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Lafenestre, le Titien, p

LA MORALE ET LES ARTISTES. 61

à Rome Bramante, Raphaël et Antonio da San Gallo, à Mantoue, Jules Romain, à Milan, Leone Leoni, cette installation n'avait rien de somptueux. Le Titien, d'ailleurs, tenait peu à l'ostentation; il aimait à vivre largement, mais sans chercher à éblouir.

Paul Véronèse n'affectait pas moins de simplicité. Il se contentait de déplover le luxe dans ses compositions, dédaignant personnellement tout faste et presque tout confort : sobre et économe, il ne songeait qu'à laisser à ses enfants une grande fortune, sans chercher à en jouir par lui-même. Mais cet amour de l'argent était exempt de toute âpreté : il le montra en mainte occasion. Après l'incendie de i5", le Sénat ayant distribué la décoration des nouveaux locaux entre les principaux peintres de Venise, parmi lesquels Véronèse, celui-ci s'abstint, bien différent en cela de ses confrères, d'aller faire sa cour à ses commettants. L'un d'eux, le sénateur Contarino, l'ayant rencontré, le lui reprocha vivement : Véronèse lui répondit qu'il considérait comme un grand bonheur de servir son gouvernement toutes les fois qu'il en recevait l'invitation, mais qu'il n'avait pas pour habitude de rechercher de nouvelles commandes, étant suffisamment pourvu de travaux. Néanmoins, pour plaire à Contarino, il se présenta le lendemain devant le Sénat, qui le chargea de peindre dans la grande salle l'ovale au-dessus du tribunal et deux des parois1.

Chez le Tintoret, enfin, nous trouvons, à côté de l'artiste supérieur, un caractère vif, vibrant, fougueux, un homme né pour la lutte, chez qui l'esprit et le tempérament, l'ambition et la dignité formaient une équation parfaite. Un trait entre cent : Pierre l'Arétin, le maître chanteur par excellence, qui entendait régenter et rançonner tous les artistes de son temps, petits et grands, reçut du Tintoret un avertissement dont il se souvint longtemps. Le Tintoret, qui se savait attaqué par lui, l'avant un jour rencontré dans la rue, le pria de l'accompagner dans son atelier, afin de faire son portrait; aussitôt l'Arétin de le suivre tout joyeux. A peine entrés, l'artiste tire de dessous son vêtement un pistolet et ajuste le visiteur. « Que faites-vous, devenez-vous fou? » s'écrie l'Arétin. Et le Tintoret de lui répondre : « Tranquillisez-vous! je vais vous prendre mesure. » Et il se servit du pistolet pour le mesurer de la tête aux pieds. On ajoute qu'à partir de ce jour l'Arétin cessa de l'attaquer et devint son ami". Si deux ou trois artistes vénitiens avaient suivi l'exemple du Tintoret, ce joug odieux n'aurait pas pesé si longtemps sur leur patrie.

Un Florentin naturalisé Vénitien, le grand architecte et sculpteur Jac. Sansovino, formait le digne pendant des corvphées de la peinture vénitienne. C'était à la fois le tempérament le plus heureux et un esprit privilégié, un travailleur infatigable et un homme de plaisir. Placé par une constitution extraordinaire au-dessus des besoins de la nature, à tel point qu'en été il ne

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