‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 243 sur 304 · Archivio storico àetl' Arte, 1888, p. go · texte numérisé non relu

Archivio storico àetl' Arte, 1888, p. go

LE CORREGE. 5?i

(au Musée du Louvre, gravé p. 2; une réplique au Musée de Naples; une autre réplique, probablement due à un élève, au Musée de l'Ermitage). L'œuvre est conçue dans les données de l'École vénitienne : au premier plan, des figures à mi-corps; au fond, un paysage. Un grand historien, qui a été en même temps un grand poète, a donné de cette page une analyse pénétrante, qui contient en outre une admirable définition du génie du Corrège : « Aux pures madones florentines , que déjà Raphaël anime, l'étincelle pourtant manque encore. Mais voici une race nouvelle, avivée de souffrance, qui grandit dans les larmes. Un trait nouveau éclate, délicat et charmant : le sourire maladif de la douleur timide qui sourit pour ne pas pleurer. Qui saisira ce trait ? Celui qui l'eut lui-même et qui en meurt, le paysan lombard du village de Correggio, l'artiste famélique qui ne peut nourrir sa famille : il saisit ce qu'il voit, cette Italie nouvelle, toute jeune, mais souffrante et nerveuse. C'est la petite Sainte Catherine du Mariage mystique, pauvre petite personne qui ne vivra pas, ou restera petite. Plus que maladive est celle-ci, elle n'est pas bien saine : on le voit aux attaches irrégulières des bras, qu'il a strictement copiées. Et, avec tout cela, il y a là une grâce douloureuse, un perçant aiguillon du cœur qui entre à fond, fait tressaillir de pitié, de tendresse, d'un contagieux frémissement. Telle était l'Italie à ce moment, amoindrie et pâlie. Et Corrège n'eut qu'à copier. Il puise à la source nouvelle, à ce sourire étrange entre la souffrance et la grâce (Prud'hon l'a eu seul après lui). Heureusement pour l'Italien, si la race changeait, le ciel était le même. Sans cesse il reprenait son harmonie troublée et s'envolait dans la lumière1. »

En i5i8, le Corrège tenta la fortune à Parme, ville maussade s'il en fut, bien peu faite pour abriter un tel enchanteur. Nous avons vu (p. 25<f) quel accueil il y reçut de donna Giovanna de Plaisance, l'abbesse du couvent de Saint-Paul.

Le parloir décoré pour Giovanna comprend, au-dessus de la cheminée, une fresque représentant la sœur d'Apollon, assise sur le bord d'un char traîné par deux biches. Quant à la voûte, elle est ornée d'une sorte de treille composée de pampres, de roses, etc., et percée de seize ouvertures circulaires, à travers lesquelles se montrent des groupes d'enfants nus, tenant les armes et les emblèmes de Diane et se livrant aux jeux les plus variés (voy. les gravures p. 537, 067). Au-dessous de chacun de ces seize médaillons a pris place une figure ou une composition mythologique : les trois Grâces, Junon suspendue par les bras, en punition d'une offense faite à Jupiter, les Parques, Minerve, etc.

Avec cette composition, le Corrège trouva sa voie véritable; il atteignit aux régions où tout est âme et lumière; il s'éleva aux hauteurs où tout écho du monde terrestre, quelque atténué qu'il soit — une rose ou un convolvulus se détachant sur le feuillage sombre d'une treille, — fixe invinciblement la pensée et la repose; en même temps il laissait un libre cours à sa fantaisie, cette fan-

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