Bibl. : Ibid., 1890, p
3. Bibl. : Cittadella, Benvenuto Tisi da Garofalo. Ferrare, 1872.
GAROFALO ET ORTOLANO.
dessin. Grâce à eux, il a pu créer une série de figures remarquables par leur douceur ou leur suavité, ou des scènes d'un pathétique achevé : tel le Christ en croix du Musée de Brera.
Si l'on en juge par les tableaux de chevalet exposés au Louvre, la Circoncision, la Sainte Fa mi! le (n° i55i), la Vierge et l'Enfant (n° i55q), l'atelier de Garofalo avait fini par se transformer en fabrique d'images religieuses. Ces petites peintures sont véritablement insignifiantes, sans accent et sans émo-
tion. Seul le Sommeil de l'Enimportance; on y remarque
Aimable et obligeant, lait pas jusqu'à l'ascépartie de sa vie dans de ses concitoyens , gers, tels que le Ti lesquels il entrete- Ses dernières anl'affaiblissement devint même
faut Jésus (n° 1 553) offre une certaine un excellent effet de raccourci, l'une piété profonde, mais qui n'altisme, Garofalo passa la majeure son pays natal, aimé et estimé ainsi que des artistes étrantien et Jules Romain, avec nait des relations suivies, nées furent attristées par de sa vue; en i55o il tout à fait aveugle.
Si Gian nuti, surtolano i525), ble-
Battista Benve-
nommé l'Or-
( mort vers
est vérita-
ment
Plafond peint en trompe-l'ccil, par Garofalo. (Séminaire archiépiscopal de Ferrare.)
l'auteur des tableaux que revendiquent pour lui plusieurs critiques autorisés (M. Morelli, au contraire, en fait honneur à Garofalo), il faut lui reconnaître les qualités les plus éminentes1. Ses deux Pietà, du Musée de Naples (i52i) et de la galerie Borghèse, ses Saints (Musée du Capitole, collection Visconti- Venosta à Milan, National Gallery, etc.), révèlent une inspiration généreuse, exempte de tout appareil théâtral. Ortolano a encore un pied dans le xve siècle : ses costumes forment un compromis entre les modes contemporaines et le style classique, tel que l'avaient élaboré Michel-Ange et Raphaël. De même, sa facture est tantôt très écrite, tantôt large et libre, à la façon
I. Bibl. : Venturi : Archivio storico dell' Arte, 1894, p. 96 et suiv.
d'Andréa del Sarto, et parfois légèrement estompée. Ce qui lui appartient en propre, ce qui constitue son originalité, c'est l'intensité du sentiment religieux, sa ferveur, le don du pathétique ; les gestes aussi bien que les expressions respirent l'émotion la plus communicative; il sait rendre tour à tour la résignation de saint Sébastien, les élans de saint Antoine de Padoue (les bras croisés sur la poitrine comme pour contenir les battements de son cœur, les yeux perdus dans la contemplation de l'infini, à l'instar des plus belles figures espagnoles du xvif siècle). La douleur des disciples contemplant le cadavre de leur maître, l'un les mains jointes, l'autre les bras étendus, a également trouvé en lui un interprète éloquent.
Un autre Ferrarais, à la fois peintre et architecte, Girolamo da Carpi, ainsi nommé parce que son père était originaire de cette ville, s'est inspiré de Garofalo, du Corrège, du Parmesan, de Michel-Ange et de bien d'autres. Sa vie également témoigne d'une certaine instabilité : on le trouve tantôt à Bologne, tantôt à Rome, où il travailla pour le cardinal Farnèse, tantôt à Ferrare. Sa Pietà du palais Pitti est une composition heurtée, dépourvue de sentiment et de tempérament. Au Louvre on attribue à cet artiste un fort beau dessin à la plume, un Bacchus, debout, la coupe à la main, entre deux figures assises (n° i55o).
Portrait de Girolamo da Carpi.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
Girolamo Marchesi da Cotignola (né vers 1481, mort vers 155c) semble avoir reçu sa première initiation de ses compatriotes les Zaganelli; il suivit un temps la manière de Francia, et s'affilia finalement à l'Ecole romaine, en prenant pour modèle Raphaël. On manque de détails sur sa vie : on sait seulement qu'il fit des séjours plus ou moins longs à Bologne, à Rome, à Naples, à Rimini et à Ravenne.
Le Christ portant la croix, du Louvre, donnerait une idée peu favorable du développement de cet artiste, s'il était prouvé qu'il a été exécuté en i520, ainsi que le porte l'inscription (d'après MM. Crowe et Cavalcaselle, cette date aurait été repeinte et le tableau serait de beaucoup antérieur). V Institution de l'ordre de Saint-Bernard, au Musée de Berlin (i52Ô), montre Cotignola voguant à pleines voiles dans les eaux de Raphaël. Ses dernières productions le rapprochent des maniéristes de l'École bolonaise.
