‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 246 sur 304 · CARPACCIO ET SEBASTIANO DEL · texte numérisé non relu

CARPACCIO ET SEBASTIANO DEL

çz^çz race aux efforts de Jean Bellin, l'avènement de l'École venins tienne avait été longuement, savamment préparé. Et cepen- Ôp dant l'on est tenté de crier au miracle quand on compare cet H épanouissement radieux à l'afFaissement des Ecoles rivales1, fâ Prenons les Florentins : comme ils paraissent vieillis, fatigués, presque flétris, en regard de leurs rivaux des lagunes! Avec Michel-Ange ils avaient assisté à la fois aux suprêmes triomphes et à une irrémédiable décadence, car leur grand concitoyen avait comme pris à tâche de ne laisser, sans le forcer et sans le violenter, aucun des ressorts de la vie nationale de l'Italie, aucun des ressorts de l'âme humaine. Tout à coup, voilà que sur le tronc en apparence épuisé pousse un rameau plein de vigueur et de sève ; alors que l'ennui ou l'impuissance ont envahi tout le reste de la Péninsule, la peinture vénitienne, la dernière venue, conserve jusqu'à la fin du siècle la fraîcheur et l'éclat.

I. Bibl. : Voy. ci-dessus, p. 441). -- T. II, p. 769 et suiv. — Berenson, thc Venetian Painters of thc Renaissance. Ne\v-York, 18^4.

Au moment d'aborder l'histoire de l'École vénitienne du xvie siècle, je dois faire part au lecteur de mes hésitations, de mes scrupules. Rien de plus incertain que l'attribution respective du groupe de tableaux que les partisans de Giorgione, des Palma et consorts revendiquent, tour à tour, pour leur maître favori. Que de noms n'a-t-on pas mis en avant pour la Sainte Famille du Musée de Madrid (Pordenone, Giorgione, Palma), pour le Concert du salon carré du Louvre, et tant d'autres peintures! Libre aux amateurs de conjectures de batailler entre eux; je ne nie pas l'utilité de leurs efforts, mais me considère comme tenu, quant à moi, de ne mentionner ici que des dénominations absolument certaines, ou bien de ne formuler que la conviction résultant de l'accord, du « consensus », d'hommes compétents et indépendants. Plutôt donc que d'entrer dans les controverses, je préfère me borner — dût-on me reprocher ma pusillanimité — aux faits définitivement acquis à la science.

J'essayerai, dans un premier paragraphe, de montrer pourquoi la peinture vénitienne est née si tard et comment elle a si longtemps prolongé son existence, à l'une des extrémités de l'Italie épuisée par l'excès même de sa fécondité.

Pour saisir le point de départ de l'évolution de l'École vénitienne, il nous faut remonter au dernier tiers du xve siècle, époque à laquelle, que l'on envisage soit l'architecture, soit la sculpture, soit la peinture, on ne trouve qu'un mélange d'éléments disparates, — byzantins, arabes, gothiques, classiques. Selon les quartiers, on pouvait se croire au Mont-Athos, au Caire, à Bruges, à Nuremberg ou à Florence, alors toutefois que le même édifice ne réunissait pas les traits communs aux nationalités les plus diverses. A ce moment psychologique — mettons qu'il corresponde a l'année 1476, — les artistes vénitiens se trouvaient comme à un tournant, également prêts à prendre n'importe quelle direction. L'arrivée de Mantegna les eût fait dévier du côté des Padouans et de l'antiquité; celle du Pérugin, du côté des Ombriens; celle de Botticelli ou de Ghirlandajo, du côté des Florentins.

Le hasard voulut que les chefs du mouvement, les frères Berlin, se rattachassent à la fois à la primitive École de Murano, avec ses convictions profondes, son coloris éclatant; à l'École de Padoue, l'École classique par excellence, représentée par leur père Jacopo Bellini et leur beau-frère, le grand Andréa Mantegna; enfin à l'École flamande, dont Antonello de Messine venait de propager les principes à Venise. Comme ces éléments en apparence inconciliables sont entrés pour une part plus ou moins considérable dans la constitutition de l'École vénitienne, il importe avant tout de les passer en revue.

Tributaires des Byzantins pour la mosaïque, les Vénitiens le furent des Flamands pour la peinture à l'huile. D'innombrables liens rattachaient Venise à Bruges et à Anvers, pour ne rien dire de Cologne, de Nuremberg ou d'Augsbourg. Tantôt c'était « Johannes de Alemania » qui se fixait à Murano et fondait de concert avec Antonio Vivarini la primitive École vénitienne; tantôt

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