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LE CORREGE ET L ECOLE DE PARME

orne, Florence, Naples, Bologne, épuisées, celle des cités de la Péninsule qui avait jusqu'à ce moment le moins fait parler d'elle put leur opposer un artiste de taille à se mesurer avec les plus grands. Telle était au x\T' siècle la vitalité de l'art italien. Entre Raphaël d'un côté et, de l'autre, les puissants coloristes vénitiens, Giorgione, le Titien, Paul Véronèse, le Tintoret, se place le Corrège, charmeur sans pareil , le plus modeste des hommes et le moins érudit des peintres, mais qui avait pour lui une grâce ineffable, un mélange exquis de morbidesse et de distinction. Si jamais exemple est fait pour nous prouver que la science n'est rien sans l'inspiration, et que l'expression, le sentiment, doivent toujours conserver leur place à côté des prodiges de l'exécution, cet exemple est celui qu'il nous a laissé. Dans le siècle de Michel-Ange, le Corrège — et c'est tout dire — a montré qu'il y avait quelque chose encore au-dessus de la force : la grâce '.

I. Bibl. : Pungileoni, Memorie istoriche ai Antonio Allegri dctto il Correggio. Parme, 3 vol., 1817-1821. — Martini, Studi intomo il Correggio. Parme, i865. — J. Meyer, Correggio. Leipzig, 1871. — Bigi, Notifie ai Antonio Allegri. Modène, 1878. — Mme Mignaty, le Corrège. Paris,

On ignore jusqu'à l'année de la naissance du maître : 1494, telle est la date mise en avant par la plupart des biographes. Antonio Allegri (en latin « Lastus » ; quel heureux présage dans ce nom !), surnommé le Corrège, en souvenir de sa patrie, la petite ville de Correggio1, comme Paolo Cagliari et Pietro Vannuci ont été surnommés le Véronèse et le Pérugin, en souvenir de la leur, avait pour père un simple marchand, jouissant d'une petite aisance. C'était, nous raconte Vasari, une nature excessivement timide, d'une rare bonté et portée à la mélancolie.

L'adolescent semble avoir été initié aux premiers principes de l'art par son oncle paternel, Lorenzo Allegri, et par Antonio Bartolotti, surnommé Tognino degli Anceschi (f 1627), le chef de la petite Ecole groupée à Correggio. Il est probable qu'il continua ses études à Modène, sous la direction d'un peintre assez réputé, Francesco Bianchi, surnommé Ferrari ou Frari (j i5io)\ Mais il n'avait que seize ans environ au moment de la mort de Bianchi, et l'influence de cet artiste ne saurait avoir pesé d'un poids bien lourd sur son évolution. Un médecin de Parme, Francesco Grillenzoni, passe pour l'avoir familiarisé avec l'anatomie, science que le Corrège entrevit d'ailleurs d'instinct plutôt qu'il ne l'apprit scientifiquement. L'adolescent visita probablement Mantoue ; en tout état de cause, l'influence d'Andréa Mantegna perce à travers plus d'une production du peintre des Grâces, quoique singulièrement modifiée et comme transfigurée. Il lui prit sa prédilection pour les raccourcis, sa tendance à accentuer le relief des figures au moyen de savantes combinaisons de perspective, et aussi son goût pour ces motifs charmants — enfants tour à tour enjoués ou rêveurs, — en apparence étrangers à l'action principale, mais qui l'animent et la réchauffent si singulièrement71.

On a vu, dans une autre partie de ce volume (p. 1 1 5— 1 16), à quoi se réduit chez le Corrège l'étude de l'antiquité.

Voilà donc un artiste qui n'a pas fréquenté un seul des grands maîtres de la Renaissance, qui n'a connu l'antique que par à peu près, un artiste qui ignore les raffinements de l'architecture et du costume, si chers aux Vénitiens, un artiste étranger à l'érudition classique, bref, un fils de ses oeuvres dans toute l'acception du terme, et ce parvenu saura créer, avec ses seules forces, les images

1881. — J--P- Richter : Kunst uni Kûnstler. — M. Albert Rondani a commencé dans la Ga^etta di Parma (1890 et suiv.) la publication d'une monographie qui, nous l'espérons, ne tardera pas à être éditée en volume.

1. Ni l'Arioste ni Bembo, qui ont visité Correggio ou entretenu des relations avec sa souveraine, Veronica Gambara, n'ont prononcé le nom de l'artiste auquel cette petite ville doit sa célébrité.

2. Voy. sur ce maître notre tome II (p. 6l5) et VArchivio storico dell'Arte de 1890 (p. 38-t- 390), où M. Venturi révoque en doute les droits de Bianchi sur le tableau conservé au Louvre.

3. Ces imitations percent entre autres dans la Vierge de saint François, du Musée de Dresde. Le Corrège s'y est inspiré, comme Mùndler déjà l'a fait remarquer, de la Madone de la Victoire {Essai d'une Analyse critique de la Notice des Tableaux italiens du Musée du Louvre, p. 66).

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