LE PARMESAN
d'un Beethoven semble avoir le privilège d'éveiller, le scherzo le plus vif, l'andante le plus ému !
On ne connaît aucun élève direct du Corrège. Mais ses principes étaient de ceux qui, pour conserver leur fécondité, n'ont pas besoin d'être appliqués du vivant même de leur inventeur. Au xvie siècle, son fils Pomponio, les Mazzolini, et parmi eux Francesco, surnommé le Parmesan, Fr. Rondani, Georgio Gandini (f i538), Michel-Angelo Anselmi de Lucques, Lilio Orsi (f i587), Bernardino Gatti, surnommé il Soparo (i495-i575), Niccolô dell' Abbate, Allegri, les Procacini, l'imitèrent plus ou moins. Au xvnp siècle, les Carrache le prirent pour modèle, et ce fut de cette époque que data sa réhabilitation.
Le Corrège était à peine mort, qu'un artiste brillant, son imitateur plutôt que son élève, prit plaisir à développer les trop nombreux éléments de décadence contenus dans l'œuvre de l'immortel fondateur de l'Ecole de Parme et se rendit plus célèbre par son maniérisme et sa mièvrerie que celui-ci par tant de hautes et sublimes qualités. Francesco Mazzuoli, surnommé le Parmesan (« il Parmigianino »), en souvenir de sa ville natale (1604- 1640), réussit, pendant sa courte carrière, à éblouir ses contemporains par ses visages chiffonnés, ses attitudes déhanchées, ses proportions élancées, son piquant et son imprévu, son esprit et sa frivolité. En réalité, sa place
était marquée, au xvme siècle, entre Watteau et Boucher, non parmi les maîtres encore si sérieux et si convaincus de la Renaissance.
Les tableaux de sainteté peints par le Parmesan — la Madone au long cou du palais Pitti, h Sainte Famille du Musée des Offices (gravée p. io3), la Sainte Catherine de la galerie Borghèse, et bien d'autres, — abondent en contrastes ingénieux, mais manquent de toute gravité, de toute conviction, de tout recueillement. Ce sont de grandes machines mouvementées qui révèlent, à côté d'un vrai tempérament de peintre, toutes les lacunes de cette organisation fébrile. Les deux Saintes Familles du Louvre ne sont pas moins affectées, moins prétentieuses : l'une d'elles — le n° i3oô — se distingue par des têtes extraordinairement vides et des arrangements de cheveux qui annoncent le style rococo.
Ces défauts, non moins sensibles dans les grandes compositions religieuses du maître, telles que les fresques de l'Histoire d'Adam et d'Eve, de Moïse, etc., peintes à la « Steccata » de Parme, s'atténuent dans les compositions profanes : l'Histoire de Diane, qui décore la villa Sanvitale, à Fontanellato dans le voisinage de Parme (récemment photographiée par MM. Alinari; un frag-
Portrait du Parmesan.
(D'après la gravure publiée
par Vasari.)
ment gravé p. 5l5), rappelle, avec plus de brio et moins d'intimité, les sujets analogues peints par le Corrège au couvent de Saint-Paul.
Mais où le Parmesan prend une revanche éclatante, c'est dans le portrait. Il s'est représenté lui-même, une fois dans le tableau qui est entré aux Offices, l'autre dans le tableau du Musée de Vienne (peint à l'aide d'un miroir concave; voy. p. 456), et ces effigies comptent parmi les plus brillantes du xvie siècle. Le portrait (présumé) de Lorenzo Cibo, capitaine des gardes du pape Clément VII, et celui de Ricardia Malaspina, tous deux au Musée de Madrid, n'ont pas moins d'allure.
Le Parmesan s'est également essayé dans le dessin et dans la gravure. Le Louvre possède quelques études véritablement spirituelles et pénétrantes : telle est la tête de Jeune Femme, à la sanguine (n° 246); on y sent comme un précurseur de Watteau.
Le maniérisme du Parmesan a été caractérisé avec esprit par Charles Blanc. L'auteur de Y Histoire des Peintres montre la peinture italienne cherchant, sur ses vieux jours, à plaire au lieu d'imposer, et inclinant à une politesse qui frise l'affectation. « Trompés par son physique si élégant, et par une certaine grâce dont il avait dérobé le secret au Corrège, par une certaine désinvolture, les Romains disaient que l'âme de Raphaël avait passé en lui. Mais le surnom même de Parmigianino, que les Italiens se plaisent à écrire au diminutif, semble exprimer que ce maître a des imperfections aimables et qu'il est un grand maître diminué. De fait, il y a encore en lui de la race, et c'est déjà beaucoup d'être un enfant gâté du Corrège. »
Médaille du pape Paul III.
Par Al. Cesati.
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Modèle de Broderie italienne du xvi" siècle. (La « Vera Perfettione del Disegno ». Venise, i5oi.)