L'apparition la plus brillante, mais aussi la plus frivole, de l'École ferraraise est celle du couple qui a nom les Dossi, les peintres favoris de la dynastie d'Esté1.
I. Cittadella, I due Dossi. Ferrare, 1876. — Venturi : Archivio storico deW Arte, 1893, p. 2 iq.
DOSSO DOSSI.
Giovanni, ou, comme on l'appelle d'ordinaire, Dosso Dossi (né vers 1479, mort en 1042), devait, au dire de Vasari, le meilleur de sa gloire à la plume de l'Arioste plus qu'aux couleurs et aux pinceaux qu'il usa au cours de sa longue carrière. En réalité, nous avons affaire à un esprit des plus ouverts, — Burckhardt l'appelle un romantique indépendant, — à un coloriste des plus vigoureux, qui a tiré le meilleur parti des leçons de Giorgione et du Titien. Peinture religieuse, mythologie, allégorie, peinture de genre, portrait, paysage, il n'est guère de branche qu'il n'ait abordée avec brio.
Un de ses premiers tableaux, le Massacre des Innocents, au Musée des Offices, est une page des plus mouvementées, ou plus exactement une cohue. La composition ne manque pas de verve, mais bien de conviction (les têtes sont banales et vides). L'arrangement du fond, avec le trône d'Hérode et la tribune contenant les spectateurs, rappelle la mise en scène chère aux Vénitiens.
Le Saint Jérôme du Louvre s'impose par un paysage des plus développés et par une gamme chaude, peut-être trop dépourvue de parti pris.
L'œuvre de Dosso Dossi est trop considérable pour que nous songions à en analyser ne fût-ce que les pages principales (le retable du Musée de Ferrare, les fresques du château Ducal, les retables de Modène, la Circé de la galerie Bor-
ghèse, le Saint Sébastien du Musée de Brera, les Docteurs de l'Eglise, du Musée de Dresde, Y Adora lion des Mages, de la National Gallery, etc.). Partout éclatent la vivacité de son imagination, son entente des contrastes, la richesse éblouissante de son coloris, et aussi — hélas ! — ces tendances profanes, cet amour de l'art pour l'art, qui le rapprochent d'un autre fantaisiste génial, Giorgione.
Le frère et le collaborateur de Dosso Dossi, Battista (-J- i5q8), semble s'être plus spécialement consacré à la peinture de paysage : on lui attribue les fonds si pittoresques qui ornent un grand nombre de tableaux de son frère.
Saint Sébastien (fragment), par Dosso Dossi. (Musée de Brera.)
Dosso forma entre autres élèves Camillo Filippi (né vers i5oo, mort en iSyS), l'un des dessinateurs des cartons de tapisseries de l'Histoire de Saint Georges et de Saint Maurelius, conservées à la cathédrale de Ferrare.
L'École de Modène est représentée par Pellegrino Aretusi ou Munari1. Cet artiste, déjà célèbre en 1488, se mit sur le tard à l'école de Raphaël, qu'il assista dans la décoration des Loges et auquel il ne survécut que peu (il mourut en 1 523). Ses fresques ont disparu; il est difficile, d'autre part, de distinguer, parmi les peintures des Loges, celles qui proviennent de sa main ; enfin, des divers tableaux dont on lui a fait honneur jusqu'ici, aucun, d'après son dernier biographe, ne révèle la manière d'un artiste qui, par son éducation, appartient encore au xvc siècle. Par contre, une Madone trônant entre deux saints, à la Pinacothèque de Ferrare, longtemps attribuée à Lorenzo Costa, nous offre une œuvre authentique de Pellegrino, peinte en i5oo, : il s'y montre attaché à la tradition des quattrocentistes, et cherchant un compromis entre les Écoles ombrienne, bolonaise et ferraraise. L'ordonnance manque de liberté et les types de parti pris. Les mêmes caractères se retrouvent dans les différents autres tableaux (Madone du Musée de Berlin, n° 1182, etc.) récemment revendiqués en faveur de Pellegrino.
L'œuvre d'un autre enfant de Modène, Niccolô dell'Abbate, l'un des tondateurs de l'Ecole de Fontainebleau, sera étudié dans le volume consacré à la Renaissance française.
I. Bibl. : Venturi : Annuaire des Musées de Berlin, 1887, p. 82-88; Archivio storico dell' Arte, 1890, p. 390-896.
Marque des éditeurs Sessa.
(Venise, i56o.)
Les Attributs de Diane, par le Corrège. (Couvent de Saint-Paul à Parme.)