photographie de MM. Braun. Clément et O.